L'expression « impôts de production » recouvre trois chiffrages différents, et tous les trois sont exacts :
| Périmètre | 2023 | 2025 | Source |
|---|---|---|---|
| D29 — tous producteurs (entreprises, associations, administrations, ménages producteurs) | 128,1 | 132,8 | Insee / Eurostat |
| Impôts de production supportés par les entreprises | 92,7 | n.d. | DGFiP Statistiques n°35 (2025) |
| « Impôts divers sur la production » (composante de D29, hors salaires) | 76,9 | 72,7 | Insee, tableau des impôts |
Ventilation DGFiP 2023 des 92,7 Md€ supportés par les entreprises : taxe foncière des entreprises 17,3 · taxe sur les salaires 16,6 · versement mobilité 11,3 · CFE 8,2 · C3S 4,8 · CVAE 4,0 · autres. Soit 3,3 % du PIB et 3,7 % de la valeur ajoutée déclarée.
Ce que cette ventilation permet de trancher : la taxe foncière totale valait 41,1 Md€ en 2023, dont 17,3 Md€ acquittés par les entreprises (donc en D29) — le reste, environ 23,8 Md€, étant acquitté par les ménages sur leur logement et classé en D59. C'est la source qui manquait pour chiffrer ce partage.
« Impôts de production » = D29 · Autres impôts sur la production = 132,8 Md€ en 2025. Ce n'est pas un périmètre militant ni une convention d'institut : c'est un agrégat de comptabilité nationale à part entière, publié tel quel par Eurostat et l'Insee. Les « ~130 Md€ » cités par Rexecode, le CAE ou l'Institut Montaigne sont ce même D29 — il n'y a aucun désaccord de chiffrage, seulement un vocabulaire flottant.
| Poste (SEC 2010) | 2023 | 2024 | 2025 (p) | Définition |
|---|---|---|---|---|
| D2 · Impôts sur la production et les produits Eurostat gov_10a_main — S13, base 2020 | 446,9 | 456,1 | 470,4 | Ensemble des impôts liés à l'activité productive, hors impôts sur le revenu (D5) |
| D21 · Impôts sur les produits | 318,8 | 326,2 | 337,6 | Assis sur les ventes : TVA, TICPE, accises, droits de douane… Pas de vente, pas d'impôt. |
| D29 · Autres impôts sur la production = « impôts de production » au sens du débat public | 128,1 | 129,9 | 132,8 | Dus même sans vente : assis sur le foncier, la masse salariale, le chiffre d'affaires ou la valeur ajoutée. |
| Composante de D29 | 2023 | 2024 | 2025 (p) | Contenu |
|---|---|---|---|---|
| Impôts sur les salaires et la main-d'œuvre | 51,2 | 58,1 | 60,1 | Dont taxe sur les salaires 16,7 / 17,3 / 17,6 ; versement mobilité, contribution apprentissage, forfait social… |
| Impôts divers sur la production | 76,9 | 71,8 | 72,7 | Dont CFE 8,1, CVAE 3,7, C3S 5,3, taxe foncière des entreprises, IFER, TASCOM, taxes consulaires… |
| D29 — total | 128,1 | 129,9 | 132,8 | — |
Les impôts de production (catégorie D29 en comptabilité nationale) englobent tous les impôts que supportent les entreprises du fait de leurs activités de production, indépendamment de la quantité ou de la valeur des biens et services produits ou vendus — ils sont dus même en l'absence de vente. Ils se distinguent des impôts sur les produits (D21, 337,6 Md€ en 2025), assis sur les ventes (TVA, accises), et de l'impôt sur les sociétés (classé en D5, impôt sur le revenu). Ils constituent une particularité fiscale française : la France en lève deux fois plus que la moyenne européenne en proportion du PIB.
