🇫🇷 Finances Publiques
📊 Finances générales
Tableau Emplois-Ressources APU 2025 — Vue d'ensemble Tableau Emplois-Ressources APU 2025 Protection Sociale — 886 Md€ (2025) APU hors social — 922 Md€ (2025) Compte Simplifié APU — 1 670 Md€ (2025) PIB & Comptes de la Nation 2000–2025 Prélèvements obligatoires 2016–2025 D41 — Dépenses d'intérêts des APU PLF 2027 — Dashboard Trajectoire 2029
💰 Fiscalité & Recettes
Zoom TVA — ~206 Md€ (2025) Zoom IR — ~92 Md€ (2025) Zoom IS — ~59 Md€ (2025) Zoom CSG & CRDS — ~170 Md€ (2025) Zoom Cotisations Patronales (2025) Zoom Cotisations Salariales — ~120 Md€ (2025) Zoom Impôts sur la production — ~129 Md€ (2025) Zoom Taxe sur les Salaires — ~16 Md€ (2025) Zoom TICPE / Accises Énergie — ~37 Md€ (2025) Zoom Taxes Comportementales — ~19 Md€ (2025) Zoom Fiscalité locale — TF & ex-TH (2025) Zoom DMTO — ~11 Md€ (2025) Zoom Successions & Donations — ~21 Md€ (2025) Zoom Autres Impôts Directs (D59) — ~7 Md€ (2025) Zoom Ventes & Recettes de Production — 130 Md€ (2025) D4 — Revenus de la propriété APU : 23 Md€ (2025) Zoom Intérêts reçus & revenus financiers — 9 Md€ (2025)
🏛️ Dépenses & Fonctionnement
Zoom P2 — Consommations Intermédiaires — 161 Md€ (2025) Autres Fonctionnement — Dépenses de l'État 2023-2025 Investissement public (P51g) — France 2025 Autres acquisitions d'actifs non financiers (ANF) 2024 DECP — Conseil, AMO, Juridique, Audit Décomposition 193 Md€ — Transferts & Subventions (2025) D3 — Subventions aux producteurs (Énergie, Agriculture) D7 — Transferts courants aux ménages
👥 Emploi public
FPE — 2,59 M agents (2025) FPT — 2,02 M agents (2025) FPT Effectifs — Filières & métiers (2025) Éducation nationale — 1,2 M agents (2024-2025) ATSS Éducation nationale — 287 k non-enseignants (2025) Syndicats Éducation nationale — Revendications 2020-2025 Doublons FPE–FPT — Compétences partagées APUC — Pyramide des âges & départs retraite 2025-2040 Rémunération des agents publics 2025 Réformes FP 2015-2025 — Syndicats & Think tanks MASA — 30 458 fonctionnaires (2025) Enseignement agricole — 13 820 enseignants / 217 702 apprenants
🛡️ Protection sociale
Retraites & Pensions — 413 Md€ (2025) Réforme des Retraites — Dossier Complet Dépenses de Santé 360° — France 2025 Chômage 2025 — Qui touche, qui finance, comment réformer Le coût caché du licenciement Autres Prestations APU — Famille, Invalidité, Solidarité (2025) Décomposition 771 Md€ — Prestations Sociales APU (2025) Flux de la Protection Sociale — 886 Md€ (2025) Cartographie des Organismes de Protection Sociale
⚙️ Réformes
15 Mesures pour revenir à −3 % du PIB Démonstration Mathématique — 15 Mesures Méthodologie — Bascule Cotisations / TVA / CSG Modèle — Réduction 25% Cotisations Patronales Aides Publiques aux Entreprises — France 2025 La Polémique des Chiffres sur les Aides aux Entreprises
🔧 Simulateurs
⭐ Simulateur Unifié — Dette, Arbitrage & ZBR Simulateur — Impact sur le Déficit et la Dette 2025 Simulateur ZBR — Arbitrage & Revue Zéro-Base
🔍 Analyses
Anatomie du Revenu Français Population & CSP France 2025 🎓 Les 3 Budgets Publics — Guide Pédagogique

Optimiser la dépense publique pour libérer du salaire net

Méthodologie générale + modèle de bascule des cotisations patronales vers TVA et CSG. Recherche de l'optimum entre compétitivité, pouvoir d'achat et préservation du modèle social.

