🇫🇷 Finances Publiques
📊 Finances générales
Tableau Emplois-Ressources APU 2025 — Vue d'ensemble Tableau Emplois-Ressources APU 2025 Protection Sociale — 886 Md€ (2025) APU hors social — 922 Md€ (2025) Compte Simplifié APU — 1 670 Md€ (2025) PIB & Comptes de la Nation 2000–2025 Prélèvements obligatoires 2016–2025 D41 — Dépenses d'intérêts des APU PLF 2027 — Dashboard Trajectoire 2029
💰 Fiscalité & Recettes
Zoom TVA — ~206 Md€ (2025) Zoom IR — ~92 Md€ (2025) Zoom IS — ~59 Md€ (2025) Zoom CSG & CRDS — ~170 Md€ (2025) Zoom Cotisations Patronales (2025) Zoom Cotisations Salariales — ~120 Md€ (2025) Zoom Impôts sur la production — ~132 Md€ (2025) Zoom Taxe sur les Salaires — ~16 Md€ (2025) Zoom TICPE / Accises Énergie — ~37 Md€ (2025) Zoom Taxes Comportementales — ~19 Md€ (2025) Zoom Fiscalité locale — TF & ex-TH (2025) Zoom DMTO — ~11 Md€ (2025) Zoom Successions & Donations — ~21 Md€ (2025) Zoom Autres Impôts Directs (D59) — ~7 Md€ (2025) Zoom Ventes & Recettes de Production — 130 Md€ (2025) D4 — Revenus de la propriété APU : 23 Md€ (2025) Zoom Intérêts reçus & revenus financiers — 9 Md€ (2025)
🏛️ Dépenses & Fonctionnement
Zoom P2 — Consommations Intermédiaires — 161 Md€ (2025) Autres Fonctionnement — Dépenses de l'État 2023-2025 Investissement public (P51g) — France 2025 Autres acquisitions d'actifs non financiers (ANF) 2024 DECP — Conseil, AMO, Juridique, Audit Décomposition 193 Md€ — Transferts & Subventions (2025) D3 — Subventions aux producteurs (Énergie, Agriculture) D7 — Transferts courants aux ménages
👥 Emploi public
FPE — 2,59 M agents (2025) FPT — 2,02 M agents (2025) FPT Effectifs — Filières & métiers (2025) Éducation nationale — 1,2 M agents (2024-2025) ATSS Éducation nationale — 287 k non-enseignants (2025) Syndicats Éducation nationale — Revendications 2020-2025 Doublons FPE–FPT — Compétences partagées APUC — Pyramide des âges & départs retraite 2025-2040 Rémunération des agents publics 2025 Réformes FP 2015-2025 — Syndicats & Think tanks MASA — 30 458 fonctionnaires (2025) Enseignement agricole — 13 820 enseignants / 217 702 apprenants
🛡️ Protection sociale
Retraites & Pensions — 413 Md€ (2025) Réforme des Retraites — Dossier Complet Dépenses de Santé 360° — France 2025 Chômage 2025 — Qui touche, qui finance, comment réformer Le coût caché du licenciement Autres Prestations APU — Famille, Invalidité, Solidarité (2025) Décomposition 771 Md€ — Prestations Sociales APU (2025) Flux de la Protection Sociale — 886 Md€ (2025) Cartographie des Organismes de Protection Sociale
⚙️ Réformes
15 Mesures pour revenir à −3 % du PIB Démonstration Mathématique — 15 Mesures Méthodologie — Bascule Cotisations / TVA / CSG Modèle — Réduction 25% Cotisations Patronales Aides Publiques aux Entreprises — France 2025 La Polémique des Chiffres sur les Aides aux Entreprises
🔧 Simulateurs
⭐ Simulateur Unifié — Dette, Arbitrage & ZBR Simulateur — Impact sur le Déficit et la Dette 2025 Simulateur ZBR — Arbitrage & Revue Zéro-Base
🔍 Analyses
Anatomie du Revenu Français Population & CSP France 2025 🎓 Les 3 Budgets Publics — Guide Pédagogique

Zoom Impôts sur la production — ~132 Md€ (2025)

