🇫🇷 Finances Publiques
📊 Finances générales
Tableau Emplois-Ressources APU 2025 — Vue d'ensemble Tableau Emplois-Ressources APU 2025 Protection Sociale — 886 Md€ (2025) APU hors social — 922 Md€ (2025) Compte Simplifié APU — 1 670 Md€ (2025) PIB & Comptes de la Nation 2000–2025 Prélèvements obligatoires 2016–2025 D41 — Dépenses d'intérêts des APU PLF 2027 — Dashboard Trajectoire 2029
💰 Fiscalité & Recettes
Zoom TVA — ~206 Md€ (2025) Zoom IR — ~92 Md€ (2025) Zoom IS — ~59 Md€ (2025) Zoom CSG & CRDS — ~170 Md€ (2025) Zoom Cotisations Patronales (2025) Zoom Cotisations Salariales — ~120 Md€ (2025) Zoom Impôts sur la production — ~129 Md€ (2025) Zoom Taxe sur les Salaires — ~16 Md€ (2025) Zoom TICPE / Accises Énergie — ~37 Md€ (2025) Zoom Taxes Comportementales — ~19 Md€ (2025) Zoom Fiscalité locale — TF & ex-TH (2025) Zoom DMTO — ~11 Md€ (2025) Zoom Successions & Donations — ~21 Md€ (2025) Zoom Autres Impôts Directs (D59) — ~7 Md€ (2025) Zoom Ventes & Recettes de Production — 130 Md€ (2025) D4 — Revenus de la propriété APU : 23 Md€ (2025) Zoom Intérêts reçus & revenus financiers — 9 Md€ (2025)
🏛️ Dépenses & Fonctionnement
Zoom P2 — Consommations Intermédiaires — 161 Md€ (2025) Autres Fonctionnement — Dépenses de l'État 2023-2025 Investissement public (P51g) — France 2025 Autres acquisitions d'actifs non financiers (ANF) 2024 DECP — Conseil, AMO, Juridique, Audit Décomposition 193 Md€ — Transferts & Subventions (2025) D3 — Subventions aux producteurs (Énergie, Agriculture) D7 — Transferts courants aux ménages
👥 Emploi public
FPE — 2,59 M agents (2025) FPT — 2,02 M agents (2025) FPT Effectifs — Filières & métiers (2025) Éducation nationale — 1,2 M agents (2024-2025) ATSS Éducation nationale — 287 k non-enseignants (2025) Syndicats Éducation nationale — Revendications 2020-2025 Doublons FPE–FPT — Compétences partagées APUC — Pyramide des âges & départs retraite 2025-2040 Rémunération des agents publics 2025 Réformes FP 2015-2025 — Syndicats & Think tanks MASA — 30 458 fonctionnaires (2025) Enseignement agricole — 13 820 enseignants / 217 702 apprenants
🛡️ Protection sociale
Retraites & Pensions — 413 Md€ (2025) Réforme des Retraites — Dossier Complet Dépenses de Santé 360° — France 2025 Chômage 2025 — Qui touche, qui finance, comment réformer Le coût caché du licenciement Autres Prestations APU — Famille, Invalidité, Solidarité (2025) Décomposition 771 Md€ — Prestations Sociales APU (2025) Flux de la Protection Sociale — 886 Md€ (2025) Cartographie des Organismes de Protection Sociale
⚙️ Réformes
15 Mesures pour revenir à −3 % du PIB Démonstration Mathématique — 15 Mesures Méthodologie — Bascule Cotisations / TVA / CSG Modèle — Réduction 25% Cotisations Patronales Aides Publiques aux Entreprises — France 2025 La Polémique des Chiffres sur les Aides aux Entreprises
🔧 Simulateurs
⭐ Simulateur Unifié — Dette, Arbitrage & ZBR Simulateur — Impact sur le Déficit et la Dette 2025 Simulateur ZBR — Arbitrage & Revue Zéro-Base
🔍 Analyses
Anatomie du Revenu Français Population & CSP France 2025 🎓 Les 3 Budgets Publics — Guide Pédagogique

📊 Analyse 360° des Dépenses de Santé

France — Bilan APU 2025 | Financement public, réformes, leviers d'économies hors RH hospitalier

165,8 Md€ APU-Santé 2025 265,9 Md€ ONDAM 2025 12 sections d'analyse Sources : INSEE, DREES, Cour des Comptes, CNAM, DGFiP

📋 Introduction — Réconciliation des chiffres : 165,8 Md€ → 265,9 Md€

Deux cadres de mesure coexistent : le bilan APU (comptabilité nationale SEC2010) et l'ONDAM (outil de pilotage de l'Assurance Maladie). La différence de ~100 Md€ n'est pas un écart de dépense réelle, mais un artefact comptable, de périmètre et de consolidation.

165,8 Md€
Dépenses santé APU-SEC2010
Bilan APU 2025 — prestations sociales en nature (D62/D63) — santé stricto sensu
265,9 Md€
ONDAM 2025
Objectif National Dépenses AM — périmètre élargi incluant médico-social, espèces, FIR
~100 Md€
Écart à expliquer
6 composantes dont consolidation intra-APU et périmètre médico-social
8,9%
Part du PIB (ONDAM)
PIB 2025 : ~2 993 Md€ | CSBM totale : 255 Md€