| Composante | Montant 2025 (p) | % PIB | Principaux impôts |
|---|---|---|---|
| Impôts sur les salaires et la main-d'œuvre | 60,1 Md€ | 2,0 % | Taxe sur les salaires (17,6), versement mobilité, contribution apprentissage, forfait social |
| Impôts divers sur la production | 72,7 Md€ | 2,4 % | Taxe foncière des entreprises, CFE, CVAE, C3S, taxes sectorielles |
| D29 · Total « impôts de production » | 132,8 Md€ | 4,4 % | 60,1 + 72,7 = 132,8 ✔ |
Le produit de D29 (impôts sur les salaires + impôts divers sur la production) est passé de ~100 Md€ en 2010 à un pic de ~120 Md€ en 2019, avant de redescendre puis de remonter à 132,8 Md€ en 2025 sous l'effet conjugué de la croissance nominale et de la contribution complémentaire CVAE. La fin de série est relevée littéralement chez Eurostat : 128,1 (2023) · 129,9 (2024) · 132,8 (2025 p). En % du PIB, la tendance est à la stabilisation : de 5,2 % en 2014 à 4,4 % en 2025 (PIB nominal 2 991 Md€). Le niveau reste très élevé en comparaison européenne.
| Année | Total D29 (Md€) | % PIB | Événement marquant |
|---|---|---|---|
| 2010-2022 : estimation, ancienne base — non raccordée à la base 2020 | |||
| 2010 | ~100 | 5,0 % | Suppression de la taxe professionnelle → CFE + CVAE |
| 2012 | ~108 | 5,1 % | Montée en charge de la CET (CFE + CVAE) |
| 2014 | ~115 | 5,2 % | Création du CICE (mais ne réduit pas D29) |
| 2016 | ~109 | 4,9 % | Premiers allègements Pacte de responsabilité |
| 2017 | ~115 | 5,0 % | Pic pré-réforme |
| 2018 | ~118 | 5,0 % | Transformation CICE en allègements |
| 2019 | ~120 | 4,9 % | Dernière année avant réformes impôts de production |
| 2020 | ~113 | 4,9 % | Covid-19 — baisse mécanique des assiettes |
| 2021 | ~118 | 4,7 % | Plan France Relance : −10 Md€ sur CFE/CVAE/TFPB |
| 2022 | ~125 | 4,8 % | Première baisse de moitié de la CVAE |
| 2023-2025 : valeurs sourcées — Eurostat gov_10a_main, base 2020, S13, D29REC | |||
| 2023 | 128,1 | 4,5 % | Suppression 2e moitié CVAE (reportée) — dont salaires 51,2 + divers production 76,9 |
| 2024 | 129,9 | 4,4 % | CVAE résiduelle 3,9 Md€ — suppression repoussée à 2030 — dont salaires 58,1 + divers production 71,8 |
| 2025 (p) | 132,8 | 4,4 % | CVAE taux 0,19 % + contribution complémentaire 47,4 % — dont salaires 60,1 + divers production 72,7 |
Les « impôts divers sur la production » — 72,7 Md€ en 2025, soit l'une des deux composantes de D29, l'autre étant les impôts sur les salaires (60,1 Md€) — sont ceux qui posent le plus de problèmes de compétitivité. Les deux tableaux ci-dessous détaillent successivement ces deux composantes ; leur somme redonne les 132,8 Md€ de D29.
| Impôt | Montant 2025 | Assiette | Bénéficiaire | Commentaire |
|---|---|---|---|---|
| Taxe foncière des entreprises (TFPB) | ~16 Md€ | Valeur locative cadastrale | Communes, EPCI | Seule la part entreprises est dans D29. Sur les 44,2 Md€ de taxe foncière totale 2025, ~16 Md€ sont payés par les entreprises ; le solde, payé par les ménages sur leur logement, relève de D59 (dans D5) — cf. piège n°1 |
| CFE | 8,1 Md€ | Valeur locative foncière | Communes, EPCI | Composante foncière de l'ex-taxe professionnelle (Insee 2025) |
| CVAE + contribution complémentaire | 3,7 Md€ | Valeur ajoutée | État (depuis 2023) | Taux plafond abaissé à 0,19 % + contribution complémentaire 47,4 % — suppression maintenue à 2030 (Insee 2025) |
| C3S | 5,3 Md€ | Chiffre d'affaires > 19 M€ | Sécurité sociale | Taux 0,16 % — impôt en cascade sur le CA (Insee 2025) |
| Taxes sectorielles & assimilées | ~20 Md€ | Foncier & réseaux divers | Collectivités | Taxes chambres consulaires, IFER (réseaux), TASCOM, etc. |
| Autres impôts divers sur la production | ~19,6 Md€ | Assiettes diverses | Divers affectataires | Solde du poste (contributions et taxes affectées diverses) |
| Sous-total · impôts divers sur la production (composante de D29) | 72,7 Md€ | |||
| Impôt | Montant 2025 | Assiette | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Taxe sur les salaires | 17,6 Md€ | Masse salariale | Entreprises non assujetties TVA (banques, assurances, santé) — Insee 2025 |