D29 comptes nationaux • La France, vice-championne d'Europe • Inventaire CFE, CVAE, C3S, TFPB, versement mobilité • Réformes et suppression CVAE • Comparaison internationale • Sources FIPECO, INSEE Comptes de la Nation 2025, DGFiP, Eurostat, CAE, Institut Montaigne Baromètre 2025
~132 Md€
Impôts sur la production 2025
D29 comptabilité nationale — total tous impôts (+2,2 %)
~72 Md€
Impôts divers sur la production
Hors impôts sur les salaires (~60 Md€)
4,4 %
Poids dans le PIB
vs 2,2 % moyenne zone euro — 2× plus (stable)
2e UE
Rang européen
Derrière la Suède — Baromètre Institut Montaigne 2025
−15 Md€
Baisse depuis les réformes
Suppression CVAE + baisses CFE depuis 2020 (inchangé)

1. Vue d'ensemble — définition et périmètreD29 comptabilité nationale

Les impôts sur la production (catégorie D29 en comptabilité nationale) englobent tous les impôts que supportent les entreprises du fait de leurs activités de production, indépendamment de la quantité ou de la valeur des biens et services produits ou vendus. Ils se distinguent des impôts sur les produits (TVA, accises) et de l'impôt sur les sociétés (impôt sur le revenu des entreprises). Ils constituent une particularité fiscale française : la France en lève deux fois plus que la moyenne européenne en proportion du PIB.

Les deux sous-catégories

CatégorieMontant 2025% PIBPrincipaux impôts
Impôts sur les salaires et main-d'œuvre (D291)~60 Md€2,0 %Taxe sur les salaires, versement mobilité, contribution apprentissage, forfait social
Impôts divers sur la production (D29 hors D291)~72 Md€2,4 %TFPB entreprises, CFE, CVAE, C3S, taxes sectorielles
Total impôts sur la production (D29)~132 Md€4,4 %
Pourquoi ces impôts sont-ils si problématiques ? Contrairement à l'IS qui ne taxe que le bénéfice, les impôts de production frappent les entreprises même quand elles ne gagnent pas d'argent : ils sont assis sur le foncier (TFPB, CFE), la masse salariale (versement mobilité), le chiffre d'affaires (C3S) ou la valeur ajoutée (CVAE). Ils augmentent le point mort des entreprises et pénalisent l'investissement, la compétitivité et la localisation en France.

2. Évolution 2010-2025FIPECO / INSEE / DGFiP

Le produit total des impôts sur la production est passé de ~100 Md€ en 2010 à un pic de ~120 Md€ en 2019, avant de redescendre puis remonter à ~132 Md€ en 2025 sous l'effet conjugué de la croissance nominale et de la contribution complémentaire CVAE. En % du PIB, la tendance est à la stabilisation : de 5,2 % en 2014 à 4,4 % en 2025 (PIB nominal 2 991 Md€). Le niveau reste très élevé en comparaison européenne.

AnnéeTotal D29 (Md€)% PIBÉvénement marquant
2010~1005,0 %Suppression de la taxe professionnelle → CFE + CVAE
2012~1085,1 %Montée en charge de la CET (CFE + CVAE)
2014~1155,2 %Création du CICE (mais ne réduit pas D29)
2016~1094,9 %Premiers allègements Pacte de responsabilité
2017~1155,0 %Pic pré-réforme
2018~1185,0 %Transformation CICE en allègements
2019~1204,9 %Dernière année avant réformes impôts de production
2020~1134,9 %Covid-19 — baisse mécanique des assiettes
2021~1184,7 %Plan France Relance : −10 Md€ sur CFE/CVAE/TFPB
2022~1254,8 %Première baisse de moitié de la CVAE
2023~1284,5 %Suppression 2e moitié CVAE (reportée)
2024129,04,4 %CVAE résiduelle 3,9 Md€ — suppression repoussée à 2030
2025~1324,4 %CVAE taux 0,19 % + contribution complémentaire 47,4 % — LFI 2026 maintient calendrier 2030
Bilan des réformes. Le plan France Relance (2021) avait promis −10 Md€ d'impôts de production pour les entreprises. Objectif partiellement atteint : la baisse de CVAE (de 9,3 Md€ en 2022 à 3,9 Md€ en 2024-2025) et la réduction de moitié des impôts fonciers des établissements industriels ont bien eu lieu. Mais la suppression totale de la CVAE, initialement prévue pour 2024, a été repoussée à 2030 par la LFI 2025 en raison de la dérive du déficit public. La LFI 2026 maintient le calendrier de suppression à 2030, tout en remontant le taux plafond CVAE à 0,28 % dès 2026.

3. Inventaire détaillé des principaux impôts de production~72 Md€ — impôts divers sur la production

Les « impôts divers sur la production » (~72 Md€) sont ceux qui posent le plus de problèmes de compétitivité. Ils se distinguent des impôts sur les salaires (taxe sur les salaires, versement mobilité, etc.) qui sont traités séparément. Voici leur décomposition.