— Mai 2026 | Sources : Sankey 886 Md€ (PLFSS 2024), DGFiP, FIPECO, OFCE, Trésor, OCDE

I Le cadre méthodologique en 5 piliers

Optimiser la dépense publique n'est pas couper aveuglément. C'est réallouer la pression fiscale vers les bases les plus larges et les moins distortives, et désinvestir des dépenses dont le rendement social est faible pour réinvestir là où il est élevé. Voici la méthode.

1. Cartographier les flux

Partir d'un Sankey complet recettes → collecteurs → branches → prestations. Sans cette vision systémique, toute réforme est aveugle.

2. Identifier les distorsions

Quelles taxes pèsent sur la production (cotisations, C3S, CVAE) et lesquelles pèsent sur la consommation ou le revenu (TVA, CSG, IR) ? Les premières sont les plus nuisibles à la croissance (OCDE 2010).

3. Benchmarker l'OCDE

Comparer France vs Suède, Pays-Bas, Danemark, Allemagne sur chaque grand poste. L'écart révèle le gisement.

4. Prioriser par ROI social

Pour chaque euro dépensé : combien d'euros de bien-être / d'emploi / de croissance ? La revue de dépenses (modèle canadien 1994, suédois 1996) impose ce calcul.

5. Basculer plutôt que couper

La bascule fiscale (réduction d'un impôt distortif compensée par un impôt à large assiette) est politiquement plus acceptable que la coupe pure. Elle préserve le modèle social tout en restaurant la compétitivité.

La séquence opérationnelle (modèle canadien adapté à la France)

ÉtapeActionOutilHorizon
1. DiagnosticCartographier 1 600 Md€ de dépenses APU par destination, mission, programmeLOLF, Jaunes budgétaires, Cour des Comptes3 mois
2. Revue zéro-basePour chaque programme > 500 M€, justifier l'existence (et pas seulement l'évolution)Spending Review (UK 1998, Canada 1994)6 mois
3. BenchmarkingÉcart à la moyenne OCDE / aux 3 meilleurs comparables (Suède, Pays-Bas, Danemark)OECD Government at a Glance, COFOG3 mois
4. Modélisation basculeSimuler les transferts d'assiette (cotisations → TVA/CSG, IS → BIC, etc.)Modèle Mésange (Trésor), TAXIPP (IPP)4 mois
5. Trajectoire pluriannuelleLPFP 5 ans avec règle de dépense en volume + clause d'autoréglageHCFP, règle suédoise post-1996Continu
6. Évaluation ex postRendre obligatoire l'évaluation à 3 et 5 ans de chaque réforme > 1 Md€France Stratégie, IPP, OFCEPermanent
Leçon canadienne (1994-1998). Le Programme Review du gouvernement Chrétien a réduit les dépenses fédérales de 9 % du PIB en 4 ans en posant 6 questions à chaque programme : sert-il l'intérêt public ? est-ce un rôle légitime de l'État ? le secteur privé / les provinces pourraient-ils le faire ? l'efficacité peut-elle être améliorée ? est-ce abordable ? Résultat : excédent budgétaire en 1997, ratio dette/PIB divisé par deux en 10 ans, sans déchirement social.

II Pourquoi basculer les cotisations vers TVA/CSG ?

La France finance massivement sa protection sociale par des cotisations assises sur le travail. C'est une anomalie historique (Sécu 1945) qui pénalise l'emploi qualifié et la compétitivité, et qui ne tient plus dans une économie ouverte.

Le constat : la France est championne du monde des prélèvements sur le travail

PaysCoin fiscal sur travail (% coût total, célibataire au salaire moyen)Cotisations employeur (% PIB)TVA (% PIB)
🇫🇷 France47,2 %11,3 %7,2 %
🇩🇪 Allemagne47,9 %6,9 %7,0 %
🇸🇪 Suède42,8 %7,8 %9,2 %
🇩🇰 Danemark35,4 %0,1 %9,5 %
🇳🇱 Pays-Bas35,8 %4,6 %7,0 %
🇨🇭 Suisse22,8 %3,3 %3,5 %
Moyenne OCDE34,8 %5,4 %6,8 %

Sources : OCDE Taxing Wages 2024, Revenue Statistics 2024.

Le diagnostic en une phrase. La France collecte 11,3 % du PIB en cotisations employeur contre 5,4 % en moyenne OCDE. Cet écart (~6 points = ~170 Md€) est notre handicap structurel de compétitivité. Le Danemark finance la même protection sociale avec 0,1 % de cotisations employeur — il a tout basculé en CSG et TVA depuis les années 1990.