| Versement mobilité | 12,6 Md€ | Masse salariale > 11 salariés | Finance les transports en commun — taux variable par zone |
| Contribution apprentissage | 11,6 Md€ | Masse salariale | France Compétences — financement de l'apprentissage |
| Forfait social | 6,4 Md€ | Rémunérations exonérées de cotisations | Intéressement, participation, épargne salariale |
| Autres | ~11,9 Md€ | Divers | Contribution formation, PEEC (logement), OETH, etc. |
| Sous-total · impôts sur les salaires et la main-d'œuvre | 60,1 Md€ | ||
| D29 · Total impôts de production 2025 (p) | 72,7 + 60,1 = 132,8 Md€ | ||
La France se distingue en Europe par un niveau d'impôts sur la production nettement supérieur à celui de ses partenaires. En 2025, les impôts sur la production payés par les sociétés représentaient 2,9 % du PIB en France, contre 1,4 % en moyenne dans la zone euro et seulement 0,7 % en Allemagne. La France occupe le 2e rang de l'UE derrière la Suède (Baromètre Institut Montaigne 2025).
| Pays | Impôts prod. / PIB (total) | Dont sociétés / PIB | Principal impôt de production |
|---|---|---|---|
| Suède | 4,8 % | 3,2 % | Cotisations patronales assises sur les salaires |
| France | 4,4 % | 2,9 % | TFPB, CFE, CVAE, C3S, versement mobilité |
| Italie | 3,1 % | 2,0 % | IRAP (impôt régional sur la valeur ajoutée) |
| Espagne | 2,5 % | 1,5 % | IAE (impôt sur les activités économiques) |
| Allemagne | 1,0 % | 0,7 % | Gewerbesteuer (taxe professionnelle municipale) |
| Pays-Bas | 1,2 % | 0,8 % | Onroerendezaakbelasting (taxe foncière) |
| Royaume-Uni | 2,8 % | 1,8 % | Business rates (taxe foncière commerciale) |
| Moyenne zone euro | 2,2 % | 1,4 % | — |
| Moyenne UE-27 | 2,4 % | 1,6 % | — |
Les impôts de production pèsent sur la compétitivité des entreprises françaises par trois canaux principaux : ils augmentent les coûts de production (et donc les prix), ils réduisent les marges disponibles pour l'investissement, et ils influencent les décisions de localisation des entreprises.
| Canal | Mécanisme | Impôts les plus nocifs |
|---|---|---|
| Effet sur les marges | Payés même en l'absence de bénéfice → augmentent le point mort des entreprises, surtout les PME industrielles | C3S (CA), CFE, TFPB |
| Effet sur l'investissement | Réduisent l'autofinancement disponible → moins de R&D, moins de capacité productive, moins de montée en gamme | CVAE (pénalise la VA), C3S (en cascade) |
| Effet sur la localisation | Surtaxe territoriale sur l'activité → incite les entreprises à localiser hors de France (délocalisations, IDE sortants) | Tous — effet cumulatif |
Depuis le plan France Relance (2021), le gouvernement a engagé une réduction significative des impôts de production, avec la CVAE comme cible principale. Mais le calendrier a été fortement perturbé par la dérive du déficit public.
| Année | Mesure | Impact | Statut |
|---|---|---|---|
| 2021 | Plan France Relance : baisse de moitié de la CVAE + baisse impôts fonciers industriels | −10 Md€/an | ✓ Fait |
| 2022 | CVAE : taux max réduit de 0,75 % à 0,375 % | −4,6 Md€ | ✓ Fait |
| LFI 2023 | Suppression totale de la CVAE prévue en 2 étapes (2023-2024) | −4,6 Md€ restants | Reportée |
| LFI 2024 | Report de la suppression finale à 2027 — taux résiduel 0,28 % | CVAE = 3,9 Md€ | Reportée |
| LFI 2025 | Taux plafond abaissé à 0,19 % MAIS contribution complémentaire temporaire de 47,4 % du montant CVAE — suppression repoussée à 2030 (art. 62) | ~3,7 Md€ | Nouveau report |
| LFI 2026 | Taux CVAE remonté à 0,28 % en 2026. Contribution exceptionnelle grandes entreprises prolongée 1 an. C3IV prolongé 3 ans. Suppression C3S rejetée. Accélération CVAE à 2028 rejetée — calendrier 2030 maintenu. | Statu quo | Maintien 2030 |
Depuis 2023, le produit de la CVAE est affecté à l'État et les collectivités reçoivent en compensation une fraction de TVA. La compensation comprend deux parties :
La France se distingue non seulement par le niveau mais aussi par la diversité de ses impôts de production. Là où la plupart des pays européens n'ont qu'un ou deux impôts locaux sur l'activité, la France en cumule plus d'une dizaine.
