🇫🇷 Finances Publiques
🏛️ Finances locales
Zoom Finances Publiques · D7
Mis à jour août 2026 — Comptes des APU 2025 (Insee, mai 2026, via data.gouv)

D7 · Autres transferts courants — 94,0 Md€ (2025)

En comptabilité nationale, le D7 ne désigne pas les prestations sociales aux ménages : c'est le poste des autres transferts courants versés par les APU — contribution au budget de l'Union européenne, coopération internationale, transferts courants divers aux ménages et aux entreprises. Série : 94,1 Md€ (2023) → 93,5 Md€ (2024) → 94,0 Md€ (2025, provisoire). Les prestations sociales, elles, relèvent de D62 et D632 (771,0 Md€ en 2025).

2023
94,1
Md€ · D7 versé par les APU
Référence
2024 (sd)
93,5
Md€ · D7 versé par les APU
−0,6 Md€ · −0,6 %
2025 (p)
94,0
Md€ · D7 versé par les APU
+0,5 Md€ · +0,5 %

📐 Périmètre et source

Définition SEC 2010 — D7 « Autres transferts courants ». Transferts courants autres que les impôts, les cotisations, les prestations sociales et les subventions. Versés par les APU, le poste recouvre principalement : la coopération internationale courante (D74), les ressources propres de l'Union européenne assises sur la TVA et le RNB (D76), les transferts courants divers (D75) aux ménages, aux institutions sans but lucratif et aux entreprises, ainsi que les primes et indemnités d'assurance dommages (D71/D72). Le D7 n'est pas le poste des prestations sociales : celles-ci relèvent de D62 (espèces) et D632 (nature), soit 771,0 Md€ en 2025.

Poste (SEC 2010) 2023 2024 (sd) 2025 (p)
D3 · Subventions 70,5 57,5 56,5
D7 · Autres transferts courants 94,1 93,5 94,0
D9 · Transferts en capital 41,4 42,2 41,6
D3+D7+D9 · « Autres transferts et subventions » (ligne Insee) 206,0 193,2 192,1

Sources. Agrégat 192,1 Md€ (2025) : Insee, « Comptes nationaux des APU 2025 » — ligne « Autres transferts et subventions » du compte des administrations publiques. Détail par opération D3 / D7 / D9 : Eurostat, table gov_10a_main, base 2020. Milliards d'euros courants ; 2024 semi-définitif, 2025 provisoire.
Avertissement. Le détail par opération n'est pas publié dans les tableaux Insee de premiers résultats, qui s'arrêtent à la ligne agrégée D3+D7+D9. D'où le recours à Eurostat gov_10a_main, qui publie la même comptabilité nationale (SEC 2010, base 2020) transmise par l'Insee : les deux sources sont strictement cohérentes.
Lecture des chiffres de cette fiche. Les montants détaillés prestation par prestation présentés plus bas (ARE, APL, RSA, AAH…) relèvent de D62, pas de D7 : ce sont des sous-ensembles estimés, conservés pour leur valeur pédagogique, et qui ne s'additionnent pas au total D7. Aucune ventilation officielle du D7 par bénéficiaire n'étant publiée, cette fiche n'en propose pas.

01 · Cartographie — sous-ensemble estimé (D62), hors périmètre D7

Qui reçoit quoi ?

Cette section ne décompose pas le D7 : elle cartographie un sous-ensemble estimé des prestations sociales en espèces versées aux ménages (chômage, logement, famille, minima sociaux, handicap), soit 141–148–147 Md€ sur 2022-2024. Chaque prestation a sa logique propre, sa dynamique, ses bénéficiaires.

⚠️ Ces 141 / 148 / 147 Md€ ne sont pas le D7. Le D7 « autres transferts courants » versé par les APU vaut 94,1 Md€ en 2023, 93,5 Md€ en 2024 (sd) et 94,0 Md€ en 2025 (p) (Eurostat, gov_10a_main, base 2020) et couvre la contribution au budget de l'UE, la coopération internationale et les transferts courants divers — voir l'encadré « Périmètre et source » en tête de page. Le regroupement « 141 / 148 / 147 Md€ » présenté ci-dessous est un agrégat pédagogique estimé de prestations sociales en espèces versées aux ménages hors retraites et hors maladie, relevant de l'opération D62 des comptes nationaux : c'est un sous-ensemble des 771,0 Md€ de prestations sociales versées par les APU en 2025 (D62+D632 ; 747,4 Md€ en 2024 sd), et il ne doit en aucun cas être lu comme un total D7. Le détail 2025 par dispositif (ARE, APL, RSA, AAH…) n'est pas publié : les données prestation par prestation ci-dessous restent en millésime 2022–2024.