ImpôtMontant 2025AssietteBénéficiaireCommentaire
TFPB entreprises~16 Md€Valeur locative cadastraleCommunes, EPCISur les ~44 Md€ de TFPB totale, ~16 Md€ sont payés par les entreprises
CFE7,9 Md€Valeur locative foncièreCommunes, EPCIComposante foncière de l'ex-taxe professionnelle
CVAE + contribution complémentaire~3,9 Md€Valeur ajoutéeÉtat (depuis 2023)Taux plafond abaissé à 0,19 % + contribution complémentaire 47,4 % — suppression maintenue à 2030
C3S5,4 Md€Chiffre d'affaires > 19 M€Sécurité socialeTaux 0,16 % — impôt en cascade sur le CA
Taxes foncières associées~20 Md€Foncier diversCollectivitésTaxes chambres consulaires, IFER (réseaux), TASCOM, etc.
Sous-total impôts divers sur la production~72 Md€

Impôts sur les salaires et la main-d'œuvre (D291) — ~60 Md€

ImpôtMontant 2025AssietteCommentaire
Taxe sur les salaires17,8 Md€Masse salarialeEntreprises non assujetties TVA (banques, assurances, santé)
Versement mobilité12,6 Md€Masse salariale > 11 salariésFinance les transports en commun — taux variable par zone
Contribution apprentissage11,6 Md€Masse salarialeFrance Compétences — financement de l'apprentissage
Forfait social6,4 Md€Rémunérations exonérées de cotisationsIntéressement, participation, épargne salariale
Autres~11,6 Md€DiversContribution formation, PEEC (logement), OETH, etc.
Sous-total impôts sur les salaires~60 Md€

Barre de répartition visuelle — impôts divers sur la production (~72 Md€)

TFPB ~16 Md€
CFE 7,9 Md€
CVAE ~3,9 Md€
C3S 5,4 Md€
VM 12,6 Md€
Autres ~26 Md€
La TFPB, premier impôt de production. Avec ~16 Md€ payés par les entreprises (sur ~44 Md€ au total), la taxe foncière sur les propriétés bâties est devenue, après la baisse de la CVAE, le premier impôt de production en montant. Elle est assise sur des valeurs locatives cadastrales datant de 1970, jamais révisées (sauf revalorisation forfaitaire annuelle), ce qui génère d'importantes distorsions entre territoires et types de biens.

4. Le problème français — 2× la moyenne européenneRapport CAE / Bozio-Martin

La France se distingue en Europe par un niveau d'impôts sur la production nettement supérieur à celui de ses partenaires. En 2025, les impôts sur la production payés par les sociétés représentaient 2,9 % du PIB en France, contre 1,4 % en moyenne dans la zone euro et seulement 0,7 % en Allemagne. La France occupe le 2e rang de l'UE derrière la Suède (Baromètre Institut Montaigne 2025).

PaysImpôts prod. / PIB (total)Dont sociétés / PIBPrincipal impôt de production
Suède4,8 %3,2 %Cotisations patronales assises sur les salaires
France4,4 %2,9 %TFPB, CFE, CVAE, C3S, versement mobilité
Italie3,1 %2,0 %IRAP (impôt régional sur la valeur ajoutée)
Espagne2,5 %1,5 %IAE (impôt sur les activités économiques)
Allemagne1,0 %0,7 %Gewerbesteuer (taxe professionnelle municipale)
Pays-Bas1,2 %0,8 %Onroerendezaakbelasting (taxe foncière)
Royaume-Uni2,8 %1,8 %Business rates (taxe foncière commerciale)
Moyenne zone euro2,2 %1,4 %
Moyenne UE-272,4 %1,6 %
L'écart France-Allemagne. Avec 4,4 % du PIB contre 1,0 %, la France prélève 4,4 fois plus d'impôts de production que l'Allemagne en proportion du PIB. En montant absolu, cela représente environ 100 Md€ de plus qu'un pays comparable. Le rapport du CAE (Note n°53, Philippe Martin et Alain Trannoy, 2019) qualifie certains de ces impôts — C3S et CVAE en tête — de « particulièrement nocifs » car ils engendrent des distorsions tout au long de la chaîne de production.