| Pays | Principal impôt | Assiette | Taux | Rendement | Spécificité |
|---|---|---|---|---|---|
| Allemagne | Gewerbesteuer | Bénéfice courant | ~14-17 % | ~55 Md€ | Assis sur le bénéfice (pas le CA ni la VA) → moins distorsif |
| Royaume-Uni | Business rates | Valeur locative | ~49,9 p | ~25 Md£ | Taxe foncière commerciale — base réévaluée tous les 3-5 ans |
| Espagne | IAE | Activité économique | variable | ~2 Md€ | Exemption pour CA < 1 M€ — très faible rendement |
| Italie | IRAP | Valeur ajoutée régionale | 3,9 % | ~24 Md€ | Équivalent de la CVAE — critiqué, mais maintenu |
| Suède | Cotisations patronales | Masse salariale | 31,42 % | — | Poids élevé mais assiette unique = simplicité. Rendement non chiffré ici : en France l'équivalent (cotisations employeurs D611, 304,9 Md€) relève de D61, hors D29 — cf. piège n°2 |
| France | CFE + CVAE + C3S + TFPB + VM + … | Foncier + VA + CA + salaires | multiples | 132,8 Md€ | Multiplicité d'assiettes et de taux = complexité maximale (D29 total, hors cotisations sociales employeurs) |
Malgré les réformes engagées depuis 2021, l'essentiel du chemin reste à parcourir. La France prélève encore environ 60 Md€ de plus que la moyenne européenne en impôts de production (rapporté au PIB). Quatre impôts concentrent les critiques.
| Impôt | Montant | Problème | Action recommandée |
|---|---|---|---|
| CVAE | 3,7 Md€ | Suppression repoussée 3 fois (2024→2027→2030) — taux 0,19 % + contribution complémentaire 47,4 % en 2025 | Supprimer définitivement — tenir l'engagement 2030 |
| C3S | 5,3 Md€ | Impôt en cascade — le plus nocif selon le CAE. Suppression rejetée LFI 2026. | Supprimer par paliers (−1 Md€/an sur 5 ans) |
| Versement mobilité | 12,6 Md€ | Assis sur la masse salariale — pénalise l'emploi | Réformer l'assiette ou plafonner la hausse des taux |
| TFPB entreprises | ~16 Md€ | Valeurs locatives de 1970 — distorsions territoriales | Réviser les bases cadastrales (promis depuis 1990) |
Plusieurs institutions proposent des scénarios de réforme des impôts de production. Le consensus est large sur le diagnostic (trop d'impôts, trop de complexité, trop de distorsions) mais le financement des baisses reste le point dur.
| Scénario | Gain entreprises | Financement | Soutien institutionnel |
|---|---|---|---|
| Achever la suppression de la CVAE | ~−3,7 Md€ | Déjà compensé par TVA collectivités — coût État | Gouvernement (engagement initial — calendrier 2030) |
| Supprimer la C3S | −5,3 Md€ | Hausse IS compensatoire ou réduction dépenses Sécu | CAE (Martin-Trannoy), MEDEF, CPME — rejetée LFI 2026 |
| Réviser les bases cadastrales TFPB | −3 à 5 Md€ | Neutre budgétairement (redistribution sans baisse) | Cour des Comptes (depuis 2010), DGCL |
| Plafonner le versement mobilité | −1 à 2 Md€ | Diversification du financement des transports | Institut Montaigne |
| Simplifier les taxes sectorielles | −2 à 3 Md€ | Fusion IFER, TASCOM, taxes consulaires | IFRAP, Rexecode |
| Total cumulé | −15 à 20 Md€ | — | — |
L'analyse en euros courants masque l'effet de l'inflation. En euros constants (base 2020), la trajectoire des impôts de production révèle une baisse réelle significative depuis 2019, mais un niveau qui reste historiquement élevé par rapport aux années 2010.