Évolution par bloc — sous-ensemble estimé de prestations en espèces (D62), Md€

2022 · 141,0 Md€ (est. D62)
Chômage — 38,5 Md€
Logement — 17,0 Md€
Famille — 32,5 Md€
Minima — 22,5 Md€
Handicap — 11,5 Md€
Divers — 19,0 Md€
2023 · 148,2 Md€ (est. D62)
Chômage — 36,0 Md€
Logement — 17,8 Md€
Famille — 33,5 Md€
Minima — 24,0 Md€
Handicap — 12,5 Md€
Divers — 24,4 Md€
2024 · 147,4 Md€ (est. D62)
Chômage — 33,5 Md€
Logement — 17,4 Md€
Famille — 34,0 Md€
Minima — 23,3 Md€
Handicap — 13,0 Md€
Divers — 26,2 Md€

Tableau détaillé prestation par prestation — sous-ensemble estimé (D62), Md€

Prestation202220232024Δ 22→24Dynamique
🔵 CHÔMAGE
ARE (Allocation Retour à l'Emploi)35,032,530,0−5,0Réforme 2023 : durée 24→18 mois
ASS + allocations formation3,53,53,50,0Stable
🔵 LOGEMENT
APL / ALF / ALS17,017,817,4+0,4Contemporanéisation 2021 : économies structurelles −1,1 Md€/an
🔵 FAMILLE
Allocations familiales (AF)13,013,613,8+0,8Indexation +4% juil. 2023, monoparentales
PAJE + Complément Mode Garde (CMG)9,59,910,2+0,7Réforme CMG 2022 → ménages aisés avantagés
ARS + autres prestations famille5,55,85,8+0,3Stable après indexation
Congés maternité / paternité / parentaux4,54,24,2−0,3Baisse natalité (643 k naissances 2024)
🔵 MINIMA SOCIAUX
RSA (Revenu de Solidarité Active)12,012,812,5+0,5Réforme France Travail : conditionnalité 15-20h
Prime d'activité10,511,210,8+0,3Revalorisation +4%, puis tassement SMIC
🔵 HANDICAP / DÉPENDANCE
AAH (Allocation Adulte Handicapé)11,512,513,0+1,5Déconjugalisation oct. 2023 +1 Md€/an — seule prestation en hausse structurelle
Invalidité + Accidents du travail7,57,88,0+0,5Vieillissement + judiciarisation
🔵 DIVERS (ASPA, bourses, transfers exceptionnels)
ASPA + autres minima vieillesse3,03,23,2+0,2Minimum vieillesse, stable
Bourses étudiantes + divers État5,28,19,7+4,5Bouclier tarifaire, chèque alimentaire, bourses réformées
TOTAL du sous-ensemble estimé (prestations en espèces D62 hors retraites et maladie) — hors périmètre D7141,0148,2147,4+6,4+4,5 % sur la période
Lecture clé — 2022→2023 (+7,2 Md€) : L'essentiel tient à la revalorisation des prestations de +4 % en juillet 2023 (+5 Md€ de coût global), à la déconjugalisation de l'AAH (+1 Md€/an), et à l'indexation des APL sur l'inflation des loyers. 2023→2024 (−0,8 Md€) : La réforme de l'ARE (durée 24→18 mois, plafond dégressif) économise 2,5 Md€, partiellement compensée par la poursuite de la hausse AAH et des aides énergie-alimentaire.
02 · Chômage · 38,5 → 36,0 → 33,5 Md€

L'ARE : généreux, régressif, en baisse

Le bloc chômage est le seul à baisser significativement sur la période. La réforme Dussopt-Dussard d'octobre 2023 en est le principal moteur. Mais à quel prix social ? Et avec quelle efficacité sur le retour à l'emploi ?

2,5 M
Allocataires ARE en moyenne 2024
57–75%
Taux de remplacement ARE
274 €/j
Plafond journalier ARE (2024)
18 mois
Durée max ARE depuis nov. 2023 (vs 24)
−2,5 Md€
Économie annuelle réforme 2023

Pourquoi l'ARE coûte autant

Le mécanisme est simple : plus le salaire de référence est élevé, plus l'indemnité est généreuse en valeur absolue. Or les cadres et professions intermédiaires représentent 35 % des allocataires mais captent 58 % de la masse ARE. La dégressivité n'entre en jeu qu'au-delà de 4 500 €/mois de salaire de référence — soit seulement 5 % des allocataires.

Part de la masse ARE captée par les cadres (salaire > 3 000€/mois)
58 %
Part des allocataires qui sont cadres
35 %
Allocataires exposés à la dégressivité actuelle (salaire > 4 500€/mois)
5 %
Taux de retour à l'emploi à 12 mois (tous allocataires)
61 %

La réforme 2023 : bonne économie, mécanisme discutable

Ce qui a changé

Durée maximale ramenée de 24 à 18 mois (−25 %). Franchise carence portée à 7 jours. Bonus-malus sectoriel étendu à 17 secteurs. Dégressivité maintenue à 5 % au bout de 6 mois pour salaires > 4 500 €/mois.