5. Impact sur la compétitivitéCAE / Cour des Comptes / France Stratégie

Les impôts de production pèsent sur la compétitivité des entreprises françaises par trois canaux principaux : ils augmentent les coûts de production (et donc les prix), ils réduisent les marges disponibles pour l'investissement, et ils influencent les décisions de localisation des entreprises.

Les trois canaux de nuisance économique

CanalMécanismeImpôts les plus nocifs
Effet sur les margesPayés même en l'absence de bénéfice → augmentent le point mort des entreprises, surtout les PME industriellesC3S (CA), CFE, TFPB
Effet sur l'investissementRéduisent l'autofinancement disponible → moins de R&D, moins de capacité productive, moins de montée en gammeCVAE (pénalise la VA), C3S (en cascade)
Effet sur la localisationSurtaxe territoriale sur l'activité → incite les entreprises à localiser hors de France (délocalisations, IDE sortants)Tous — effet cumulatif

Ce que disent les études empiriques

Le cas de la C3S — l'impôt le plus distorsif. La C3S (5,4 Md€ en 2025) est assise sur le chiffre d'affaires à 0,16 %. Problème : elle se cumule à chaque stade de production. Une voiture assemblée en France supporte la C3S du sidérurgiste, du fabricant de pièces, de l'assembleur, du concessionnaire. Au total, le taux effectif peut atteindre 0,5 à 0,8 % de la valeur finale. Le CAE la qualifie d'impôt « sans égal dans notre système fiscal » en termes de nocivité.

6. Réformes engagées — suppression CVAE et compensationsLFI 2021-2026

Depuis le plan France Relance (2021), le gouvernement a engagé une réduction significative des impôts de production, avec la CVAE comme cible principale. Mais le calendrier a été fortement perturbé par la dérive du déficit public.

Chronologie de la suppression de la CVAE

AnnéeMesureImpactStatut
2021Plan France Relance : baisse de moitié de la CVAE + baisse impôts fonciers industriels−10 Md€/an✓ Fait
2022CVAE : taux max réduit de 0,75 % à 0,375 %−4,6 Md€✓ Fait
LFI 2023Suppression totale de la CVAE prévue en 2 étapes (2023-2024)−4,6 Md€ restantsReportée
LFI 2024Report de la suppression finale à 2027 — taux résiduel 0,28 %CVAE = 3,9 Md€Reportée
LFI 2025Taux plafond abaissé à 0,19 % MAIS contribution complémentaire temporaire de 47,4 % du montant CVAE — suppression repoussée à 2030 (art. 62)~3,9 Md€Nouveau report
LFI 2026Taux CVAE remonté à 0,28 % en 2026. Contribution exceptionnelle grandes entreprises prolongée 1 an. C3IV prolongé 3 ans. Suppression C3S rejetée. Accélération CVAE à 2028 rejetée — calendrier 2030 maintenu.Statu quoMaintien 2030

Compensation des collectivités par la TVA

Depuis 2023, le produit de la CVAE est affecté à l'État et les collectivités reçoivent en compensation une fraction de TVA. La compensation comprend deux parties :

Le yo-yo budgétaire. La suppression de la CVAE illustre la difficulté française à mener des réformes fiscales structurelles. Annoncée en 2022 pour 2024, reportée à 2027, puis à 2030 — les entreprises ne savent plus à quoi s'attendre. Ce manque de visibilité pénalise les décisions d'investissement. La Cour des Comptes note que les reports successifs « érodent la crédibilité de l'engagement public ».

7. Comparaison internationale détailléeEurostat / OCDE / Tax Foundation

La France se distingue non seulement par le niveau mais aussi par la diversité de ses impôts de production. Là où la plupart des pays européens n'ont qu'un ou deux impôts locaux sur l'activité, la France en cumule plus d'une dizaine.

PaysPrincipal impôtAssietteTauxRendementSpécificité
AllemagneGewerbesteuerBénéfice courant~14-17 %~55 Md€Assis sur le bénéfice (pas le CA ni la VA) → moins distorsif
Royaume-UniBusiness ratesValeur locative~49,9 p~25 Md£Taxe foncière commerciale — base réévaluée tous les 3-5 ans
EspagneIAEActivité économiquevariable~2 Md€Exemption pour CA < 1 M€ — très faible rendement
ItalieIRAPValeur ajoutée régionale3,9 %~24 Md€Équivalent de la CVAE — critiqué, mais maintenu
SuèdeCotisations patronalesMasse salariale31,42 %Poids élevé mais assiette unique = simplicité
FranceCFE + CVAE + C3S + TFPB + VM + …Foncier + VA + CA + salairesmultiples~132 Md€Multiplicité d'assiettes et de taux = complexité maximale
La Gewerbesteuer allemande : un faux ami. L'Allemagne a bien un impôt local sur l'activité (Gewerbesteuer), souvent présenté comme l'équivalent de l'ex-taxe professionnelle française. Mais il est assis sur le bénéfice courant (pas le CA ni la VA) — il ne frappe donc pas les entreprises déficitaires. De plus, il est déductible de l'assiette de l'IS, ce qui en réduit le coût effectif. Au total, le système allemand est beaucoup moins distorsif que le système français.