| Année | Md€ courants | Md€ constants (base 2020) | Déflateur PIB | Commentaire |
|---|---|---|---|---|
| 2010 | ~100 | ~108 | 0,926 | Post-réforme taxe professionnelle |
| 2014 | ~115 | ~120 | 0,958 | Pic en valeur réelle |
| 2017 | ~115 | ~117 | 0,983 | Stabilisation |
| 2019 | ~120 | ~121 | 0,992 | Dernière année pré-réforme |
| 2020 | ~113 | ~113 | 1,000 | Base de référence |
| 2022 | ~125 | ~117 | 1,068 | Inflation forte → hausse nominale, stagnation réelle |
| 2023 | 128,1 | ~115 | ~1,113 | Première année de la série sourcée (Eurostat, base 2020) |
| 2024 | 129,9 | ~114 | 1,141 | En réel, retour au niveau Covid — baisse de ~6 % vs 2019 |
| 2025 (p) | 132,8 | ~115 | ~1,155 | Hausse nominale +2,2 % — en réel quasi stable vs 2024 |
La composition de D29 s'est fortement modifiée depuis 2016. La CVAE, autrefois 2e poste, s'est effondrée. Les impôts fonciers (taxe foncière des entreprises, CFE) et les impôts sur les salaires (versement mobilité, taxe sur les salaires) ont pris une part croissante. Les colonnes 2024 et 2025 bouclent sur les totaux sourcés 129,9 et 132,8 Md€ ; les colonnes 2016-2022 sont des estimations en ancienne base.
| Impôt | 2016 | 2019 | 2022 | 2024 | 2025 | Évol. 2016-2025 | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Taxe foncière — part entreprises | 12,5 | 13,8 | 14,2 | ~15,0 | ~16,0 | +28 % | 12,0 % |
| CFE | 7,5 | 7,8 | 7,9 | 7,7 | 8,1 | +8 % | 6,1 % |
| CVAE | 16,8 | 17,1 | 9,3 | 3,9 | 3,7 | −78 % | 2,8 % |
| C3S | 3,6 | 3,8 | 4,5 | 5,2 | 5,3 | +47 % | 4,0 % |
| Versement mobilité | 8,0 | 9,5 | 10,5 | 12,2 | 12,6 | +58 % | 9,5 % |
| Taxe sur les salaires | 13,2 | 14,5 | 15,8 | 17,3 | 17,6 | +33 % | 13,3 % |
| Contribution apprentissage | 6,8 | 8,5 | 10,0 | 11,4 | 11,6 | +71 % | 8,7 % |
| Autres | ~41 | ~45 | ~53 | ~57,2 | ~57,9 | +41 % | 43,6 % |
| D29 · Total impôts de production | ~109 | ~120 | ~125 | 129,9 | 132,8 | +22 % | 100 % |
Les impôts de production frappent de manière très inégale selon la taille de l'entreprise. Les TPE-PME supportent proportionnellement davantage de CFE et TFPB (impôts forfaitaires), tandis que les ETI et grandes entreprises sont les principales contributrices à la CVAE et à la C3S.