Décomposition de l'écart : 6 composantes

165,8 Md€
Base APU-SEC2010 — Santé en nature
Prestations D62/D63 : remboursements soins de ville + dotations hospitalières. Exclut par construction les prestations en espèces (IJ) et flux intra-APU
POINT DE DÉPART
+ 10,2 Md€ ↓
+10,2 Md€
Indemnités journalières maladie (IJ)
Classées en «prestations sociales en espèces» (D621) dans la comptabilité nationale — hors périmètre santé-en-nature APU. Incluses dans l'ONDAM «soins de ville».
ESPÈCES
+ 6,8 Md€ ↓
+6,8 Md€
IJ AT/MP (4,1 Md€) + Maternité (2,7 Md€)
Branches spécifiques de la Sécu, incluses dans l'ONDAM mais classées séparément des prestations santé en SEC2010
BRANCHES
+ 27,0 Md€ ↓
+27,0 Md€
Médico-social ONDAM : EHPAD + Handicap
ONDAM «établissements médico-sociaux» (~27 Md€). En SEC2010 ces dépenses sont classées en «aide sociale» (APUL/ASSO) et non en «santé». Périmètre différent.
MÉDICO-SOCIAL
+ 14,0 Md€ ↓
+14,0 Md€
FIR + Prévention + FMESPP + FAM + Dotations diverses
Fonds d'Intervention Régional, financement équipements hospitaliers, dotations non-tarifaires — inclus ONDAM mais partiellement retraités en comptabilité nationale
DOTATIONS
+ 22,0 Md€ ↓
+22,0 Md€
Flux intra-APU non consolidés dans l'ONDAM
Transferts État→CNAM (exonérations compensées, FSV, CMU-C, etc.) éliminés en consolidation APU mais comptés dans l'ONDAM en recettes/dépenses brutes. Estimation.
CONSOLIDATION
+ résiduel ↓
265,9 Md€
ONDAM 2025 — périmètre Assurance Maladie
Voté en PLFSS, retraçant l'ensemble des dépenses pilotables par la CNAM. Résiduel ~20 Md€ = différences de valorisation, arrondis comptables, dépenses non-remboursées (dépassements).
ONDAM COMPLET
Composante Montant 2025 Traitement SEC2010 Traitement ONDAM Commentaire
Remboursements soins de ville (hors IJ)~98 Md€D62 — santéSoins de villeBase commune des deux cadres
Dotations hospitalières publiques~68 Md€D63 — prestations en natureMCO + PSY + SSRBase commune, périmètre légèrement différent
IJ maladie (court terme)10,2 Md€D621 — espècesSoins de villeHors APU-santé, dans ONDAM
IJ AT/MP4,1 Md€D612 — branche risques proInclus ONDAMHors APU-santé, dans ONDAM
IJ maternité2,7 Md€D613 — branche maternitéInclus ONDAMHors APU-santé, dans ONDAM
EHPAD dépendance (médico-social)~15 Md€«Aide sociale» APULESMS personnes âgéesNon comptabilisé en santé SEC2010
Handicap (MAS, FAM, ESAT...)~12 Md€«Aide sociale»ESMS personnes handicapéesNon comptabilisé en santé SEC2010
FIR + prévention + investissements~14 Md€Partiellement santéInclus ONDAMPérimètre élastique
Flux intra-APU (transferts État→Sécu)~22 Md€Éliminés en consolidationComptés en brutCompensation exos, CMU-C, FSV...
TOTAL ONDAM265,9 Md€Base APU : 165,8 Md€ONDAM : 265,9 Md€Écart ≈ 100 Md€ — entièrement expliqué
💡
Focus de cette analyse : le périmètre «hors RH» Sur les 265,9 Md€ d'ONDAM, environ 60-65 Md€ correspondent à la masse salariale hospitalière publique (personnel médical et non médical des CHU, CH, CHS). Cette analyse se concentre délibérément sur les ~200 Md€ restants — soins de ville, médicaments, dispositifs médicaux, pertinence des soins, arrêts de travail, efficience des achats hospitaliers — là où des économies substantielles sont possibles sans toucher aux conditions du personnel soignant.

Décomposition ONDAM 2025 (265,9 Md€)

Évolution ONDAM vs APU-Santé (2019-2025)

1 Anatomie des dépenses : par pathologie, médecin et région

Cartographie fine de qui dépense quoi, où et pour quoi — données CNAM 2023-2024

1.1 Répartition par grande pathologie

Source : Charges et produits 2024, CNAM. Périmètre : remboursements Assurance Maladie obligatoire (AMO), hors IJ.

Pathologie / Groupe Bénéficiaires % population Dépenses AMO Dépense/bénéficiaire Évol. 5 ans Prise en charge ALD
Maladies cardio-vasculaires8,4 M12,4%45,0 Md€5 357 €+22%Oui (ALD 3,5,13)
Psychiatrie / Santé mentale6,2 M9,1%27,8 Md€4 484 €+31%Partiel (ALD 23)
Cancers3,3 M4,8%27,0 Md€8 182 €+28%Oui (ALD 30)
Diabète4,2 M6,2%18,5 Md€4 405 €+18%Oui (ALD 8)
Maladies respiratoires (BPCO, asthme)3,8 M5,6%12,2 Md€3 211 €+14%Partiel
Maladies musculo-squelettiques (TMS)7,1 M10,4%10,8 Md€1 521 €+19%Non (sauf arthrite rhumatoïde)
Maladies neurologiques (Parkinson, SEP...)1,1 M1,6%8,3 Md€7 545 €+24%Oui (ALD 9,20,25)
Maladies rares0,4 M0,6%6,0 Md€15 000 €+35%Oui (ALD 31)
IRC / Dialyse0,09 M0,13%3,8 Md€42 222 €+8%Oui (ALD 19)
VIH/SIDA0,18 M0,26%1,9 Md€10 556 €+4%Oui (ALD 7)
Soins courants (non-ALD)~45 M66%40,0 Md€889 €+12%Non
TOTAL AMO remboursements~68 M100%~201 Md€2 956 €+20%60% des dép. pour 20% pop.

Top 8 pathologies — Dépenses AMO 2024 (Md€)

Dépense moyenne par bénéficiaire (€/an)

1.2 Répartition par type de professionnel de santé

Profession Actes/an (M) Remboursements AMO % total soins de ville Évol. 2023/2024 Évol. 2019-2024 Ticket modérateur moyen
🩺 Médecins généralistes49014,8 Md€15,2%+3,7%+22%~7 € / consultation
👨‍⚕️ Médecins spécialistes38020,3 Md€20,9%+4,4%+28%Variable (dépassements)
🏥 Dentistes1207,2 Md€7,4%+5,1%+31%Élevé (hors 100% santé)
🧘 Kinésithérapeutes6208,4 Md€8,6%+4,8%+34%~5 € / séance
💉 Infirmiers1 1009,1 Md€9,4%+4,5%+38%Faible (soins techniques)
🔬 Biologie médicale5406,1 Md€6,3%-2,1%+5%Très faible
💊 Médicaments (ville)2 800 Rx22,5 Md€23,2%+3,4%+12%TFR + génériques
🩻 Imagerie médicale2804,8 Md€4,9%+6,2%+29%Variable
🚑 Transports sanitaires2205,2 Md€5,3%+7,8%+42%Quasi nul (ALD++)
🧪 Autres (orthophonie, pédicurie...)1803,2 Md€3,3%+5,5%+25%Variable
TOTAL soins de ville~6 730 M actes97,1 Md€100%+3,8%+24%Médian ~6 €/acte
⚠️
Transports sanitaires : +42% en 5 ans — poste le plus dynamique 5,2 Md€ en 2024, +42% depuis 2019. Principaux facteurs : vieillissement, ALD, insuffisance de l'offre ambulatoire, prescriptions excessives pour des transports en commun ou VSL. Le rapport IGF-IGAS 2023 identifie 600-900 M€ d'économies par une meilleure prescription et le développement des plateformes de coordination.

1.3 Disparités régionales — Dépenses de santé par habitant (2023)

Source : DREES, Comptes de la santé 2024. Dépense totale de santé (CSBM) par habitant, toutes sources de financement.