Ce qui pose question

La durée n'est pas le principal déterminant du retour à l'emploi pour les 50 ans+. IPP 2023 : réduire la durée accélère le retour pour les jeunes diplômés, pas pour les seniors. Le risque est de pousser vers le RSA 80 000 allocataires supplémentaires en fin de droits.

Piège à bas coût : La réforme 2023 économise 2,5 Md€/an sur l'ARE. Mais l'Unedic estime que 60 à 80 000 personnes supplémentaires basculent vers le RSA après épuisement de droits raccourcis, ce qui représente un transfert de charge de 0,6 à 1 Md€/an vers les départements. Le gain net pour les administrations publiques est donc de l'ordre de 1,5–1,9 Md€, pas 2,5 Md€.
03 · Logement · 17,0 → 17,8 → 17,4 Md€

L'APL : une aide qui profite aux propriétaires

6,6 millions de foyers bénéficient des APL/ALF/ALS. C'est la prestation la plus universellement connue — et l'une des moins bien ciblées. En zones tendues, jusqu'à 80 % du montant est absorbé par les loyers.

6,6 M
Foyers bénéficiaires 2024
220 €
Aide moyenne mensuelle/foyer
50–80%
Part captée par les loyers en zone tendue (Fack 2006, IPP 2022)
−1,1 Md€
Économie structurelle contemporanéisation 2021

Le paradoxe de la capitalisation

Lorsque l'État verse une APL, une fraction du montant est « absorbée » par les propriétaires via une hausse des loyers en zone tendue. C'est la capitalisation de l'aide. La recherche économique française (Fack, 2006 ; IPP 2022) l'estime entre 50 % et 80 % en zones A et A bis. En clair : sur 17,4 Md€ d'aides logement, 8 à 14 Md€ partent en réalité dans la poche des propriétaires bailleurs.

APL — Allocation Personnalisée au Logement

~13 Md€

Locataires parc social + locataires privés sous plafond. Calculée sur quotient familial et loyer. Réformée en 2021 (contemporanéisation = recalcul mensuel sur revenus N-2 → revenus quasi-temps réel via DSN). Économie : −1,1 Md€/an.

ALF + ALS

~4,4 Md€

ALF (Allocation de Logement Familiale) : ménages avec enfants non éligibles APL. ALS (Allocation de Logement Sociale) : personnes âgées, handicapées, jeunes travailleurs. Ces deux allocations suivent des barèmes différents et créent des effets de bord complexes à la marge.

Contemporanéisation 2021 : Avant 2021, les APL étaient calculées sur les revenus de l'année N-2. Un étudiant qui avait travaillé deux ans auparavant mais n'avait plus de revenus pouvait se voir refuser l'APL. La réforme a basculé sur les revenus quasi-temps réel (DSN). Résultat : meilleure justice sociale, mais aussi économie de 1,1 Md€/an car les revenus récents sont en moyenne plus élevés. Un modèle à généraliser à d'autres prestations.
04 · Famille · 32,5 → 33,5 → 34,0 Md€

Natalité en chute, dépenses qui montent

Le bloc famille est le plus stable, mais masque une tension fondamentale : des allocations familiales universelles qui ne font pas repartir la natalité, un complément mode garde qui avantage les ménages aisés, et une chute historique des naissances qui remet en cause la raison d'être de certaines dépenses.

643 k
Naissances 2024 (record bas historique)
1,62
Indice fécondité 2024
13,4 M
Foyers bénéficiaires d'une prestation famille
40%
CMG capté par 20% des foyers les plus riches
Prestation2024 (Md€)BénéficiairesCondition
Allocations familiales (AF)13,8~5 M familles (2+ enfants)Universelles depuis 1999, modulation 2015
Complément Mode Garde (CMG)4,5~750 000 famillesAssistante maternelle / garde à domicile
PAJE (Prestation Accueil Jeune Enfant)5,7~2,2 M famillesNaissance, adoption, garde
Allocation de Rentrée Scolaire (ARS)2,3~5 M enfantsSous condition de ressources
Allocation Soutien Familial (ASF)1,6~900 000 familles mono.Parent isolé, pension alimentaire impayée
Congés mat./pat./parentaux (IJ)4,2~800 000 bénéficiaires/anSalariés et indépendants
Autres (CLCA, compléments)1,9
Total bloc famille34,0

Le paradoxe du CMG : redistribution à l'envers

Le Complément Mode Garde est techniquement plafonné par revenus, mais son fonctionnement favorise structurellement les hauts revenus : plus vous payez cher votre assistante maternelle (plafond de rémunération élevé), plus le remboursement CNAF est élevé en valeur absolue. Résultat : les 20 % des ménages les plus aisés captent 40 % de la masse CMG pour 30 % des enfants gardés (IPP, 2023). Un mécanisme inverse de la redistribution voulue.
05 · Minima sociaux · 22,5 → 24,0 → 23,3 Md€

Le maquis des 11 minima et le piège à inactivité

RSA, prime d'activité, ASPA, ASS… La France a 11 minima sociaux distincts, chacun géré par un organisme différent. Ce maquis administratif génère 2 à 3 Md€ de droits non consommés chaque année et des trappes à inactivité qui pénalisent la reprise d'emploi.