8. Ce qu'il reste à faireCVAE, C3S, VM, TFPB

Malgré les réformes engagées depuis 2021, l'essentiel du chemin reste à parcourir. La France prélève encore environ 60 Md€ de plus que la moyenne européenne en impôts de production (rapporté au PIB). Quatre impôts concentrent les critiques.

ImpôtMontantProblèmeAction recommandée
CVAE~3,9 Md€Suppression repoussée 3 fois (2024→2027→2030) — taux 0,19 % + contribution complémentaire 47,4 % en 2025Supprimer définitivement — tenir l'engagement 2030
C3S5,4 Md€Impôt en cascade — le plus nocif selon le CAE. Suppression rejetée LFI 2026.Supprimer par paliers (−1 Md€/an sur 5 ans)
Versement mobilité12,6 Md€Assis sur la masse salariale — pénalise l'emploiRéformer l'assiette ou plafonner la hausse des taux
TFPB entreprises~16 Md€Valeurs locatives de 1970 — distorsions territorialesRéviser les bases cadastrales (promis depuis 1990)
L'objectif réaliste. Ramener les impôts de production de 4,4 % à 3,0 % du PIB (moyenne haute de l'UE) représenterait une baisse de ~40 Md€. C'est ambitieux mais pas irréaliste : il suffirait de supprimer la CVAE résiduelle (−4 Md€), la C3S (−5 Md€), de réviser les bases foncières (économie estimée −3 à 5 Md€ pour les entreprises industrielles) et de contenir la hausse du versement mobilité. Le reste viendrait de la simplification des taxes sectorielles (IFER, TASCOM, etc.).

9. Pistes de réformeFIPECO / CAE / Institut Montaigne / CPO

Plusieurs institutions proposent des scénarios de réforme des impôts de production. Le consensus est large sur le diagnostic (trop d'impôts, trop de complexité, trop de distorsions) mais le financement des baisses reste le point dur.

ScénarioGain entreprisesFinancementSoutien institutionnel
Achever la suppression de la CVAE~−3,9 Md€Déjà compensé par TVA collectivités — coût ÉtatGouvernement (engagement initial — calendrier 2030)
Supprimer la C3S−5,4 Md€Hausse IS compensatoire ou réduction dépenses SécuCAE (Martin-Trannoy), MEDEF, CPME — rejetée LFI 2026
Réviser les bases cadastrales TFPB−3 à 5 Md€Neutre budgétairement (redistribution sans baisse)Cour des Comptes (depuis 2010), DGCL
Plafonner le versement mobilité−1 à 2 Md€Diversification du financement des transportsInstitut Montaigne
Simplifier les taxes sectorielles−2 à 3 Md€Fusion IFER, TASCOM, taxes consulairesIFRAP, Rexecode
Total cumulé−15 à 20 Md€

Les exemples internationaux qui fonctionnent

La piste la plus consensuelle. Supprimer la C3S (−5,4 Md€) en la compensant par un léger relèvement du taux d'IS (de 25 % à 26 %, soit +2,5 Md€) et par des économies sur les dépenses de Sécurité sociale (−2,9 Md€). Gain net pour l'économie : suppression de l'impôt le plus distorsif sans creuser le déficit. C'est la recommandation centrale du CAE.

10. Analyse en valeur — euros courants vs constantsINSEE base 2020

L'analyse en euros courants masque l'effet de l'inflation. En euros constants (base 2020), la trajectoire des impôts de production révèle une baisse réelle significative depuis 2019, mais un niveau qui reste historiquement élevé par rapport aux années 2010.