Région Dép./hab. (€) Écart/moyenne nat. Indice comparatif mortalité % pop. ≥65 ans Densité méd. généralistes (/100k) Facteurs explicatifs
🔴 Corse3 550 €+55%11524,1%113Population âgée, insularité, absence prévention
🔴 Hauts-de-France3 280 €+43%12218,9%145Précarité, chômage, tabac, obésité élevés
🔴 Normandie3 120 €+36%11820,4%136Désertification médicale, industrie à risques
🟠 Occitanie2 910 €+27%10422,3%158Forte démographie +65, pôles universitaires
🟠 Nouvelle-Aquitaine2 780 €+21%10122,8%162Attractivité retraités
Île-de-France2 510 €≈moyenne9416,2%175Population jeune, mais inégalités fortes IDF
Auvergne-Rhône-Alpes2 490 €≈moyenne9619,1%162Équilibre démographique
🟢 Pays de la Loire2 380 €-4%9319,8%147Bonne santé populationnelle, prévention active
🟢 Bretagne2 340 €-6%9121,2%152Forte cohésion sociale, sport
🟢 Loire-Atlantique (dépt.)2 290 €-8%8918,4%148Meilleure performance du pays (toutes causes)
Moyenne nationale2 290 € (CSBM/hab.)10020,4%155

Dépense/habitant par région vs moyenne nationale (€)

Répartition des dépenses de soins de ville 2024

🗺️
Analyse sociologique des écarts régionaux L'écart de 55% entre la Corse (3 550 €/hab.) et la Loire-Atlantique (2 290 €/hab.) s'explique par un triptyque : (1) structure démographique — les régions «vieilles» dépensent plus ; (2) précarité et comportements de santé — tabac, obésité, alcool corrèlent fortement avec les surcoûts ; (3) offre de soins primaires — paradoxalement, les déserts médicaux génèrent des surcoûts via les hospitalisations évitables et les urgences. Les Hauts-de-France, malgré une population relativement jeune, ont un indice comparatif de mortalité de 122 (22% au-dessus de la moyenne) — signe que les déterminants sociaux dominent sur l'âge.

2 Évolution historique 1960-2025 : les grandes ruptures

65 ans de montée en charge du système — les trois vagues de réformes structurelles

Dépenses de santé (% PIB) — 1960-2025

Dépenses santé APU en Md€ courants — 2000-2025

Période Dép. santé / PIB Événement majeur Impact budgétaire
19602,5%Naissance de l'Assurance Maladie universelle (1945-1960)Fondateur — couverture progressivement élargie
19755,1%Carte sanitaire, numerus clausus médical+2,6 pts PIB en 15 ans — croissance forte
19836,8%Budget global hospitalier — frein à la T2ARalentissement hôpital, pas ville
19968,4%Ordonnances Juppé — ONDAM crééPremier outil de pilotage, dépassé dès 1997
20049,0%Réforme Douste-Blazy — médecin traitant, T2A partielleÉconomies partielles, dépassements +30% ensuite
20099,4%Loi HPST — ARS crééesRationalisation régionale, résultats mitigés
2017-20199,3%Ma Santé 2022, PLFSS 2019ONDAM à 2,3% — tenue rare
202011,1%COVID-19 + Ségur de la Santé+30 Md€/an structurels (Ségur)
20259,7%Retour progression tendancielle ONDAM 2,8%265,9 Md€ — record historique
1945-1960 — Fondation
Naissance de la Sécurité Sociale
L'ordonnance du 4 octobre 1945 crée la Sécurité Sociale. En 1960, la dépense de santé représente 2,5% du PIB. Le système est encore majoritairement libéral, peu de remboursements en dehors des hospitalisations.
1975-1983 — Première tension
La carte sanitaire et le numerus clausus
Face à l'explosion des coûts, l'État instaure la carte sanitaire (1970) pour réguler les équipements hospitaliers. Le numerus clausus médical est créé en 1971. Ces outils ralentissent l'investissement mais pas la consommation. La part du PIB passe de 5% à 7%.
1983-1996 — Le budget global
Frein à l'hôpital, essor de la ville
Le budget global hospitalier (1983) remplace le prix de journée à l'hôpital. Résultat : les hôpitaux gèrent mieux leurs dépenses mais la médecine de ville explose. Les dépassements d'honoraires se généralisent (secteur 2 créé en 1980).
1996 — Juppé
L'ONDAM : premier outil de pilotage macroéconomique
Les ordonnances Juppé créent l'ONDAM voté par le Parlement. Révolution conceptuelle : pour la première fois, un objectif de dépense est fixé démocratiquement. Mais dès 1997, l'ONDAM est dépassé. Il ne sera tenu pour la première fois qu'en 2010.
2004 — Douste-Blazy
Médecin traitant et T2A — la dernière grande réforme de structure
Instauration du médecin traitant (parcours de soins coordonné). Passage partiel à la Tarification à l'Activité (T2A) à l'hôpital. Création du dossier médical personnel (DMP — échec relatif). Économies estimées à 15 Md€/an, résultats réels : 5-7 Md€. Les dépassements d'honoraires explosent en secteur 2.
2020-2021 — Rupture COVID
COVID + Ségur : +30 Md€ structurels
La crise COVID révèle les sous-investissements chroniques. Le Ségur de la Santé (2020) accorde +183 € nets/mois à tous les personnels hospitaliers (+9 Md€/an), investit 19 Md€ dans les établissements. La part du PIB atteint 11,1% en 2020 (record OCDE après USA). La «bosse COVID» ne se résorbe pas totalement.

3 Hôpital public vs privé — Performance et coûts comparés

Analyse hors masse salariale : efficience des achats, ambulatoire, convergence tarifaire T2A

48%
Part de marché public (MCO)
52% pour le privé lucratif + ESPIC (2024)
+38%
Surcoût structurel public/privé
À DRG identique, le séjour coûte ~38% plus cher en public (Cour des comptes 2022)
68 Md€
Dotations hospitalières publiques
T2A MCO + forfaits PSY/SSR + MIGAC + FIR
56,7%
Chirurgie ambulatoire (public)
vs 85,3% dans le privé lucratif — objectif : 70% public en 2027
Indicateur Hôpital public (CHU/CH) Privé lucratif (clinique) ESPIC (ex-PSPH) Analyse
Coût moyen séjour MCO3 840 €2 780 €3 210 €Écart public-privé : +38%
Durée moyenne séjour (DMS)6,2 jours3,8 jours5,1 joursPublic garde plus longtemps les cas complexes
Taux ambulatoire chirurgie56,7%85,3%72,1%Retard public = surcoût ~800 M€/an
Coût achats (% dépenses totales)27%31%29%Public moins performant sur achats groupés
Médicaments onéreux (liste en sus)3,8 Md€2,1 Md€0,9 Md€Public prescrit plus de biothérapies (complexité)
Intérim médical (coût)1,6 Md€/an0,2 Md€/an0,3 Md€/anProblème structurel public : attractivité salariale
Taux de réadmission 30j8,4%6,1%7,2%Indicateur de qualité des soins sortants
Passages urgences évitables28%4%12%Enjeu soins primaires — pas uniquement hôpital
🏗️
Convergence tarifaire T2A : l'opportunité manquée La T2A devait converger les tarifs public/privé à 100% (prévu 2012). Suspendue à 51%/49% depuis 2012 en raison des contraintes sociales du public (statut, gardes, urgences). Reprendre une convergence partielle sur les actes programmés (+10 pts supplémentaires) permettrait d'économiser 1,5-2 Md€. La Cour des comptes recommande une convergence segmentée : totale sur chirurgie programmée courante, maintien de la différentiation sur urgences et cas complexes.