1,85 M
Foyers RSA (2024)
34 %
Non-recours au RSA (IPP 2023)
4,4 M
Foyers prime d'activité
27 %
Non-recours prime activité
11
Minima sociaux distincts en France

RSA — Revenu de Solidarité Active

12,5 Md€

1,85 M foyers · ~635 €/mois pour une personne seule

Fusion du RMI et de l'API (2009). Géré par les départements. Non-recours massif : 34 %, soit 600 000 personnes sans accès à leurs droits. Réforme France Travail 2025 : conditionnalité à 15-20h d'activité hebdomadaire.

Prime d'activité

10,8 Md€

4,4 M foyers · ciblée sur travailleurs modestes

Créée en 2016 (fusion RSA activité + PPE). Mieux ciblée que les AF : 80 % va aux 30 % des travailleurs les plus modestes. Non-recours de 27 %. Revalorisation automatique indexée sur SMIC depuis 2020.

ASPA + autres minima

3,2 Md€

~600 000 bénéficiaires ASPA · non-recours 40 %

Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (minimum vieillesse). Non-recours de 40 % — le plus élevé de tous les minima — en partie dû à la clause de récupération sur succession (dès 39 720 € d'actif).

La trappe à inactivité RSA : un calcul qui décourage

Pour un allocataire RSA célibataire sans enfant reprenant un emploi au SMIC (1 398 € nets/mois en 2024) :

RSA perdu à la reprise d'emploi
−635 €/mois
Frais professionnels (transport, cantine, garde)
~−550 €/mois
Prime d'activité gagnée
+190 €/mois
Gain net marginal à la reprise d'emploi au SMIC : environ 200-400 €/mois selon la situation familiale et géographique. Le retour au travail "rapporte" moins de 4 € de l'heure supplémentaire travaillée. C'est le cœur du problème des trappes à inactivité.
06 · Handicap · 11,5 → 12,5 → 13,0 Md€

L'AAH : la seule prestation en hausse structurelle continue

+30 % en une décennie. +4 %/an en rythme de croisière. Trois moteurs : vieillissement, élargissement des critères MDPH, déconjugalisation. Et des écarts d'attribution de ±40 % entre départements pour des profils identiques — un scandale silencieux.

1,35 M
Bénéficiaires AAH 2024
971 €
Montant mensuel AAH taux plein
+4 %/an
Croissance structurelle des bénéficiaires
+1 Md€
Coût annuel déconjugalisation oct. 2023
101
MDPH en France (Maisons départ. personnes handicapées)

Anatomie de la croissance AAH

Vieillissement de la population (pathologies dégénératives)
35 % de la hausse
Élargissement critères MDPH (troubles psy, dys)
30 % de la hausse
Déconjugalisation oct. 2023 (nouveaux bénéficiaires)
20 % de la hausse
Revalorisation +4 % juil. 2023
15 % de la hausse

Déconjugalisation : pourquoi c'est juste mais coûteux

Avant octobre 2023, les revenus du conjoint entraient dans le calcul de l'AAH — ce qui pouvait mener à une AAH nulle pour un bénéficiaire en couple avec un travailleur modeste. La déconjugalisation rend l'allocation individuelle. Juste sur le principe (autonomie financière). Coût : +1 Md€/an pour ~150 000 nouveaux bénéficiaires ou révisions à la hausse.

Hétérogénéité des MDPH : le scandale silencieux

Les 101 MDPH appliquent des critères d'attribution hétérogènes pour les mêmes pathologies. L'écart de taux d'attribution AAH entre les départements les plus généreux et les plus restrictifs atteint +40 % pour des profils identiques (IGAS, 2022). Ni harmonisation nationale, ni audit systématique. Coût estimé de cette hétérogénéité : 0,5–1 Md€/an.

07 · Historique 1980–2024 — sous-ensemble estimé (D62)

Quarante-cinq ans de dépenses : trois chocs, une tendance

De 3,2 % du PIB en 1980 à 5,1 % en 2024, soit +1,9 point en 45 ans. Trois chocs visibles : chômage de masse des années 1990, Grande Récession 2009, Covid 2020. Entre ces pics, une dérive structurelle lente mais continue.