Ce que dit la littérature économique

OCDE 2010 — Hiérarchie des taxes

L'OCDE classe les impôts par effet négatif sur la croissance : 1) impôts sur les sociétés, 2) impôts sur le travail, 3) impôts sur la consommation, 4) impôts récurrents sur le foncier. Basculer du 2 vers le 3 augmente le PIB potentiel de 0,2 à 0,5 pt par % de PIB transféré.

CAE (Saint-Étienne, 2007)

Une "TVA sociale" de 5 points compensant une baisse de 11 points de cotisations patronales famille créerait 200 000 à 400 000 emplois à 5 ans, sans effet inflationniste durable au-delà de 12 mois.

OFCE (Heyer & Plane, 2012)

L'effet emploi est concentré sur les bas salaires (élasticité 0,7 sous 1,6 SMIC vs 0,2 au-dessus de 2,5 SMIC). Conclusion : cibler la bascule sur les salaires < 2,5 SMIC maximise le ROI emploi.

Trésor (2019, modèle Mésange)

Une bascule de 30 Md€ de cotisations vers la CSG augmente le PIB de 0,3 % à 5 ans et l'emploi de 100 000 à 150 000 postes. Sur la TVA, l'effet est légèrement inférieur (impact prix court terme).

III Le modèle de bascule — Architecture

Périmètre : cotisations patronales hors maladie

La cotisation maladie a déjà été largement basculée en CSG depuis 2018. On cible les cotisations qui pèsent encore sur le travail sans contrepartie directe pour le salarié :

BrancheCollecteurMd€ (2024)Logique
FamilleURSSAF25Bénéfice universel — pas lié au travail
ChômageUnédic15Mutualisation, pas contribution individuelle
AT-MPURSSAF15À conserver (signal prix sécurité)
Retraite base (CNAV)URSSAF90Lien droit/cotisation à préserver — exclu
Retraite complémentaireAGIRC-ARRCO62Régime paritaire à statu quo — exclu
Autres + taxes affectéesDivers42FNAL, formation, taxe salaires, C3S, prévoyance
Total cotisations patronales (hors maladie déjà basculée)~250
Périmètre baissable (famille + chômage + taxes affectées)~80-90Cible réaliste à 5 ans
Choix de design. On exclut volontairement les cotisations retraite (base + complémentaire) du périmètre de bascule : elles ouvrent des droits contributifs et leur transfert romprait le contrat générationnel. On exclut AT-MP (signal prix). Le périmètre opérationnel est donc famille (25) + chômage (15) + taxes affectées non-contributives (~40-50), soit un plafond de bascule de ~80-90 Md€.

⚠️ Volet FPE — Le tabou du taux 74,28 %

Tout le modèle décrit ci-dessus concerne les cotisations patronales du secteur privé. Pour la Fonction Publique d'État (FPE), les choses sont radicalement différentes — et l'opacité du système masque l'un des plus grands sujets non traités des finances publiques françaises.

FIPECO (fiche du 31.10.2025) le dit en toutes lettres : « Bien qu'elles ressemblent à des cotisations sociales patronales, ces contributions [au CAS Pensions] constituent économiquement une subvention d'équilibre versée par le budget général. Le taux est ajusté chaque année pour à peu près équilibrer le CAS. »

Décomposition de la masse salariale FPE 2024 (152,8 Md€ — Source FIPECO)

ComposanteMd€ 2024% masse salarialeNature
Traitements bruts indiciaires63,741,7 %Vrai salaire grille
Primes et indemnités26,317,2 %30 % du brut en moyenne, hors assiette pension
Cotisations sociales patronales (hors pensions)14,69,5 %Maladie, famille, FNAL, AT-MP, allocations
Allocations et prestations sociales1,20,8 %Action sociale ministérielle
Contribution employeur au CAS Pensions46,930,7 %Subvention d'équilibre déguisée
Total dépenses personnel État (titre II)152,8100 %34 % des dépenses nettes du budget général
Le taux apparent et le taux économique. Le taux de contribution employeur au CAS Pensions est de 74,28 % du traitement brut indiciaire pour les civils et 126,07 % pour les militaires en 2024. Sur un traitement brut total de 63,7 Md€, cela donne mécaniquement les 46,9 Md€ versés. À comparer aux ~28 % cumulés (base + complémentaire) que paie un employeur du secteur privé. L'écart de 46 points n'est pas une "vraie" cotisation : c'est la part de subvention budgétaire que l'État se verse à lui-même pour équilibrer ses propres pensions.