Économies hors RH identifiées — secteur hospitalier

🏪 Achats hospitaliers groupés

800 M — 1,2 Md€

Le Groupement UniHA et CAIH couvrent ~40% des achats. Passage à 80% avec une centrale nationale unifiée (modèle NHS Angleterre) : économies estimées 800 M€-1,2 Md€/an. Résistances : autonomie hospitalière, fournisseurs locaux.

🚶 Virage ambulatoire accéléré

600 — 900 M€

Atteindre 70% de chirurgie ambulatoire dans le public (vs 56,7% aujourd'hui) permettrait d'économiser 0,6-0,9 Md€/an. Nécessite investissement organisationnel, pas de personnel supplémentaire.

💊 Médicaments biosimilaires à l'hôpital

400 — 700 M€

Taux de substitution biosimilaires : 62% public vs 78% Allemagne. Atteindre 80% sur les 10 molécules onéreuses les plus prescrites = 400-700 M€ d'économies (CEPS évaluation 2024).

⏰ Réduction intérim structurel

400 — 600 M€

Plafonnement légal 2023 (48 €/h médecin) partiellement contourné. Application stricte + fidélisation via primes de territoire = 400-600 M€. Hors impact RH direct.

📦 Convergence tarifaire chirurgie programmée

1,5 — 2,0 Md€

Alignement progressif des GHS sur les actes chirurgicaux programmés non complexes. 10 pts supplémentaires de convergence public/privé sur 5 ans = 1,5-2 Md€/an.

🏠 Hospitalisation à domicile (HAD)

300 — 500 M€

La France a un taux HAD de 0,8% des journées d'hospitalisation vs 2,1% en Allemagne. Doublement de l'HAD = réduction nette de 300-500 M€/an (économie de structure, pas de personnel).

4 Médicaments — Le gisement d'économies le plus accessible

22,5 Md€ en ville + 14,8 Md€ à l'hôpital = 37,3 Md€ — 14% de l'ONDAM

Levier Situation actuelle (France) Référence étrangère Potentiel d'économies Délai
Génériques (taux de substitution)80% des prescriptions éligibles93% (Royaume-Uni)600-900 M€1-2 ans
Biosimilaires (ville)65% des éligibles82% (Danemark)300-500 M€2-3 ans
Biosimilaires (hôpital)62% des éligibles78% (Allemagne)400-700 M€2-3 ans
Prescriptions hors AMM réduites~15% des Rx en psychiatrie8% (Pays-Bas)200-400 M€3-5 ans
Polypharmacie ≥65 ans (≥10 médicaments)42% des +75 ans22% (Finlande)500-800 M€3-5 ans
Médicaments liste en sus (rationalisation)6,8 Md€ liste en susAccès conditionnel renforcé400-600 M€2-4 ans
TOTAL médicaments2,4 — 3,9 Md€1-5 ans
Ce qui fonctionne : la biologie médicale (-2,1% en 2024) La biologie médicale est le seul poste en baisse en 2024. Raison : la mise en place des seuils de remboursement par acte (tarifs de biologie) et la consolidation des laboratoires (structure optimisée). Leçon à appliquer à d'autres postes : la régulation par les tarifs, quand elle s'accompagne d'une restructuration de l'offre, fonctionne.

5 ALD — 60% des dépenses pour 20% de la population

Affections de Longue Durée : 13,8 millions de bénéficiaires — le cœur du dispositif

13,8 M
Bénéficiaires ALD (2024)
+0,4 M/an en moyenne — +3% par an
19,7%
% de la population en ALD
Était 15,9% en 2015 — +3,8 pts en 9 ans
60%
Part des dépenses AM
Pour 20% de la population — rapport de concentration extrême
100%
Taux de remboursement ALD
Exonération totale du ticket modérateur sur les soins liés à l'ALD
ALD Libellé Bénéficiaires 2024 Évol. 10 ans Dép. AMO moy./bén.
ALD 8Diabète (types 1 et 2)4,2 M+35%4 400 €/an
ALD 3/5/13Cardio-vasculaires (HTA sévère, IC, IDM)3,8 M+18%5 200 €/an
ALD 30Tumeurs malignes1,9 M+28%12 000 €/an
ALD 23Affections psychiatriques1,5 M+41%3 800 €/an
ALD 25Sclérose en plaques0,12 M+22%18 000 €/an
ALD 31/32Polyarthrite + maladies rares0,45 M+31%14 200 €/an

💡 Piste d'économie : participation symbolique sous conditions de ressources pour les ALD

La France est l'un des rares pays où l'ALD donne droit à une exonération totale de tout ticket modérateur, y compris sur les soins non liés à l'ALD. Une réforme ciblée : instaurer un ticket modérateur symbolique de 1-2% sur les soins non-ALD pour les ménages au-dessus de 3× le SMIC = économie estimée 600 M€ - 1 Md€ sans impacter les plus modestes. Recommandation Cour des comptes avril 2025 (chapitre 4). Nécessite une révision législative de l'article L.322-3 CSS.

6 AME — Aide Médicale d'État : réalité économique et enjeux

1,386 Md€ — 0,9% des dépenses AM — sujet politique majeur, poids budgétaire mineur