2% 3% 4% 5% 6% 7% 1980 1990 2000 2010 2020 2024 Covid 2020 : 6,8% 2008 1993 chômage 5,1% (2024) Prestations en espèces aux ménages hors retraites et maladie, sous-ensemble estimé (% PIB) · 1980–2024

Trois chocs clairement identifiables

1993 : Chômage de masse post-réunification allemande, crise immobilière. Peak à 4,8 % PIB. 2009 : Grande récession. Are et RSA (créé en 2009) propulsent les dépenses à 5,2 %. 2020 : Covid — chômage partiel inclus dans les transferts, pic à 6,8 %. Retour à la normale en 2022.

La tendance de fond : +1,9 pts de PIB en 45 ans

De 3,2 % du PIB en 1980 à 5,1 % en 2024. Soit +1,9 points de PIB = +50 Md€ en volume constant. Les trois moteurs structurels : vieillissement de la population active (plus de maladies/handicap), tertiarisation de l'économie (plus de travailleurs précaires), montée du recours aux droits (meilleure information, déstigmatisation).

08 · Sociologie

Les 147 Md€ de prestations en espèces (sous-ensemble estimé) : qui reçoit vraiment ?

La répartition par quintile révèle des écarts spectaculaires selon les prestations. Certaines sont parfaitement ciblées sur les ménages modestes. D'autres — ARE, CMG — profitent structurellement aux catégories aisées. Un paradoxe rarement mis en lumière.

Distribution par quintile de revenu (% de la masse totale captée)

QuintileAREAPLRSAPrime activitéAFAAHCMG
Q1 (20% les plus pauvres)12 %38 %72 %34 %22 %28 %8 %
Q218 %31 %22 %32 %26 %35 %15 %
Q322 %20 %5 %24 %26 %22 %22 %
Q425 %9 %1 %10 %18 %12 %25 %
Q5 (20% les plus riches)23 %2 %0 %0 %8 %3 %30 %
L'ARE est régressif : les 20 % les plus aisés captent 23 % de la masse ARE (en valeur absolue), car l'indemnité est proportionnelle au salaire antérieur sans vrai plafond redistributif. Le CMG est encore plus frappant : 30 % pour le Q5. Ces deux postes totalisent ~43 Md€ — un tiers du total des transferts — avec une redistribution défavorable aux ménages modestes.

Profil géographique

Territoires de surreprésentations RSA

Taux de RSA dépassant 15 % de la population en âge de travailler : Seine-Saint-Denis, Guyane, Mayotte, Réunion, certaines communes rurales du Massif Central. Effet de concentration géographique qui justifie des politiques différenciées.

Zones tendues et APL capturé

Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse : les APL profitent moins aux locataires car 50-80 % est absorbé par les loyers. Paradoxe : la prestation la plus coûteuse (17,4 Md€) est aussi celle dont l'efficacité sociale est la plus discutée.

AAH : sous-représentation rurale

L'accès à l'AAH est corrélé à la proximité des MDPH. En zones rurales, le non-recours involontaire (méconnaissance des droits) est estimé à 15-20 % supplémentaires au-delà du non-recours moyen national.

09 · Paradoxes

Six contradictions structurelles du système

Le système accumule les inefficacités invisibles : aides qui capturent leurs propres bénéficiaires, droits qui découragent la reprise d'emploi, prestations redistributives à l'envers. Six paradoxes qui expliquent pourquoi ces 147 Md€ de prestations en espèces (sous-ensemble estimé, hors périmètre D7) ne produisent pas les effets escomptés.

① Trappes à inactivité

Reprendre un emploi au SMIC depuis le RSA rapporte souvent moins de 400 €/mois nets après frais. Le taux marginal d'imposition effectif à la sortie du RSA dépasse 70-80 % sur les premiers salaires. Ce mécanisme pénalise précisément les personnes dont on cherche l'insertion.

② Non-recours massif

34 % des ayants droit au RSA, 27 % à la prime d'activité, 40 % à l'ASPA n'y ont pas recours. C'est 2 à 3 Md€ de droits non consommés. Les personnes les plus précaires, sans accès au numérique ou à l'information administrative, sont les plus touchées.

③ L'ARE est régressif

L'assurance chômage indemnise mieux les hauts salaires en valeur absolue, sans redistribution réelle. Un cadre à 5 000 €/mois reçoit 3 à 4 fois plus qu'un employé à 1 500 €. La dégressivité n'entre en jeu qu'au-delà de 4 500 €/mois pour seulement 5 % des allocataires.

④ Le maquis des minima

11 minima sociaux différents, chacun géré par un organisme distinct (CNAF, CAF, Pôle Emploi/France Travail, MSA, départements...). Chaque frontière entre prestations génère des zones de non-droit, des ruptures de prise en charge et des coûts de gestion estimés à 1,5 Md€/an (rapport Sirugue, 2016).