Pourquoi ce taux 74 % est un faux débat… et un vrai sujet

ConstatImplication
Ce n'est pas une cotisation, c'est un transfert intra-budgétaire. L'État se verse à lui-même 46,9 Md€ (programmes ministériels → CAS Pensions) sans aucun effet sur le déficit consolidé. Aucun gain budgétaire à le baisser. Aucune perte à le garder. C'est de la tuyauterie comptable.
Mais il masque le vrai déséquilibre démographique. Le ratio cotisants/retraités de la FPE est tombé à 1,3 actif pour 1 retraité (vs 1,7 dans le privé), et il continue de baisser. Sans cette subvention, les pensions ne pourraient être versées. Le système est structurellement déficitaire de ~30 Md€/an sur une logique actuarielle privée.
Le taux gonfle artificiellement la "rémunération employeur" comparée au privé. Un cadre A à 50 k€ brut « coûte » 90 k€ à l'État là où un cadre privé équivalent coûte ~71 k€. Cela alimente le sentiment d'inégalité de traitement et brouille tout débat sur le coût réel de la FPE.
Aucune marge de pilotage pour les gestionnaires. FIPECO : « les gestionnaires de programmes budgétaires n'ont aucun moyen d'infléchir le taux ». La performance budgétaire de chaque ministère est faussée : 31 % de leurs dépenses de personnel sont incompressibles et déconnectées de leur gestion.
Le chiffre clé à retenir. Sur les 62,9 Md€ de pensions FPE versées en 2024, les cotisations salariales (à 11,1 %) couvrent ~7 Md€, la contribution employeur 46,9 Md€, et le reste (~9 Md€) provient de transferts entre régimes (compensation démographique). En réalité économique, l'État subventionne ses propres retraités à hauteur de ~30 à 35 Md€/an au-delà de ce qui serait justifié par une logique actuarielle de régime équilibré. Cette subvention n'apparaît nulle part comme telle dans le débat public.

Scénario recommandé : la transparence comptable + alignement progressif

Plutôt que de baisser le taux 74 % (qui n'aurait aucun effet budgétaire réel), le scénario de réforme se joue en deux temps : rendre visible la subvention puis aligner progressivement les règles sur le privé, en s'inspirant de la convergence Touraine 2014.

ÉtapeActionImpact budgétaireHorizon
1. Vérité comptable Décomposer en LFI le « titre II » entre : (a) cotisation employeur au taux actuariel (~28 %), (b) subvention d'équilibre explicite (le solde, ~30 Md€/an). Affichée comme telle dans les Jaunes budgétaires. 0 (neutre) PLF 2027
2. Intégration assiette primes Élargir progressivement l'assiette pension aux primes (sur 10 ans, +3 pts d'assiette/an). Hausse cotisation salariale équivalente (~+0,3 pt/an). Compensé par mesures salariales ciblées. +1,5 Md€/an à T+5 2027-2037
3. Convergence des règles Calcul pension sur 25 meilleures années (vs 6 derniers mois) pour les nouveaux entrants à partir de 2030. Aligne sur le privé et casse la dynamique de surcotisations indemnitaires de fin de carrière. +5 Md€/an à T+15 2030 puis montée en charge 30 ans
4. Caisse autonome Transformer le SRE (service des retraites de l'État) en caisse autonome de droit commun (modèle CNRACL pour la FPT/FPH). Gouvernance paritaire, comptes consolidés, pilotage par taux d'équilibre. 0 (mais transparence totale) 2030
5. Effet sur la dette publique Comptabiliser dans la dette implicite consolidée les engagements de retraite FPE (~2 200 Md€, INSEE). Aujourd'hui hors bilan. 0 (information) 2027
Gain structurel cumulé à 15 ans ~6,5 Md€/an à T+15
Pourquoi ce scénario fonctionne. Il ne touche à aucune pension déjà liquidée (pas de question de droits acquis), il préserve les négociations salariales en bilatéral primes/cotisations, il met fin à l'opacité comptable qui ronge la confiance, et il aligne sur 30 ans le régime FPE sur le régime général — exactement comme la réforme Touraine 2014 a aligné les durées de cotisation. Aucun pays comparable (Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas) ne maintient un taux de contribution employeur public à 74 % sans le décomposer.
Note pour le modèle de bascule global. Le volet FPE n'entre pas dans le périmètre des 60-90 Md€ de baisse de cotisations patronales du scénario médian : il s'agit d'une réforme structurelle parallèle, à effet budgétaire de long terme (15 ans), et non d'un transfert d'assiette à court terme. Mais il est indispensable pour la cohérence du discours : on ne peut pas demander aux entreprises privées d'optimiser leur masse salariale tout en laissant l'État subventionner ses propres pensions à hauteur de 30 Md€/an dans une opacité totale.