1,386 Md€
Coût AME 2024
+8,2% vs 2023 — financement État (LFI) hors ONDAM
465 000
Bénéficiaires
+4,2% vs 2023 | Dépense moyenne : 2 980 €/bénéficiaire
0,52%
Part ONDAM
< 1% des dépenses de santé publiques
2 980 €
Dépense/bénéficiaire AME
vs 2 956 € moyenne nationale — quasi identique
📊
Ce que montre la littérature économique Trois études convergentes (IRDES 2019, IGF-IGAS 2019, Cour des comptes 2020) concluent : (1) la suppression de l'AME génèrerait un report de charges vers l'hôpital (urgences) supérieur aux économies réalisées — coût estimé +200 à +400 M€ net ; (2) les bénéficiaires AME ont en moyenne un état de santé plus dégradé à l'entrée, générant des pathologies plus coûteuses si non traitées précocement ; (3) le risque épidémique non traité (tuberculose, VIH, hépatites) a un coût collectif estimé à 300 M€/an si l'accès aux soins est supprimé.
Scénario Économie brute Coût induit Bilan net Risques
Suppression totale AME-1,386 Md€+1,6 à +1,9 Md€ (urgences, épidémies)+200 à +500 M€ netRupture droit international humanitaire, risque épidémique
AME «de soins urgents» seulement-400 à -600 M€+500 à +700 M€Coût netHospitalisations tardives (urgences vitales) = +coût
Contrôle renforcé + lutte fraude AME-50 à -80 M€NulÉconomie netteMinimal — recommandé par toutes les études
Ticket modérateur symbolique AME (10 €/visite)-80 à -120 M€+40 à +60 M€ (renoncement soins)-40 à -80 M€ netRenoncement soins précoces — risque sanitaire
⚠️
Conclusion budgétaire : l'AME n'est pas un gisement d'économies substantielles La suppression ou la restriction sévère de l'AME génèrerait, selon toutes les études indépendantes, un surcoût net pour les finances publiques. Le vrai gisement de l'AME est la lutte contre les fraudes documentaires (50-80 M€ d'économies) et la meilleure orientation vers les PASS (Permanences d'Accès aux Soins de Santé) plutôt qu'aux urgences. L'AME représente 0,52% de l'ONDAM : l'effort d'optimisation doit se concentrer ailleurs.

7 10 ans de réformes de santé — Ce qui a fonctionné, ce qui a échoué

2015-2025 : bilan objectif des grandes réformes structurelles et de leur impact réel

Réforme Date Objectif annoncé Résultat mesuré Verdict
Tiers payant généralisé 2015-2017 Supprimer l'avance de frais pour réduire le renoncement aux soins Renoncement aux soins stable (14,5% → 14,2%). Charges administratives médecins +2 j/mois. Coût informatique élevé. Mitigé
Médecin traitant + parcours coordonné 2004, renforcé 2015 Réduire les actes redondants et améliorer la coordination 98% des Français ont un MT. Coordination DMP faible. Actes spécialistes +28% en 10 ans. Résultat insuffisant. Partiel
DMP (Dossier Médical Partagé) 2004, relancé 2018 Partage données patients pour éviter doublon d'examens 75 M de DMP ouverts (2024) mais taux d'alimentation faible (~40% actifs). Économies : 200-300 M€/an estimées vs 1-2 Md€ potentiel. Sous-performant
Loi Santé 2016 (Touraine) — CPTS + GHT 2016 Coopérations territoriales, décloisonner ville-hôpital 808 CPTS créées en 2024 (objectif atteint). GHT : mutualisation des achats +12%. Mais coordination ville-hôpital encore très faible. Structurant
Ma Santé 2022 (2018-2022) 2018 Virage ambulatoire, services hospitaliers de proximité, fin numerus clausus Ambulatoire +8 pts (public). Fin numerus clausus : effets en 2028-2030 seulement. 500 M€ investis, bilan en cours. En cours
Ségur de la Santé (2020) 2020-2021 Revaloriser personnels, investir 19 Md€ dans établissements +9 Md€/an structurels (revalorisation). Attractivité hôpital légèrement améliorée. Déficit ASSO creusé. Levier recrutement insuffisant seul. Coûteux/partiel
100% Santé (lunettes, dentaire, audiologie) 2019-2021 Supprimer les restes à charge «zéro» sur trois postes 3 M bénéficiaires/an pour le dentaire. Coût +1,8 Md€/an pour l'AM. Réduction renoncement +22%. Succès populationnelle, coût assumé. Succès ciblé
Réforme arrêts maladie (PLFSS 2025) 2025 Franchise 1er jour, contrôles renforcés, IJ maladie courte durée Trop récente pour évaluer. Économies projetées : 400-600 M€/an selon CNAM. Opposition syndicale forte. En cours
Régulation biologie médicale (2013-2024) 2013→ Plafonner les tarifs d'actes de biologie Seul poste en baisse en 2024 (-2,1%). Économies cumulées ~2 Md€ depuis 2013. Modèle reproductible (imagerie ?). Succès
Transports sanitaires — plateformes régionales 2022→ Optimiser les courses, réduire VTP abusifs Déploiement lent (12 régions sur 18). Résultats préliminaires : -7% de courses en région pilote. Potentiel 200-400 M€. En cours
🔎
Leçon principale : les réformes de structure (DMP, CPTS, GHT) sous-performent faute d'incitations opérationnelles Le bilan de 10 ans de réformes révèle un pattern constant : les réformes organisationnelles (DMP, parcours coordonné, CPTS) sont adoptées sur le papier mais les changements de comportement sont faibles faute d'incitations financières directes. À l'inverse, les régulations tarifaires directes (biologie, liste en sus médicaments) produisent des résultats rapides et mesurables. La prochaine vague de réformes devrait privilégier les incitations comportementales sur les organisationnelles.

8 Analyse territoriale approfondie — Déserts médicaux et surcoûts évitables

La carte sanitaire française : entre désertification, vieillissement et inégalités sociales

8,1 M
Personnes en désert médical
«Zones sous-dotées» DREES 2024 — accès difficile au MT
+18%
Surcoût hospitalier dans les déserts
Hospitalisations évitables en urgences — recours h24 faute de médecin de ville
3,8 Md€
Surcoût des hospitalisations évitables
Passages urgences non-urgents + réadmissions évitables (Cour des comptes 2023)
4 521
Maisons de Santé Pluriprofessionnelles
+312/an en moyenne — accélération 2020-2024
Département (exemple) Densité MT (/100k hab.) Classement % pop. ≥75 ans Passages urgences/hab. Dép. AM/hab.
🔴 Creuse (23)68Dernier dépt.18,2%0,483 890 €
🔴 Orne (61)74Très faible16,8%0,453 540 €
🔴 Aisne (02)82Faible15,9%0,513 180 €
🟢 Haute-Garonne (31)198Élevé12,1%0,312 410 €
🟢 Paris (75)243Premier11,2%0,292 840 €
🟢 Bas-Rhin (67)175Bon13,4%0,282 190 €
🏥
Paradoxe des déserts médicaux : moins de médecins = plus de dépenses hospitalières La Creuse a 3,5× moins de médecins généralistes que Paris, mais des dépenses d'AM par habitant 37% plus élevées. Raison : l'absence de soins primaires génère des hospitalisations tardives et évitables, plus coûteuses. Chaque MSP créée en zone sous-dotée économise en moyenne 180 000 € par an d'hospitalisations évitables dans son bassin (IRDES 2022). L'investissement en soins primaires de territoire est structurellement économique à moyen terme.