| Catégorie | Nb entreprises | CFE | CVAE | C3S | Charge relative |
|---|---|---|---|---|---|
| TPE (< 10 sal.) | ~3,5 M | Oui (minimum) | Non (CA < 500 K€) | Non (CA < 19 M€) | CFE pèse proportionnellement plus lourd |
| PME (10-249 sal.) | ~140 000 | Oui | Oui (taux réduit) | Partiellement | CET significative — TFPB sur locaux |
| ETI (250-4999 sal.) | ~5 800 | Oui | Oui (taux max) | Oui | Cumul CET + C3S + TFPB — forte charge |
| Grandes entreprises (5000+) | ~300 | Oui | Oui (taux max) | Oui (gros CA) | ~60 % de la CVAE et ~70 % de la C3S |
| Secteur | Part VA nationale | Part impôts prod. | Ratio impôts/VA | Commentaire |
|---|---|---|---|---|
| Industrie manufacturière | 11,3 % | ~24,8 % | 2,2× | Surcharge massive — foncier industriel, CFE élevée |
| Commerce | 10,5 % | ~8,0 % | 0,8× | Sous-représenté (moins de foncier lourd) |
| Services | 55,0 % | ~40,0 % | 0,7× | Sous-contribuant relatif — forte VA, peu de foncier |
| Finance / assurance | 4,5 % | ~8,0 % | 1,8× | Taxe sur les salaires (non assujettis TVA) |
| Construction / BTP | 5,5 % | ~6,0 % | 1,1× | Proche de la moyenne |
| Agriculture | 1,8 % | ~2,0 % | 1,1× | TFPNB, taxes chambres d'agriculture |
La concentration territoriale des impôts de production reflète la géographie économique : l'Île-de-France concentre environ 30 % des recettes (CVAE, taxe sur les salaires, versement mobilité), suivie d'Auvergne-Rhône-Alpes (~12 %) et des Hauts-de-France (~8 %). Les baisses d'impôts de production depuis 2021 ont davantage bénéficié aux territoires industriels (Grand Est, Hauts-de-France, Normandie).
L'efficacité d'un impôt se mesure par sa capacité à lever des recettes en générant le minimum de distorsions économiques (perte sèche ou « deadweight loss »). Les impôts de production sont parmi les moins efficaces du système fiscal.
| Type d'impôt | Perte sèche / € collecté | Niveau de distorsion | Raison |
|---|---|---|---|
| TVA | 0,10 - 0,15 € | Faible | Assiette large, taux unique, neutre pour les entreprises (déductible) |
| IS (sur les bénéfices) | 0,20 - 0,30 € | Modéré | Ne frappe que les bénéfices — mais mobilité des bases |
| IR | 0,25 - 0,40 € | Modéré | Effet sur l'offre de travail — mais progressivité |
| CVAE | 0,15 - 0,20 € | Modéré | Pénalise les entreprises à forte VA — les plus productives |
| CFE / TFPB | 0,05 - 0,10 € | Faible | Base immobile (foncier) — peu de distorsion théorique |
| C3S (chiffre d'affaires) | 0,30 - 0,50 € | Très élevé | Effet en cascade — taxe le CA, pas le bénéfice ni la VA |
| Agrégat | Montant | Méthode |
|---|---|---|
| Recettes brutes des impôts de production (D29) | 132,8 Md€ | D29 2025 (p) : salaires 60,1 + impôts divers sur la production 72,7 — cf. encadré « Où se situe D29 ». Hors cotisations employeurs (D611) et hors part ménages de la taxe foncière (D59) |
| Perte sèche estimée (10-20 % des recettes) | 13 à 27 Md€ | Fourchette OCDE / littérature académique |
| Dont C3S seule (30-50 % de perte sèche) | 1,6 à 2,7 Md€ | CAE (Martin-Trannoy 2019) |
| Coût total pour l'économie | 146 à 160 Md€ | Recettes (132,8) + perte sèche = coût économique total |
L'élasticité au PIB mesure la sensibilité des recettes fiscales à la croissance économique. Un impôt pro-cyclique (élasticité > 1) amplifie les cycles : il augmente plus vite que le PIB en expansion et chute plus vite en récession. Un impôt stable (élasticité ≈ 1) est préférable pour les finances publiques.