AnnéeMd€ courantsMd€ constants (base 2020)Déflateur PIBCommentaire
2010~100~1080,926Post-réforme taxe professionnelle
2014~115~1200,958Pic en valeur réelle
2017~115~1170,983Stabilisation
2019~120~1210,992Dernière année pré-réforme
2020~113~1131,000Base de référence
2022~125~1171,068Inflation forte → hausse nominale, stagnation réelle
2024129~1131,141En réel, retour au niveau Covid — baisse de ~7 % vs 2019
2025~132~114~1,155Hausse nominale +2,2 % — en réel quasi stable vs 2024
Conclusion en valeur constante. En euros constants 2020, les impôts de production ont baissé d'environ 6 % entre 2019 et 2025 (de ~121 Md€ à ~114 Md€). La hausse nominale de 120 à 132 Md€ est largement absorbée par l'inflation (+15,5 % de déflateur PIB sur la période). Les réformes ont donc eu un effet réel, mais modeste rapporté à l'ampleur du problème.

11. Analyse de mix — évolution par type d'impôtRecomposition 2016-2025

La composition des impôts de production s'est fortement modifiée depuis 2016. La CVAE, autrefois 2e poste, s'est effondrée. Les impôts fonciers (TFPB, CFE) et les impôts sur les salaires (versement mobilité, taxe sur les salaires) ont pris une part croissante.

Impôt20162019202220242025Évol. 2016-2025Part 2025
TFPB entreprises12,513,814,2~15,0~16,0+28 %12,1 %
CFE7,57,87,97,77,9+5 %6,0 %
CVAE16,817,19,33,9~3,9−77 %3,0 %
C3S3,63,84,55,25,4+50 %4,1 %
Versement mobilité8,09,510,512,212,6+58 %9,5 %
Taxe sur les salaires13,214,515,817,317,8+35 %13,5 %
Contribution apprentissage6,88,510,011,411,6+71 %8,8 %
Autres~41~45~53~56~56,8+39 %43,0 %
Total D29~109~120~125129,0~132+21 %100 %
L'effet ballon de baudruche. La baisse de la CVAE (−12,9 Md€ entre 2016 et 2025) a été largement compensée par la hausse des autres impôts : versement mobilité (+4,6 Md€), taxe sur les salaires (+4,6 Md€), contribution apprentissage (+4,8 Md€), C3S (+1,8 Md€), TFPB (+3,5 Md€). Au total, la recomposition a remplacé un impôt sur la valeur ajoutée (CVAE) par des impôts sur la masse salariale et le foncier — ce qui pénalise davantage l'emploi et l'immobilier industriel.

12. Distribution — par taille, secteur et territoireDGFiP / INSEE / Institut Montaigne

Par taille d'entreprise

Les impôts de production frappent de manière très inégale selon la taille de l'entreprise. Les TPE-PME supportent proportionnellement davantage de CFE et TFPB (impôts forfaitaires), tandis que les ETI et grandes entreprises sont les principales contributrices à la CVAE et à la C3S.

CatégorieNb entreprisesCFECVAEC3SCharge relative
TPE (< 10 sal.)~3,5 MOui (minimum)Non (CA < 500 K€)Non (CA < 19 M€)CFE pèse proportionnellement plus lourd
PME (10-249 sal.)~140 000OuiOui (taux réduit)PartiellementCET significative — TFPB sur locaux
ETI (250-4999 sal.)~5 800OuiOui (taux max)OuiCumul CET + C3S + TFPB — forte charge
Grandes entreprises (5000+)~300OuiOui (taux max)Oui (gros CA)~60 % de la CVAE et ~70 % de la C3S

Par secteur d'activité

SecteurPart VA nationalePart impôts prod.Ratio impôts/VACommentaire
Industrie manufacturière11,3 %~24,8 %2,2×Surcharge massive — foncier industriel, CFE élevée
Commerce10,5 %~8,0 %0,8×Sous-représenté (moins de foncier lourd)
Services55,0 %~40,0 %0,7×Sous-contribuant relatif — forte VA, peu de foncier
Finance / assurance4,5 %~8,0 %1,8×Taxe sur les salaires (non assujettis TVA)
Construction / BTP5,5 %~6,0 %1,1×Proche de la moyenne
Agriculture1,8 %~2,0 %1,1×TFPNB, taxes chambres d'agriculture

Par territoire

La concentration territoriale des impôts de production reflète la géographie économique : l'Île-de-France concentre environ 30 % des recettes (CVAE, taxe sur les salaires, versement mobilité), suivie d'Auvergne-Rhône-Alpes (~12 %) et des Hauts-de-France (~8 %). Les baisses d'impôts de production depuis 2021 ont davantage bénéficié aux territoires industriels (Grand Est, Hauts-de-France, Normandie).