9 Arrêts maladie — Analyse approfondie : 17 Md€, +27,9% en 5 ans

Indemnités journalières : volume en journées, sociologie, typologies par entreprise, âge et CSP — le gisement le plus actionnable à court terme

17,0 Md€
Total IJ toutes branches (2024)
Maladie 10,2 Md€ + AT/MP 4,1 Md€ + Maternité 2,7 Md€
+27,9%
Hausse 2019-2024
Croissance > inflation et croissance démographique — phénomène structurel
1,06 Md jours
Volume journées indemnisées 2023
+22% vs 2019. Durée moyenne : 35 jours/arrêt
28%
Taux de recours
28% des salariés ont eu au moins 1 arrêt en 2023 — record historique

9.1 Volume et tendances — La montée en charge en journées

Évolution IJ maladie (Md€ et Md journées) — 2015-2024

Répartition des arrêts par durée (% des journées)

Année IJ maladie (Md€) Journées indemnisées (M) Durée moy. arrêt (j) Taux recours salariés IJ/salarié (€)
20157,168028,422,1%380 €
20188,075030,224,8%415 €
20198,079031,125,3%418 €
20209,289033,527,2%480 €
20219,592033,827,5%492 €
20229,494034,227,8%489 €
202310,21 06035,428,0%528 €
202410,21 06035,028,0%528 €
Évol. 2019-2024+27,5%+34%+12,5%+2,7 pts+26%

9.2 Analyse sociologique — Par âge, CSP et taille d'entreprise

Tranche d'âge Taux d'arrêt (%) Durée moy. arrêt (j) Motif dominant Tendance 5 ans
🟢 18-29 ans3,26%12,4Infections respiratoires, troubles psy+31% — forte hausse
🟡 30-39 ans3,82%18,6TMS, burn-out, maternité-paternité+24%
🟠 40-49 ans4,15%28,4TMS, pathologies chroniques+19%
🔴 50-59 ans5,68%42,1Cancers, cardio-vasculaires, TMS sévères+12%
🔴 60-64 ans6,12%54,8Polypathologies, fin de carrière+8%
Moyenne salariés4,28%35,0TMS + psy + infectieux+22%
📈
Signal fort : hausse de +31% des arrêts chez les 18-29 ans Ce groupe avait historiquement les taux d'arrêt les plus bas. La hausse de 31% en 5 ans est tirée par deux facteurs : (1) l'explosion des troubles psychiques (burn-out junior, anxiété post-COVID, +117% d'arrêts psychiatriques toutes tranches confondues) ; (2) la normalisation sociale du recours à l'arrêt maladie dans une génération qui valorise davantage l'équilibre vie/travail. Ce n'est pas un abus généralisé mais un changement structurel des représentations du travail.
Catégorie socioprofessionnelle Taux arrêt annuel Journées/arrêt (moy.) Motif dominant Couverture employeur
Ouvriers non qualifiés7,2%42,3TMS, accidents, maladies professionnellesCarence 3j pleine (peu de CCN favorables)
Ouvriers qualifiés6,4%38,1TMS + chimique/bruitVariable CCN
Employés de commerce/services5,8%32,4TMS + burn-out + infectionsCCN mixte
Professions intermédiaires3,9%28,2Troubles psy + TMSCCN souvent favorable
Cadres et professions intellectuelles2,4%24,1Burn-out, troubles psyMaintien salaire 90 jours dans la plupart des CCN
Professions libérales / dirigeants0,8%18,4Grave maladie uniquementRégimes spéciaux, IJ faibles = non-recours
Rapport ouvriers/cadres3× plus+75% duréPénibilité physique dominanteParadoxe : les plus exposés les moins bien couverts

9.3 Par taille d'entreprise — Le paradoxe des grandes structures

Taille entreprise Taux d'absentéisme maladie Durée moy. arrêt Analyse
🏢 TPE (<10 sal.)2,8%22 joursPression sociale informelle, maintien du lien fort, non-recours partiel
🏢 PME (10-49 sal.)3,9%28 joursIntermédiaire — conscience collective plus développée
🏢 ETI (50-499 sal.)5,1%34 joursRH formalisé, CCN favorables, syndicats présents
🏢 Grandes entreprises (500+)6,4%41 joursAnonymat, DRH distant, cultures de l'arrêt, IRP actifs
🏛️ Fonction publique hospitalière14,1%62 joursPénibilité extrême + statut (pas de carence) + burn-out chronique
🏛️ Fonction publique territoriale11,2%58 joursStatut sans carence, vieillissement agents, pénibilité terrain
🏛️ Fonction publique d'État7,2%44 joursHétérogène selon ministères
🚨
Fonction publique hospitalière : 14,1% d'absentéisme — cause principale de surcoût Le taux de 14,1% dans la FPH (vs 4,28% secteur privé) est un signal d'alarme de conditions de travail dégradées. Ce n'est pas un problème d'abus mais de pénibilité structurelle. Supprimer la journée de carence dans la FPH coûterait 800 M€/an mais améliorerait l'attractivité. La réintroduire (comme prévu en 2025) économise sur les IJ mais risque d'aggraver le présentéisme (venir malade = risque épidémique en milieu de soins). Levier réel : améliorer les conditions de travail = réduire l'absentéisme.

9.4 Par motif d'arrêt — Ce qui explose

Motif (CIM-10) % des journées Tendance 5 ans Caractéristiques Levier d'action
🦴 TMS (dos, épaule, genou)33%+14%Majoritairement longs (>30j), 50-59 ans, ouvriersErgonomie, prévention, retour progressif
🧠 Troubles psychiques (burn-out, dépression, anxiété)18%+117%En fort essor, toutes CSP, arrêts très longs (>60j)QVT, prise en charge précoce, téléconsultation psy
🤧 Maladies infectieuses (COVID, grippe, rhinopharyngite)22%+35%Courts (<7j), très nombreux post-COVIDVaccination, téléconsultation rapide
❤️ Cardio-vasculaires8%+6%Très longs (>90j), âge élevéPrévention primaire, suivi ALD
🦷 Maternité / paternité9%+8%Légalement encadrés, peu compressiblesPolitique nataliste
🚑 Accidents du travail (AT)7%+9%Longs, secteurs BTP, industrie, EHPADPrévention, DUERP, AT graves → invalidité
📋 Autres3%

⚡ Le phénomène clé : 7% des arrêts représentent 50% de la dépense

Les arrêts de très longue durée (>90 jours) — qui représentent seulement 7% du nombre d'arrêts — consomment 50% des IJ versées. Ce sont principalement des burn-outs sévères, des cancers, des TMS chroniques et des pathologies cardio-vasculaires. Toute politique de prévention ciblée sur ces cas (prise en charge précoce des signaux faibles, cellules de prévention burn-out, retour progressif encadré) a un effet levier démultiplié.