| Période | Croissance PIB nominal | Croissance impôts prod. | Élasticité apparente | Commentaire |
|---|---|---|---|---|
| 2010-2019 (hors crise) | +2,8 %/an | +2,1 %/an | 0,75 | Sous-unitaire — effet des réformes Pacte responsabilité |
| 2019-2020 (Covid) | −7,5 % | −5,8 % | 0,77 | Amortissement : base foncière stable, TFPB/CFE ne baissent pas |
| 2020-2022 (rebond) | +8,5 %/an | +5,3 %/an | 0,62 | Sous-unitaire — effet baisses CVAE |
| 2022-2024 | +3,5 %/an | +1,9 %/an | 0,55 | Baisse structurelle — suppression CVAE en cours |
| Moyenne longue (2010-2025) | +2,9 %/an | +1,9 %/an | ~0,66 | Impôts de production = amortisseurs du cycle |
| Critère | Verdict | Détail |
|---|---|---|
| Efficace ? | NON | Perte sèche estimée à 13-27 Md€/an (10-20 % de D29 = 132,8 Md€). La C3S (5,3 Md€) est l'un des impôts les plus distorsifs du système fiscal français. Les impôts fonciers (TFPB, CFE) pénalisent l'industrie alors qu'on veut réindustrialiser. |
| Juste ? | MITIGÉ | Les TPE paient un minimum de CFE quel que soit leur résultat. Les ETI industrielles sont surcontributrices (ratio 2,2× la moyenne). Les services sont sous-contribuants. Le système est anti-industriel. |
| Stable ? | OUI | Élasticité au PIB de ~0,66 → les impôts de production assurent des recettes stables aux collectivités. C'est leur principal mérite. Mais cette stabilité a un coût : ils frappent même en crise. |
| Compétitif ? | NON | 4,4 % du PIB vs 2,2 % en zone euro et 1,0 % en Allemagne. L'écart = ~60 Md€ de surcharge pour les entreprises françaises par rapport à la moyenne européenne. |
| Priorité | Mesure | Gain | Difficulté politique |
|---|---|---|---|
| 1 | Achever la suppression de la CVAE (engagement pris — calendrier 2030) | ~−3,7 Md€ | Faible — déjà voté |
| 2 | Supprimer la C3S (impôt le plus nocif — rejetée LFI 2026) | −5,3 Md€ | Élevée — financement Sécu |
| 3 | Réviser les bases cadastrales TFPB | Neutre | Très élevée — 30 ans de reports |
| 4 | Plafonner le versement mobilité | −1 à 2 Md€ | Moyenne — lobbys transport |
| 5 | Fusionner les taxes sectorielles (IFER, TASCOM…) | −2 à 3 Md€ | Moyenne — simplification |
| Objectif : passer de 4,4 % à ~3,0 % du PIB | −35 à 40 Md€ | — | |
Bloc normalisé, identique sur toutes les fiches de composante du site : même intitulé comptable, même profondeur d'historique, mêmes contrôles. Montants en milliards d'euros courants.
| Md€ | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| D29 · Autres impôts sur la production (agrégat) | 101,3 | 103,6 | 106,7 | 117,0 | 116,7 | 108,5 | 122,9 | 128,1 | 129,9 | 132,8 |
| en % des recettes publiques | 8,5 | 8,3 | 8,4 | 9,1 | 9,5 | 8,2 | 8,6 | 8,8 | 8,6 | 8,5 |
En dix ans, ce poste a augmenté de 31,5 Md€ (+31,1 %), soit +3,1 % par an en moyenne. Son poids dans l'ensemble des recettes publiques est passé de 8,5 % en 2016 à 8,5 % en 2025 (+0,0 point). Le maximum de la période est atteint en 2025 (132,8 Md€), le minimum en 2016 (101,3 Md€).
D29 a reculé une seule fois en dix ans — en 2021, sous l'effet de la suppression de la moitié des impôts fonciers des établissements industriels et de la baisse de la CVAE — avant de reprendre sa progression. La suppression programmée du reliquat de CVAE (3,7 Md€ en 2025, contre 5,2 en 2023) continue d'en retirer quelques milliards, mais la dynamique des autres composantes la compense largement.
Cadrage d'ensemble — OFCE, prévisions d'avril 2026 : déficit public −5,1 % du PIB en 2025, −4,8 % en 2026, −4,4 % en 2027 ; dette 115,6 % → 118,3 % → 119,8 % du PIB. La loi de finances pour 2026 porte l'effort sur la sécurité sociale (≈ 4 Md€) et les collectivités (≈ 3 Md€), avec une hausse du budget de la défense (+0,2 point de PIB).
DD_CNA_APU, millésime des comptes 2025 provisoires —
contrôle de cohérence : capacité de financement B9 = −152,5 Md€). Pour les opérations que l'Insee ne diffuse pas
en version consolidée sur ce jeu (D7, D9, D91), la source est Eurostat, table gov_10a_main (base 2020,
secteur S13), qui publie la même comptabilité nationale transmise par l'Insee au titre du règlement européen.
Détail par impôt : Insee, tableau Impôts et cotisations sociales 1995-2025.
Perspective : OFCE, prévisions d'avril 2026 ; COR, rapport de juin 2025 ; OFGL, rapport 2025 ;
loi de finances pour 2026. 2025 = provisoire (p), 2024 = semi-définitif (sd).
Référentiel comptable, sources et méthode →