⑤ Le CMG redistributif à l'envers

Le Complément Mode Garde finance à 30 % les 20 % des ménages les plus aisés. Mécanisme : le montant remboursé est proportionnel au coût réel de garde, et les ménages aisés choisissent des modes de garde plus coûteux (gardes à domicile). La prestation n'est pas un plancher mais un pourcentage.

⑥ L'APL capturé par les propriétaires

En zones tendues, 50 à 80 % du montant APL est absorbé par les loyers. Le locataire ne bénéficie pas de l'aide : c'est le propriétaire qui perçoit indirectement le transfert d'État. La France verse 17,4 Md€ d'APL dont une fraction seulement améliore le pouvoir d'achat réel des locataires.

10 · Think tanks

Six regards sur les transferts aux ménages

IPP, IFRAP, OFCE, Institut Montaigne, Terra Nova, Cour des Comptes : convergences et divergences sur le diagnostic et les réformes à mener. Ce que la recherche dit — et ce sur quoi tout le monde s'accorde.

🔬 IPP — Institut des Politiques Publiques

Thèse centrale : Non-recours massif = échec de l'État à délivrer les droits ouverts. Réforme prioritaire : automatisation des droits via les données DSN/DGFiP. Leur microsimulation TAXIPP montre que la fusion RSA + prime d'activité augmenterait le revenu de 800 k ménages modestes à coût constant.

Référence : "Le non-recours aux transferts sociaux", IPP Policy Brief n°82, 2023

📊 IFRAP — Fondation pour la Recherche sur les Administrations

Thèse centrale : Le système est une trappe à dépenses croissantes sans conditionnalité. Propose la dégressivité universelle ARE dès 4 mois (économie 3-4 Md€/an), le plafonnement CMG au Q3, et la suppression de 4 minima marginaux. L'IFRAP calcule 12 Md€ d'économies possibles sur le bloc sans atteindre les plus vulnérables.

Référence : "Réforme des transferts sociaux", IFRAP, 2024

📈 OFCE — Observatoire Français des Conjonctures Économiques

Thèse centrale : Les transferts aux ménages ont un fort multiplicateur budgétaire (0,8-1,2) car ils sont consommés immédiatement. Réduire trop vite crée une contraction de demande. Recommande de maintenir les transferts les plus ciblés (RSA, prime activité) et de réformer les moins redistributifs (ARE haut de barème, CMG).

Référence : Prévisions 2024-2025, OFCE Policy Brief n°122

🏛️ Institut Montaigne

Thèse centrale : L'Allocation Sociale Unique (fusion des 11 minima) est la réforme structurelle inévitable. Économie de gestion : 1,5 Md€/an. Meilleure lisibilité = moins de non-recours. Recommande aussi la sortie progressive de l'APL en zones très tendues via un système de chèque-logement portable (aide suit la personne, pas le logement).

Référence : "Réforme du système de protection sociale", Institut Montaigne, 2023

🌿 Terra Nova

Thèse centrale : Les trappes à inactivité sont réelles mais surestimées par les libéraux. La solution n'est pas de réduire les transferts mais de rendre le travail plus rémunérateur via une hausse du SMIC et une meilleure prise en charge des frais (transport, garde). Terra Nova défend l'automatisation des droits et la fusion partielle des minima.

Référence : "Vers un revenu universel d'activité", Terra Nova, 2023

⚖️ Cour des Comptes

Thèse centrale : Le non-contrôle des critères d'attribution AAH est la principale anomalie de gestion. Les 101 MDPH appliquent des critères hétérogènes sans audit national. La Cour évalue à 0,5-1 Md€/an le surcoût de cette hétérogénéité. Sur l'ARE, la Cour valide la réforme 2023 mais recommande d'aller plus loin sur la dégressivité.

Référence : Rapport sur l'AAH, Cour des Comptes, 2022

Point de convergence remarquable : IPP, IFRAP, Institut Montaigne et Cour des Comptes s'accordent tous sur deux réformes prioritaires : (1) l'automatisation des droits via les données DSN/DGFiP pour réduire le non-recours, et (2) l'harmonisation nationale des critères AAH entre les MDPH. Ces deux mesures sont techniquement faisables, politiquement peu sensibles, et génèrent des gains nets de 1 à 2 Md€/an.
11 · À l'étranger

Ce que la France n'a pas encore testé

Danemark, Pays-Bas, Allemagne, Finlande, Royaume-Uni, Australie : six systèmes qui ont résolu différemment les mêmes problèmes. Dont une leçon négative (UK) qui vaut autant que les succès.