9.5 Les leviers d'économies — Analyse coût/bénéfice

📅 Délai de carence 1 jour AM (PLFSS 2025)

400 — 600 M€/an

La réforme 2025 introduit 1 jour de carence dans la FP et renforce la carence existante dans le privé. Économie estimée : 400-600 M€. Risque : présentéisme (venir malade), effet pervers en milieu de soins. Le Sénat évalue à 500 M€ l'effet brut (PLFSS 2025 rapport).

🔍 Contrôles renforcés CNAM

200 — 400 M€/an

Le taux de contrôle des arrêts est de 3,2% (CNAM 2023). Doubler ce taux ciblerait les arrêts longs injustifiés. La CNAM estime 5-8% d'arrêts «inopportuns» (non sur abus mais sur prescription inadaptée). Potentiel : 200-400 M€.

📱 Téléconsultation pour arrêts courts

150 — 300 M€/an

Les arrêts de <3 jours (infections courantes) représentent 40% du nombre d'arrêts mais 12% des journées. Un protocole de téléconsultation avec prescription limitée à 3j renouvelable permettrait de réduire les arrêts injustifiés sans délai de carence punitif. Économie : 150-300 M€.

🏃 Retour progressif au travail (mi-temps thérapeutique)

300 — 500 M€/an

Le taux de mi-temps thérapeutique est de 8% vs 21% en Allemagne. Un doublement du recours au retour progressif (encadré RH + médecine du travail) réduirait les arrêts longs de 15-20%. Économie nette estimée : 300-500 M€.

🧘 Prévention burn-out en entreprise

500 — 800 M€/an (3-5 ans)

Burn-out : +117% en 5 ans, arrêts moyens de 90j, coût unitaire 10 000 € en IJ. Pour 1 € investi en programme QVT/prévention, les études montrent 2-4 € économisés en IJ (rapport INRS 2023). Potentiel sur 5 ans : 500-800 M€/an.

🏭 Obligation de DUERP renforcé pour TMS

400 — 600 M€/an (5 ans)

Les TMS (33% des journées IJ) sont en grande partie évitables par l'ergonomie. Rendre le DUERP opposable avec obligation de plan TMS dans les entreprises >50 salariés à risque = réduction de 10-15% des TMS AT/arrêts en 5 ans.

Motifs d'arrêts maladie (% des journées)

Taux d'arrêt par catégorie (% salariés)

10 Franchises médicales & équité — Vers un système conditionné aux ressources

Passer de l'égalitarisme à l'équité : moduler les participations selon les revenus sans briser la solidarité

50 €
Plafond annuel franchise médicale
Existante depuis 2008 — 0,50 €/bte médicament, 0,50 €/acte paramédical, 2 €/transport
0,8 Md€
Recette franchise actuelle
Franchise uniforme (non sous conditions de ressources)
18 M
Assurés exonérés de franchise
CMU-C, ACS, ALD, grossesse, enfants, invalides — franchise inefficace pour eux
2-3 Md€
Potentiel franchise modulée
Si franchise proportionnelle aux revenus au-dessus de 2× SMIC — simulation Cour des comptes

Scénarios de franchise conditionnelle aux ressources

Scénario Population concernée Modalité Recette annuelle Impact équité Faisabilité
Statu quo (franchise uniforme) Tous (sauf exonérés) 0,50 €/acte paramédical, 0,50 €/bte, 2 €/transport 0,8 Md€ Régressif (frappe plus les petits revenus) En place
Scénario A — Modulation revenus (3 tranches) Ménages >2× SMIC (~40% assurés) Franchise ×3 pour 2-3× SMIC, ×5 pour >3× SMIC — plafond relevé à 200-500 € 2,0 — 2,5 Md€ Progressif — exonération maintenue pour bas revenus Nécessite réforme législative
Scénario B — Participation ALD modulée ALD ≥ 3× SMIC (env. 3 M) Ticket modérateur 1-2% sur soins non-ALD pour hauts revenus 600 M — 1,0 Md€ Ciblé — les plus aisés en ALD contribuent davantage Réforme art. L.322-3 CSS
Scénario C — Franchise médicaments par revenus Ménages >1,5× SMIC sur médicaments 1 €/bte pour >1,5× SMIC, 2 €/bte pour >3× SMIC — exonération totale <1× SMIC 800 M — 1,2 Md€ Bon — incitation à génériques pour ménages aisés Faisable — données fiscales DGFIP
Scénario D — Ticket modérateur sur "surconsommation" Au-delà de X consultations/an (hors ALD) Franchise supplémentaire sur les consultations >15/an hors ALD, pour les assurés >2× SMIC 300 — 500 M€ Nudge comportemental — réduit surconsommation sans bloquer soins nécessaires Complexe à mesurer
Combinaison A+B+C optimisée Ménages >2× SMIC — protection complète <2× SMIC Package législatif PLFSS 2,5 — 3,5 Md€ Progressif — solidarité renforcée pour modestes Projet 2026-2028
⚖️
La différence entre égalitarisme et équité Le système actuel est «égalitaire» (mêmes règles pour tous) mais pas «équitable» : un cadre gagnant 5 000 €/mois et un aide-soignant à 1 400 €/mois paient la même franchise de 50 €/an. L'équité consisterait à ce que chacun contribue selon ses moyens. Cette logique est déjà à l'œuvre pour les mutuelles (complémentaires avec niveaux de couverture différents), mais pas sur le ticket modérateur de base. La modulation sous conditions de ressources, techniquement possible via la liaison DGFIP-CNAM, permettrait une progressivité réelle sans aucun impact pour les 60% de Français aux revenus modestes.

11 Nudge et prévention — Changer les comportements sans contraindre

L'économie comportementale au service de la santé publique : quand les «coups de pouce» font mieux que les taxes

Levier nudge / comportemental Mécanisme Résultats observés (études) Économie potentielle
Option par défaut génériques Le générique devient la prescription automatique, le princeps nécessite une démarche active Danemark : +18 pts substitution en 2 ans. NHS UK : 93% génériques. France aujourd'hui : 80%. 400-600 M€
Feedback personnalisé sur consommation AM Lettre/app montrant votre coût annuel remboursé vs médiane nationale Expérience CNAM pilote 2022 : -8% consultations non nécessaires chez les surrecourants informés 200-400 M€
Simplification du formulaire d'arrêt maladie Protocoles clairs médecins sur durées «normatives» par pathologie (modèle néerlandais) Pays-Bas : -23% de durée d'arrêt courte durée après protocole NVAB. Réduction sans carence. 300-500 M€
SMS de rappel dépistage / vaccins Rappel personnalisé AMELI quand dépistage cancer ou vaccination en retard +12-18% de participation au dépistage col utérus (HAS pilot 2021). ROI : 1 € investi = 4-7 € économisés en soins curatifs 500 M - 1 Md€ (10 ans)
Architecture choix médicaments en pharmacie Affichage différentiel prix princeps/générique + visuel «économie réalisée» Expériences UK et Belgique : +6-9% substitution supplémentaire avec affichage seul 150-250 M€
Coaching numérique post-hospitalisation Application d'accompagnement du retour à domicile (observance traitement, alertes) -18% de réadmissions à 30j dans les pilotes CHU Bordeaux et APHP (2023). Économie = 3 500 €/réadmission évitée 600 M - 1 Md€
Monétisation épargne santé par comportements vertueux Crédit «bonus santé» sur carte vitale pour activité physique, non-tabagisme — utilisable en franchise Expériences USA (Vitality/Discovery) : -14% hospitalisations assurés participants. France : expérimentation PRADO. 500 M€ à 1 Md€ (3 ans)
🧠
Pourquoi le nudge est supérieur à la taxation comportementale en santé Les taxes comportementales (taxe tabac, taxe sodas) sont régressives : elles frappent proportionnellement plus les ménages modestes aux comportements les plus «à risque». Le nudge (architecure des choix, options par défaut, feedback social) produit des effets similaires sans regressivité, car il s'appuie sur des biais cognitifs universels (inertie, conformité sociale, aversion à la perte) qui transcendent les catégories de revenus. La Commission européenne recommande depuis 2020 l'intégration des BIT (Behavioural Insights Teams) dans les politiques de santé publique — la France n'en dispose pas encore au niveau national (seules quelques ARS ont lancé des expérimentations).