📚 L'apport Beaufret — Les trois singes des finances publiques

Jean-Pascal Beaufret, ancien inspecteur des finances, ancien chef de service au Trésor, ancien Directeur Général des Impôts, a documenté plus que personne ce qu'il appelle le « mensonge des trois singes » des finances publiques françaises. Profil d'insider de l'administration financière, ses critiques sont d'autant plus difficiles à écarter. Ses constats convergent étroitement avec le diagnostic FPE et le calibrent à la hausse.

La métaphore fondatrice. « Ne pas voir, ne pas entendre, ne pas dire. » Beaufret compare l'attitude des autorités françaises aux trois singes asiatiques. Sur les 1 000 milliards d'euros de dette additionnelle accumulés entre 2016 et 2024, le débat public est incapable de désigner d'où viennent les déficits — non par incompétence, mais parce que « le système est organisé pour ne pas dire d'où viennent les causes des déficits » (Commentaire n°187, 2024).

Les 5 reproches de Beaufret aux finances publiques

ReprocheChiffre cléImplications
1. Fausse répartition État / Sécu. Le déficit est officiellement attribué à 100 % à l'État, qui ne représente que 37 % de la dépense publique. 48 % de la dépense publique = ASSO, soit 5 pts de PIB de plus que la moyenne UE La cible de la bascule n'est pas l'État mais bien le financement social. La méthode médiane est juste.
2. Subventions d'équilibre cachées aux retraites publiques. Beaufret chiffre la subvention totale (FPE + régimes spéciaux) à 52-74 Md€/an. 52 Md€ subvention / ~14 000 € par retraité du public Mon estimation prudente (~30 Md€) doit être relevée à 30-52 Md€ selon le périmètre. Détaillé infra.
3. Opacité comptable. Sur 74 Md€ de subventions, seuls 12 Md€ apparaissent comme « subventions d'équilibre ». 62 Md€ sont noyés dans des libellés flous. 12/74 Md€ visibles (16 %) Renforce la 1re étape du scénario : vérité comptable en LFI (séparation cotisation actuarielle / subvention).
4. Image trompeuse du COR. Le COR présente un système de retraites « en équilibre » par jeu d'hypothèses optimistes et conventions comptables. 68 Md€ de déficit branche vieillesse 2022 (sur 127 Md€ déficit public total) Plus de la moitié du déficit public vient de la branche vieillesse, mais ce n'est jamais nommé.
5. Fiction du PLFSS. Le déficit officiel Sécu 2026 affiché à 24,5 Md€ masque une réalité bien supérieure une fois retraités les transferts intra-APU. Vrai déficit Sécu >> 24,5 Md€ officiel Justifie la 4e étape : caisse FPE autonome avec comptes consolidés transparents.
Recalibrage de la subvention implicite. Mon volet FPE estimait initialement la subvention à ~30 Md€/an sur la seule FPE (hors régimes spéciaux et CNRACL). Beaufret porte le chiffre à 52 Md€/an pour l'ensemble FPE + régimes spéciaux et 74 Md€/an si l'on intègre tous les sur-financements publics. La fourchette consolidée à retenir est donc : 30 Md€ (FPE seule) → 52 Md€ (avec régimes spéciaux) → 74 Md€ (tous flux ASSO).

🪜 La fenêtre démographique 2025-2040 — départs FPE et économies

Le diagnostic Beaufret rejoint un autre travail déjà modélisé : zoom_APUC_pyramide_retraites.html. L'analyse de la pyramide des âges FPE révèle une fenêtre exceptionnelle entre 2025 et 2040 pour redimensionner l'État sans plan social, par simple non-remplacement partiel des départs en retraite. Cette opportunité doit être articulée avec la réforme du financement des pensions FPE.