🇩🇰 Danemark — La flexicurité

ARE à 90 % du salaire (plafond) mais activation obligatoire dès le premier jour. Budget formation/activation : 2 % du PIB (France : 0,4 %). Résultat : taux d'emploi 75 % vs 68 % en France. La générosité est conditionnelle à la participation active. Coût total chômage/activation : équivalent à la France mais avec un retour à l'emploi deux fois plus rapide.

🇳🇱 Pays-Bas — Aide au logement ciblée

L'aide au logement néerlandaise (Huurtoeslag) est calculée sur le revenu réel mensuel mis à jour automatiquement. Zéro délai, zéro effet de seuil. Le montant est inversement proportionnel au revenu avec une décroissance lisse (pas de falaise). Coût inférieur à l'APL française malgré un parc locatif social plus important. Non-recours quasi nul grâce à l'intégration au système fiscal.

🇩🇪 Allemagne — Bürgergeld (2023)

Remplace Hartz IV. Période de stabilisation de 6 mois (pas de pression à la reprise immédiate), puis activation obligatoire. Priorité à la formation longue (jusqu'à 3 ans financée). Allocation unique remplaçant 4 minima distincts. Résultat : simplification administrative, meilleure lisibilité, mais transition difficile (6 mois de chaos informatique). Leçon : la simplification est difficile, pas impossible.

🇫🇮 Finlande — Revenu de base expérimental

Expérimentation 2017-2018 : 2 000 chômeurs reçoivent 560 €/mois sans conditions. Résultat : légèrement meilleur retour à l'emploi (+6 jours/an) et bien-être subjectif en hausse significative. Leçon : déconditionner partiellement les minima ne détruit pas l'incitation au travail — elle améliore la santé mentale, ce qui facilite le retour à l'emploi. Non répliqué à grande échelle (coût de généralisation prohibitif).

🇬🇧 Royaume-Uni — Universal Credit : la leçon négative

Fusion de 6 prestations en un Universal Credit (lancé 2013, déployé jusqu'en 2024). Bonne idée de simplification — exécution catastrophique. Premier versement à 5 semaines (vs immédiat pour les anciennes prestations). 1,5 M de personnes sans ressources pendant la transition. 40 % des bénéficiaires en situation d'endettement à la premiere année. Leçon : la fusion des minima est juste ; la transition doit être gérée avec délicatesse et filets de sécurité.

🇦🇺 Australie — Automatisation des droits

Le système Centrelink utilise le croisement automatique des données fiscales, sociales et d'emploi pour calculer en temps réel les droits à chaque prestation. Chaque citoyen a un "dossier social" intégré mis à jour automatiquement. Non-recours marginal (< 5 %). Coût de gestion : 2 % des dépenses sociales vs 4-6 % en France. Attention : le projet "RoboDebt" (recouvrement automatique des indus) a tourné au scandale en 2019 — l'automatisation n'est pas infaillible.

12 · Productivité · Potentiel 5–10 Md€/an

Huit mesures sans toucher aux plus vulnérables

Des mesures concrètes, chiffrées, appuyées sur des expériences internationales documentées. Ni coupes brutales ni réforme impossible : de la rationalisation intelligente qui préserve la protection des ménages les plus fragiles.