Île-de-France ~30 %
AuRA ~12 %
HdF ~8 %
Occitanie ~8 %
PACA ~8 %
Grand Est ~7 %
Autres ~27 %
L'industrie, grande perdante. Avec un ratio impôts de production / valeur ajoutée de 2,2× la moyenne, l'industrie manufacturière est le secteur le plus pénalisé. Ce biais anti-industriel s'explique par le poids du foncier (usines, entrepôts) dans l'assiette de la CFE et de la TFPB. C'est un paradoxe français : on veut réindustrialiser tout en surtaxant l'industrie.

13. Efficacité — distorsions allocatives et perte sècheThéorie fiscale / CAE / OCDE

L'efficacité d'un impôt se mesure par sa capacité à lever des recettes en générant le minimum de distorsions économiques (perte sèche ou « deadweight loss »). Les impôts de production sont parmi les moins efficaces du système fiscal.

Classement des impôts par efficacité (perte sèche par euro collecté)

Type d'impôtPerte sèche / € collectéNiveau de distorsionRaison
TVA0,10 - 0,15 €FaibleAssiette large, taux unique, neutre pour les entreprises (déductible)
IS (sur les bénéfices)0,20 - 0,30 €ModéréNe frappe que les bénéfices — mais mobilité des bases
IR0,25 - 0,40 €ModéréEffet sur l'offre de travail — mais progressivité
CVAE0,15 - 0,20 €ModéréPénalise les entreprises à forte VA — les plus productives
CFE / TFPB0,05 - 0,10 €FaibleBase immobile (foncier) — peu de distorsion théorique
C3S (chiffre d'affaires)0,30 - 0,50 €Très élevéEffet en cascade — taxe le CA, pas le bénéfice ni la VA

Estimation de la perte sèche globale

AgrégatMontantMéthode
Recettes brutes des impôts de production~132 Md€Comptabilité nationale D29 (2025)
Perte sèche estimée (10-20 % des recettes)13 à 26 Md€Fourchette OCDE / littérature académique
Dont C3S seule (30-50 % de perte sèche)1,6 à 2,7 Md€CAE (Martin-Trannoy 2019)
Coût total pour l'économie145 à 158 Md€Recettes + perte sèche = coût économique total
Chaque euro d'impôt de production coûte 1,10 à 1,20 € à l'économie. La perte sèche cumulée des impôts de production est estimée entre 13 et 26 Md€/an. C'est l'équivalent du budget du ministère de la Justice (12 Md€) ou de celui de la Recherche (20 Md€) qui part en fumée économique chaque année — sans produire aucun service public. Le remplacement des impôts les plus distorsifs (C3S, ex-CVAE) par des impôts moins nocifs (TVA, IS) permettrait de récupérer une part significative de cette perte.

14. Élasticité au PIB — les impôts de production sont-ils pro-cycliques ?Analyse 2010-2025

L'élasticité au PIB mesure la sensibilité des recettes fiscales à la croissance économique. Un impôt pro-cyclique (élasticité > 1) amplifie les cycles : il augmente plus vite que le PIB en expansion et chute plus vite en récession. Un impôt stable (élasticité ≈ 1) est préférable pour les finances publiques.

PériodeCroissance PIB nominalCroissance impôts prod.Élasticité apparenteCommentaire
2010-2019 (hors crise)+2,8 %/an+2,1 %/an0,75Sous-unitaire — effet des réformes Pacte responsabilité
2019-2020 (Covid)−7,5 %−5,8 %0,77Amortissement : base foncière stable, TFPB/CFE ne baissent pas
2020-2022 (rebond)+8,5 %/an+5,3 %/an0,62Sous-unitaire — effet baisses CVAE
2022-2024+3,5 %/an+1,6 %/an0,46Baisse structurelle — suppression CVAE en cours
Moyenne longue (2010-2025)+2,9 %/an+1,9 %/an~0,65Impôts de production = amortisseurs du cycle
Verdict : faiblement pro-cycliques, voire contra-cycliques. Avec une élasticité moyenne de ~0,65, les impôts de production sont moins sensibles au cycle que l'IS (élasticité ~1,5) ou la TVA (~1,0). La raison : une part importante est assise sur le foncier (TFPB, CFE), dont la base ne varie pas avec la conjoncture. C'est un avantage pour la stabilité des recettes locales — mais aussi le signe que ces impôts frappent même en période de récession, quand les entreprises souffrent déjà.