Les chiffres clés de la pyramide FPE 2024

CohorteEffectif (k)% FPEFenêtre de départ
50-54 ans (génération 1969-1973)35513,9 %2031-2037 — cohorte massive
55-59 ans (génération 1964-1968)34413,4 %2026-2032 — départs imminents
60-64 ans2268,8 %Réforme 2023 décale
Total ≥ 50 ans~92536 %875 000 départs cumulés sur 15 ans
Le pic démographique 2032-2036. Les générations 1968-1973, les plus nombreuses de la FPE (~350 k agents), partiront à un rythme projeté de 60 à 65 000 départs/an entre 2032 et 2036. C'est mathématiquement la plus grande opportunité de redimensionnement structurel de l'État depuis la création de la fonction publique moderne. Bercy (DGFIP, Douanes) est le ministère le plus exposé : 52 % de ses agents ont ≥ 50 ans, 28 % ≥ 55 ans.

Les 4 scénarios de remplacement (cumul 2025-2040)

ScénarioRègleÉconomie brute cumuléeÉconomie en régime de croisièreEffectif FPE en 2040
S0 — Statu quo1 pour 1 (remplacement intégral)0 Md€0 Md€/an~2,7 M (croissance mécanique)
S1 — Modéré1 pour 3 départs non remplacés (33 %), hors prioritaires~21 Md€~1,4 Md€/an~2,4 M
S2 — Recommandé1 pour 2 départs non remplacés (50 %)~42 Md€~2,8 Md€/an~2,15 M (proche niveau 2010)
S3 — Ambitieux2 pour 3 départs non remplacés (67 %)~63 Md€~4,2 Md€/an~1,9 M (niveau 1995)

Schéma différencié par ministère (recommandations)

PérimètreRègle proposéeGain cumulé 15 ansJustification
Régalien (Défense, Intérieur, Justice)1 pour 1 ou +5 %0 (priorité)Sécurité, contexte géopolitique
Éducation enseignants1 pour 1 + redéploiement0 mais réallocationProfiter baisse démo (−1,68 M élèves d'ici 2035) → 90 k ETPT vers AESH
EN administratif + ATSS1 pour 2~2 Md€Cf. zoom_ATSS_2025.html
Bercy (DGFIP, Douanes, Trésor)1 pour 33,5-4,5 Md€IA + déclaration auto + Galaxie ; ministère le plus vieillissant
Opérateurs / ODAC (482 agences)1 pour 3 + fusions3-5 Md€Doublons massifs ; cible 400 k ETPT en 5 ans
Ministères transversaux (MTE, Agri, AS)1 pour 22-3 Md€Fonctions support consolidables
Total atteignable réaliste25 à 35 Md€ cumulés / 1,7-2,3 Md€/anPondéré du bilan net (cf. infra)

Bilan net après effets de second ordre

L'économie brute doit être corrigée des effets collatéraux. Le bilan net en régime de croisière ressort entre +1,2 et +1,7 Md€/an, soit +18 à +25 Md€ cumulés sur 15 ans, après prise en compte de :

Le piège RGPP à éviter. La règle 1 sur 2 ou 1 sur 3 ne fonctionne que si elle est précédée d'un investissement de 1,5 à 2 Md€ en transformation digitale sur 3 ans. La RGPP 2007-2012 a sous-investi en SI : c'est pourquoi son bilan reste contesté (5-7 Md€ d'économies brutes mais coût social/politique élevé). La séquence « investir d'abord, redimensionner ensuite » est non-négociable.
L'articulation Beaufret + pyramide démographique = la stratégie optimale. Beaufret nous dit : la subvention pension FPE est de 30-52 Md€/an et masque l'essentiel du déficit. La pyramide nous dit : 875 000 départs vont avoir lieu d'ici 2040, soit 34 % de l'effectif actuel. La fenêtre démographique permet de réduire mécaniquement la masse salariale FPE et donc la base de calcul de la subvention pension, sans plan social, sans toucher aux droits acquis. À elle seule, la combinaison « scénario S2 + réforme pension Touraine 2030 + transparence comptable » résout 8 à 12 Md€/an de déficit structurel à T+15 — la moitié du déficit public actuel hors charge de la dette.
Articulation finale avec le modèle de bascule. Les économies de la fenêtre démographique (1,7 à 2,3 Md€/an en régime de croisière, soit 8-12 Md€ à T+5) viennent renforcer le pilier "économies en dépenses" du simulateur principal. Couplées aux gisements identifiés dans la série Zoom (FPT 12-18 Md€, doublons APUC, niches fiscales), elles rendent crédible la cible 25 Md€/an d'économies à T+5 du scénario médian. La bascule cotisations → TVA/CSG et la fenêtre démographique FPE ne sont pas concurrentes : elles sont les deux faces d'une même méthodologie.