#MesureMécanismeRéférenceGain estimé (Md€/an)
1 Automatisation des droits via DSN/DGFiP Croisement automatique bases DSN, DGFiP, CNAF → calcul en temps réel → notification proactive des ayants droit. Réduit le non-recours ET les indus. Modèle australien Centrelink (sans le RoboDebt). IPP 2023, Montaigne 2023 +2,0 à +3,0
2 Dégressivité ARE universelle dès 6 mois Appliquer une dégressivité de 5 %/mois dès 6 mois à tous les allocataires (pas seulement au-delà de 4 500€/mois). Modèle : réforme Dussopt étendue. Impact principal sur les profils cadres 3 000-4 500 €/mois. IFRAP 2024, Cour des Comptes 2022 2,0 à 3,0
3 Prime de retour à l'emploi ARE (50 % des droits résiduels) Tout allocataire ARE reprenant un emploi avant épuisement de ses droits perçoit 50 % du reliquat en capital. Accélère le retour à l'emploi, réduit la durée d'indemnisation. Modèle danois (activation bonus). Unedic 2023, OFCE 2022 0,5 à 1,2
4 Allocation Sociale Unique (fusion 11 minima) Remplacer les 11 minima par une prestation unique différenciée selon situation (emploi, handicap, âge). Économie de gestion : 1,5 Md€/an (rapport Sirugue). Risque : transition UK. Solution : transition sur 5 ans avec double-flux. Rapport Sirugue 2016, Montaigne 2023 1,0 à 1,5
5 APL : chèque-logement portable en zones tendues Remplacer l'APL par un chèque nominatif non-transmissible au bailleur (le locataire paie le loyer puis est remboursé, pas un pré-paiement). Réduit la capitalisation propriétaires. Modèle néerlandais partiel. IPP 2022, Montaigne 2023 0,8 à 1,5
6 Harmonisation nationale des critères AAH (audit MDPH) Audit IGAS des 101 MDPH. Référentiel national d'attribution pour les 20 pathologies les plus fréquentes. Réduit l'hétérogénéité de ±40 % entre départements identifiée par l'IGAS 2022. IGAS 2022, Cour des Comptes 2022 0,5 à 1,0
7 Plafonnement du CMG par quintile de revenu Rendre le CMG strictement dégressif : Q4 reçoit 50 % du Q1, Q5 reçoit 25 % du Q1. Actuellement Q5 capte 30 % de la masse. Réorientation vers les ménages modestes sans réduire le nombre total de bénéficiaires. IPP 2023, CNAF 0,4 à 0,7
8 Data-mining fraudes et indus systématiques Croisement automatique bases CNAF-DGFiP-DSN-ACOSS pour détection des indus (situations non déclarées, doubles perceptions, fraudes identifiées). La CNAF détecte 2,6 Md€/an d'indus — mais n'en récupère qu'une fraction. Objectif : +30 % de taux de recouvrement. CNAF Rapport 2023, IGF 2022 0,5 à 0,8
TOTAL estimé (8 mesures combinées) 5 à 10 Md€/an
📌 Principe directeur : Aucune de ces 8 mesures ne réduit les droits des ménages les plus vulnérables (Q1 RSA, AAH, ASPA). Toutes agissent sur l'efficience de l'allocation de ces 147 Md€ de prestations en espèces (sous-ensemble estimé) — en ciblant mieux, en réduisant les coûts de gestion, en accélérant le retour à l'emploi, en éliminant les effets d'aubaine dans les tranches hautes. C'est une productivité de la dépense sociale, pas une austérité sociale.
5-10 Md€
Gain annuel total estimé
3–7 %
Du sous-ensemble estimé de 147 Md€ — sans toucher aux plus vulnérables
5 ans
Horizon réaliste de montée en charge
8
Mesures complémentaires et non exclusives

D7Autres transferts courants — historique et perspective

Bloc normalisé, identique sur toutes les fiches de composante du site : même intitulé comptable, même profondeur d'historique, mêmes contrôles. Montants en milliards d'euros courants.

Historique 2016-2025 — comptabilité nationale
Md€2016201720182019202020212022202320242025
D7 · Autres transferts courants71,169,974,776,983,889,192,094,193,594,0
en % des dépenses publiques5,65,35,65,75,96,05,95,95,65,5
+22,9 Md€2016 → 2025
+32,2 %variation sur 10 ans
+3,2 %par an en moyenne
5,6 → 5,5 %poids des dépenses publiques
Lecture

En dix ans, ce poste a augmenté de 22,9 Md€ (+32,2 %), soit +3,2 % par an en moyenne. Son poids dans l'ensemble des dépenses publiques est passé de 5,6 % en 2016 à 5,5 % en 2025 (−0,1 point). Le maximum de la période est atteint en 2023 (94,1 Md€), le minimum en 2017 (69,9 Md€).

Perspective d'évolution

D7 est le poste de dépense le plus stable de la décennie : 94,1 Md€ en 2023, 93,5 en 2024, 94,0 en 2025. Il contient notamment la contribution française au budget de l'Union européenne et l'aide publique au développement, dont les montants relèvent d'engagements pluriannuels. Peu de raisons d'anticiper une inflexion propre à court terme.

Cadrage d'ensemble — OFCE, prévisions d'avril 2026 : déficit public −5,1 % du PIB en 2025, −4,8 % en 2026, −4,4 % en 2027 ; dette 115,6 % → 118,3 % → 119,8 % du PIB. La loi de finances pour 2026 porte l'effort sur la sécurité sociale (≈ 4 Md€) et les collectivités (≈ 3 Md€), avec une hausse du budget de la défense (+0,2 point de PIB).

Sources. Historique : Insee, jeu de données « Comptes des administrations publiques » publié sur data.gouv.fr (API Melodi DD_CNA_APU, millésime des comptes 2025 provisoires — contrôle de cohérence : capacité de financement B9 = −152,5 Md€). Pour les opérations que l'Insee ne diffuse pas en version consolidée sur ce jeu (D7, D9, D91), la source est Eurostat, table gov_10a_main (base 2020, secteur S13), qui publie la même comptabilité nationale transmise par l'Insee au titre du règlement européen. Détail par impôt : Insee, tableau Impôts et cotisations sociales 1995-2025. Perspective : OFCE, prévisions d'avril 2026 ; COR, rapport de juin 2025 ; OFGL, rapport 2025 ; loi de finances pour 2026. 2025 = provisoire (p), 2024 = semi-définitif (sd). Référentiel comptable, sources et méthode →