15. Conclusions — efficace ? juste ? stable ? pourquoi 2× la moyenne UE ?Synthèse

Bilan en 4 questions

CritèreVerdictDétail
Efficace ?NONPerte sèche estimée à 13-26 Md€/an. La C3S (5,4 Md€) est l'un des impôts les plus distorsifs du système fiscal français. Les impôts fonciers (TFPB, CFE) pénalisent l'industrie alors qu'on veut réindustrialiser.
Juste ?MITIGÉLes TPE paient un minimum de CFE quel que soit leur résultat. Les ETI industrielles sont surcontributrices (ratio 2,2× la moyenne). Les services sont sous-contribuants. Le système est anti-industriel.
Stable ?OUIÉlasticité au PIB de ~0,65 → les impôts de production assurent des recettes stables aux collectivités. C'est leur principal mérite. Mais cette stabilité a un coût : ils frappent même en crise.
Compétitif ?NON4,4 % du PIB vs 2,2 % en zone euro et 1,0 % en Allemagne. L'écart = ~60 Md€ de surcharge pour les entreprises françaises par rapport à la moyenne européenne.

Pourquoi la France est-elle à 2× la moyenne européenne ?

La feuille de route réaliste (horizon 2030)

PrioritéMesureGainDifficulté politique
1Achever la suppression de la CVAE (engagement pris — calendrier 2030)~−3,9 Md€Faible — déjà voté
2Supprimer la C3S (impôt le plus nocif — rejetée LFI 2026)−5,4 Md€Élevée — financement Sécu
3Réviser les bases cadastrales TFPBNeutreTrès élevée — 30 ans de reports
4Plafonner le versement mobilité−1 à 2 Md€Moyenne — lobbys transport
5Fusionner les taxes sectorielles (IFER, TASCOM…)−2 à 3 Md€Moyenne — simplification
Objectif : passer de 4,4 % à ~3,0 % du PIB−35 à 40 Md€
Le modèle à suivre : le Danemark. Le Danemark a quasiment éliminé les impôts de production (hors cotisations patronales modérées). Son financement repose sur une TVA à 25 % sans taux réduit, un IS à 22 %, et un IR large et progressif. Résultat : des services publics de qualité, une compétitivité forte, et une dette publique à 30 % du PIB. La France pourrait s'en inspirer en basculant progressivement des impôts de production vers la TVA et l'IS — les deux impôts les moins distorsifs.
Sources : FIPECO — Les impôts sur la production (fiche mise à jour 2025)FIPECO — Les impôts sur la production de 2016 à 2024 (décembre 2025)INSEE — Dépenses et recettes des administrations publiques en 2024 (comptes nationaux)INSEE — Comptes de la Nation 2025INSEE — Impôts, données annuelles 1995-2025DGFiP Statistiques n°35 — Les impôts de production en 2023 (mai 2025)CAE — Note n°53 « Les impôts sur (ou contre) la production » (Martin-Trannoy, 2019)CAE — Focus n°35 « Impact sur la compétitivité » (données d'entreprises)Cour des Comptes — Impôts sur la production : quel impact sur la compétitivité ?France Stratégie — Évaluation du plan France Relance : impôts de production (janvier 2024)Institut Montaigne / Forvis Mazars — Baromètre européen des impôts de production 2024 (3e édition)Forvis Mazars — Baromètre européen des impôts de production 2025DGCL — Fiscalité directe locale 2024 : progression de +2,8 %FIPECO — La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprisesFIPECO — La suppression de la CVAEBanque des Territoires — La CVAE ne sera supprimée qu'en 2027Kolecto — Suppression CVAE : nouveau report jusqu'en 2030 (LFI 2025)Cerema — Quelle place du versement mobilité dans le financement des mobilités en 2024 ?Eurostat — Le ratio recettes fiscales/PIB dans l'UEInstitut Montaigne — Les impôts de production, reflets des travers françaisIFRAP — Prélèvements obligatoires : la France, lanterne rouge de l'EuropeDGE — Les impôts de production dans le commerce de détail (2024)Banque des Territoires — Baisse des impôts de production : impact territoire-industrieCAE — Les impôts sur (ou contre) la production (Cairn.info)OCDE — Réduire les distorsions dues au système fiscal (Cairn.info)Forvis Mazars — Baromètre européen des impôts de production 2026Mission Dubief-Le Pape — La fiscalité de production (juin 2018)Vie Publique — Fiscalité directe locale : des recettes en hausse en 2024Service-public.fr — CVAE 2025 : taux, contribution complémentaire et calendrierInstitut Montaigne — Baromètre européen des impôts de production 2025