Les trois leviers de compensation

LevierAssiette 2024Rendement / pointLogique
TVA (taux normal 20 %)~750 Md€ taux normal~7,5 Md€ / ptFrappe les importations, exonère les exports → gain compétitivité
CSG activité + remplacement + capital~1 350 Md€~16-17 Md€ / ptBase très large, tous revenus, peu distortive
Économies en dépenses (revue zéro-base)1 600 Md€ APU15-50 Md€ identifiablesRéduit la pression de compensation à due concurrence

Sources : DGFiP rapport TVA 2024, DSS rapport CSG 2024, FIPECO fiches assiettes.

IV Simulateur interactif — Trouver l'optimum

🎛️ Ajustez les curseurs pour explorer la bascule

Le simulateur calcule en temps réel le besoin de compensation, la hausse de salaire net pour les salariés, l'inflation induite par la TVA, et le verdict d'équilibre.

Périmètre famille + chômage + taxes affectées (max 90 Md€ réaliste)
Reste = profit + investissement + baisse prix
+1 pt TVA = +7,5 Md€ ; effet prix +0,5 pt par pt TVA
+1 pt CSG = +16,5 Md€ ; touche aussi retraités et capital
Cible réaliste : 15-30 Md€ via revue zéro-base sur 3 ans
Recettes perdues (cotisations)−50,0 Md€
+ Recettes TVA additionnelles+15,0 Md€
+ Recettes CSG additionnelles+24,8 Md€
+ Économies en dépenses+15,0 Md€
+ Retours fiscaux dynamiques (IS, IR, TVA induite)+5,5 Md€
SOLDE BUDGÉTAIRE NET+10,3 Md€
Salaire net supplémentaire (privé)+22,4 Md€
Hausse moyenne salaire net (par actif privé)+1 120 €/an
Inflation induite (effet TVA)+1,0 pt
Pouvoir d'achat net salariés (gain salaire − inflation)+0,8 %
Emplois créés à 5 ans (estim. élasticité Mésange)+165 000
Équilibre soutenable

V Trois scénarios chiffrés — Du prudent à l'ambitieux

🟢 Scénario PRUDENT

Baisse cotisations−30 Md€
Hausse TVA+1 pt
Hausse CSG+0,75 pt
Économies dépenses15 Md€
Salaire net+13 Md€
Inflation+0,5 pt
Solde+11 Md€
Emplois 5 ans+90 000

🟡 Scénario MÉDIAN (recommandé)

Baisse cotisations−60 Md€
Hausse TVA+2,5 pts
Hausse CSG+1,5 pt
Économies dépenses25 Md€
Salaire net+27 Md€
Inflation+1,3 pt
Solde+12 Md€
Emplois 5 ans+200 000

🔴 Scénario AMBITIEUX

Baisse cotisations−85 Md€
Hausse TVA+4 pts
Hausse CSG+2,25 pts
Économies dépenses40 Md€
Salaire net+38 Md€
Inflation+2,0 pts
Solde+22 Md€
Emplois 5 ans+330 000
L'optimum recommandé : le scénario MÉDIAN. Il maximise le ratio gain salarial/inflation (+27 Md€ de salaire net pour +1,3 pt d'inflation, soit +0,8 pt de pouvoir d'achat réel), il dégage 12 Md€ de marge budgétaire pour absorber les chocs, et il reste politiquement acceptable (TVA passe de 20 % à 22,5 %, dans la moyenne européenne — Allemagne 19 %, Italie 22 %, Pays-Bas 21 %, Danemark 25 %).