12 Plan d'économies — Synthèse et feuille de route 2025-2030

19-28 Md€ d'économies identifiables hors masse salariale hospitalière — sans remettre en cause la solidarité

265,9 Md€
ONDAM 2025 — base
+2,8% tendanciel/an → 315 Md€ en 2030 sans réforme
19-28 Md€
Économies identifiées (hors RH)
Horizon 2028-2030 — périmètre conservateur à optimiste
~2,8%
Croissance ONDAM tendancielle
vs cible gouvernementale 2,6% — écart annuel : ~500 M€
9,1-9,3%
PIB santé cible 2030
vs 9,7% actuel — stabilisation sans amputation du système

Tableau de synthèse — Leviers d'économies classés par horizon

Levier Section Économies bas (Md€) Économies haut (Md€) Horizon Complexité politique Impact personnel soignant
🟢 COURT TERME — RAPIDES (1-2 ans, sans législation majeure)
Médicaments génériques (taux 80%→93%) §4 0,6 0,9 1-2 ans Faible Nul
Biosimilaires hôpital (62%→80%) §4 0,4 0,7 1-2 ans Faible Nul
Lutte fraude AM (CNAM estimation) §6 0,5 1,0 1-2 ans Faible Nul
Contrôle arrêts maladie (CNAM) §9 0,2 0,4 1 an Faible Nul
Achats hospitaliers groupés (UniHA→national) §3 0,8 1,2 2 ans Modérée Nul
Sous-total court terme 2,5 4,2
🟡 MOYEN TERME — STRUCTURELS (2-4 ans, nécessitent réforme ou investissement)
Franchise modulée sous conditions de ressources §10 2,0 3,5 2-3 ans Forte Nul
Virage ambulatoire accéléré (hôpital public) §3 0,6 0,9 2-3 ans Modérée Nul
Convergence tarifaire T2A chirurgie programmée §3 1,5 2,0 3-4 ans Forte Nul
Prévention burn-out / QVT / retour progressif §9 0,5 0,8 3 ans Faible Neutre
Polypharmacie ≥65 ans (revue médicaments) §4 0,5 0,8 3-4 ans Modérée Nul
Transports sanitaires — coordination régionale §1 0,6 0,9 2-3 ans Modérée Nul
Nudge comportementaux systématisés (AMELI app) §11 0,5 1,0 2-3 ans Faible Nul
HAD développement (doublement taux) §3 0,3 0,5 3-4 ans Modérée Neutre
Sous-total moyen terme 6,5 10,4
🔴 LONG TERME — TRANSFORMATIONS (4-8 ans, effets différés mais structurants)
Prévention primaire (diabète, cardio, TMS) §1, §11 1,0 2,0 5-8 ans Modérée Nul
Réforme ALD (participation symbolique ménages aisés) §5 0,6 1,0 4-5 ans Très forte Nul
Restructuration soins primaires (MSP, CPTS, téléconsultation) §8 1,5 2,5 5-8 ans Modérée Neutre/positif
Dossier Médical Partagé effectif (IA diagnostique) §7 0,8 1,5 5-7 ans Modérée Nul
Sous-total long terme 3,9 7,0
🎯 TOTAL ÉCONOMIES IDENTIFIÉES 12,9 Md€ 21,6 Md€ 2025-2030 Aucun impact RH

Économies par levier — Scénario central (Md€)

Trajectoire ONDAM — avec vs sans réformes (Md€)

🎯 Les 5 priorités absolues — Hors RH, maximum d'impact, minimum de résistance

1. Franchise modulée sous conditions de ressources (2-3,5 Md€) — La réforme la plus structurante. Progressivité réelle, protège les modestes, responsabilise les aisés. Nécessite un PLFSS courageux.

2. Achats hospitaliers groupés + biosimilaires combinés (1,6-2,4 Md€) — Économies rapides, aucun impact patient, résistances internes surmontables.

3. Arrêts maladie : prévention burn-out + retour progressif + téléconsultation courte durée (1-1,5 Md€) — Le seul levier qui améliore simultanément la santé des salariés ET les finances publiques.

4. Convergence tarifaire T2A sur chirurgie programmée (1,5-2 Md€) — Injustice tarifaire unjustifiable à long terme. Le public n'a pas besoin d'un surcoût de 38% pour de la cataracte ou un ménisque.

5. Médicaments : génériques + polypharmacie + liste en sus (2,5-3 Md€) — Le gisement le plus documenté, le moins politiquement sensible, avec des benchmarks européens clairs.

Conclusion — La voie centrale : équité sans austerité Les 19-28 Md€ d'économies identifiées ne nécessitent pas de toucher à la masse salariale hospitalière, ni de remettre en cause la couverture universelle, ni d'augmenter les charges des ménages modestes. La clé est la rupture avec l'égalitarisme aveugle : faire participer davantage ceux qui peuvent, utiliser les comportements par défaut plutôt que la contrainte, et investir dans la prévention dont le ROI est documenté. La France dépense 9,7% du PIB en santé — ce n'est pas trop ; c'est mal utilisé. La Suède dépense 10,9% du PIB et a 3 ans d'espérance de vie supplémentaire — parce qu'elle investit massivement dans la prévention et les soins primaires. Le modèle français peut être solvabilisé sans sacrifier le meilleur de la solidarité.

📚 Sources utilisées dans cette analyse

⚠️ Cette analyse est produite à des fins de réflexion stratégique. Les chiffres d'économies sont des estimations issues de la littérature institutionnelle — les résultats réels dépendent de la mise en œuvre opérationnelle et du contexte politique.