VI Risques, objections et parades

Les 5 objections principales et leurs réponses

ObjectionValiditéParade
"La hausse de TVA est inflationniste et antiredistributive." Partielle Effet prix limité à 12 mois (Trésor 2012, Bloc et al.). Compensation par chèque énergie/alim ciblé sur 3 premiers déciles (~3 Md€). Maintenir taux réduits.
"La CSG sur les retraités est injuste." Partielle Préserver le taux réduit/zéro pour les pensions < SMIC. Hausse uniquement sur pensions médianes et supérieures. Argumentaire intergénérationnel (le travail finance trop, le capital et les revenus de remplacement pas assez).
"Les entreprises ne répercuteront pas en salaires." Risque réel Conditionner la baisse à un accord de branche obligatoire de répercussion (modèle CICE 2.0) ou indexer la baisse sur la masse salariale brute (mécanisme automatique).
"On déshabille la Sécu." Faux La Sécu ne perd rien : la TVA et la CSG affectées compensent intégralement. Ce qui change, c'est la nature du financement, pas son montant. C'est exactement ce qu'a fait le Danemark depuis 1990.
"Les économies de dépenses ne se font jamais." Historiquement vrai en France Inscrire la trajectoire d'économies dans une LPFP avec mécanisme correcteur automatique (modèle suédois). Faire valider par le HCFP. Exemples concrets : 12-18 Md€ FPT (cf. Zoom FPT), 15 Md€ doublons APUC retraites, 8 Md€ niches fiscales rendement nul.

Les pays qui l'ont fait

🇩🇰
Danemark (1987-1995)
Suppression progressive des cotisations employeur. Aujourd'hui : TVA 25 %, IR à barème large. Financement social = impôts généraux à 95 %.
🇸🇪
Suède (1990-1995)
Réforme fiscale "du siècle". Baisse IR, baisse cotisations, hausse TVA à 25 %, élargissement de l'assiette. Croissance retrouvée dès 1996.
🇩🇪
Allemagne (2007)
TVA passée de 16 % à 19 %. Une partie des recettes a financé la baisse des cotisations chômage (de 6,5 % à 4,2 % puis 2,8 %). Effet pro-emploi documenté.
🇨🇦
Canada (1994-1998)
Pas une bascule mais une revue de dépenses. Réduction de 9 pts de PIB de dépenses fédérales. Excédent dès 1997. Modèle de référence mondiale.

VII Recommandation finale et trajectoire

La proposition opérationnelle pour 2027-2032 :

Baisse cotisations cible
60
Md€ sur 5 ans
Hausse TVA
+2,5
points (20→22,5%)
Hausse CSG
+1,5
point
Économies dépenses
25
Md€/an à T+5

Trajectoire 5 ans (Md€)

AnnéeBaisse cotis.Hausse TVAHausse CSGÉconomiesSalaire net cumulé
2027 (T+1)−15+8+5+5+7
2028 (T+2)−30+15+12+10+13
2029 (T+3)−45+19+17+17+20
2030 (T+4)−55+19+22+22+24
2031 (T+5)−60+19+25+25+27
Le résultat à horizon 2031. Pour chaque salarié du privé (~21 millions), c'est +1 300 €/an de salaire net. Pour la France, c'est +200 000 emplois, un déficit qui se résorbe de 0,4 pt de PIB, et un coût du travail aligné sur l'Allemagne. Sans toucher à un seul euro de prestation sociale. C'est exactement ce qu'a fait le Danemark il y a 30 ans.

Les 5 conditions de réussite

1. Lisibilité contractuelle

Inscrire la trajectoire dans une LPFP votée à majorité qualifiée, avec clause de revoyure annuelle au HCFP.

2. Conditionnalité salariale

La baisse de cotisations n'est versée qu'aux entreprises ayant signé un accord de branche de répercussion en salaire.

3. Compensation des perdants

Chèque énergie + alim ciblé sur les 3 premiers déciles pour neutraliser l'effet TVA. Coût : ~3 Md€ inclus.

4. Calendrier graduel

Étalement sur 5 ans (12 Md€/an de baisse) pour absorber l'effet prix et permettre la négociation salariale.

5. Gouvernance des économies

Comité indépendant (modèle UK Office for Budget Responsibility) qui valide la réalité des économies trimestriellement.

Le risque ultime à éviter. Si la baisse de cotisations est votée mais les économies ne se réalisent pas (scénario "France 2014" où le CICE n'a pas été gagé), le déficit dérape. D'où la règle de gage automatique : si les économies ne sont pas constatées au T+12 mois par le HCFP, le calendrier de baisse de cotisations est suspendu jusqu'à régularisation. C'est le mécanisme suédois post-1996 — c'est lui qui rend la trajectoire crédible.