🇫🇷 Finances Publiques
🏛️ Finances locales
Zoom Finances Publiques · Mai 2026 Mis à jour août 2026 — Comptes des APU 2025 (Insee, mai 2026, via data.gouv)

D41 · Intérêts versés par les APU — 67,5 Md€ (2025) (dépenses d'intérêts)

La charge invisible qui dévore le budget — 55,5 Md€ en 2023, 62,2 Md€ en 2024 (semi-définitif), 67,5 Md€ en 2025 (provisoire), vers 80 Md€ en 2028 · convention Insee, hors Sifim

· Sources : INSEE comptes nationaux, AFT, Eurostat, PLF 2025-2026, FIPECO, Cour des Comptes
📐 Périmètre et source

Montant de référence du site : D41 · intérêts versés par les APU = 67,5 Md€ en 2025 (provisoire). Il s'agit de l'opération D41 du SEC 2010 — intérêts versés par l'ensemble des administrations publiques (État, ODAC, collectivités locales, organismes de sécurité sociale dont la CADES) — dans la convention Insee du tableau « Comptes nationaux des administrations publiques ».

D41 — Intérêts versés par les APU (Md€) 2023 2024 (semi-déf.) 2025 (prov.)
Convention Insee — référence du site 55,5 62,2 67,5
Convention Eurostat (gov_10a_main, avec Sifim) 53,4 60,1 66,6

Deux conventions, un écart de ~2 Md€. Le tableau Insee des comptes des APU présente les consommations intermédiaires hors Sifim (services d'intermédiation financière indirectement mesurés) et les rattache aux intérêts ; Eurostat retient le traitement inverse. D'où un D41 Eurostat supérieur de 1,9 à 2,4 Md€ à celui de l'Insee. Le site retient la convention Insee.

À ne pas confondre avec la « charge de la dette » du budget de l'État (mission Engagements financiers de l'État, programme 117 : ~55-60 Md€ selon l'exercice). Ce dernier agrégat est en comptabilité budgétaire et ne couvre que l'État : il exclut les intérêts des collectivités locales et ceux de la sphère sociale (CADES), et retient une comptabilisation de caisse différente des droits constatés du SEC 2010. Périmètres distincts : les deux montants ne sont ni additionnables ni substituables.

Source : Insee, « Comptes nationaux des administrations publiques — année 2025 », premiers résultats, mars 2026. Détail par opération : Eurostat, gov_10a_main, base 2020.

📐 Définition & périmètre D41

Dans la nomenclature SEC 2010 (Système Européen des Comptes nationaux), le code D41 désigne les intérêts versés par les Administrations Publiques (APU) à leurs créanciers. C'est la charge annuelle de la dette — à distinguer du stock de dette lui-même.

D41 ≠ Remboursement de la dette. Les remboursements de principal (OAT à l'échéance) ne figurent pas dans D41 : ce sont des flux de capital qui n'apparaissent pas dans le solde des APU. Seul le flux d'intérêts (loyer de l'argent emprunté) est enregistré en D41 — et c'est ce flux qui dégrade le déficit.

Ce que D41 comprend

InstrumentExemple France
Intérêts sur OAT (long terme)Coupons annuels OAT 10/30 ans
Intérêts sur BTF (court terme)Taux de rendement BTF <1 an
Intérêts sur OATi (indexées)Coupon réel + indexation HICP
Intérêts sur prêts intragroup.CADES sur marché
Intérêts sur dette APULEmprunts collectivités (Caisse des Dépôts)

Ce que D41 exclut

FluxTraitement SEC 2010
Remboursements en capitalHors déficit (flux financier)
Primes/décotes à l'émissionAmortis sur la durée de vie
Swaps de taux (netting)D41 net de swaps (rare en France)
Dividendes d'entreprises pub.D42 (revenus distribués)

Périmètre : les 3 sous-secteurs des APU

Ventilation estimée sur 2024 avant révision : les trois montants ci-dessous ne somment pas exactement au total APU révisé (62,2 Md€ en 2024, 67,5 Md€ en 2025 — Insee, comptes des APU 2025). Le détail par sous-secteur 2025 n'est pas encore publié.

~53 Md€
État (S.1311)
OAT + BTF + OATi · estim. 2024 (avant révision)
~5 Md€
ASSO — dont CADES
Caisse d'amortissement dette sociale
~4 Md€
APUL (collectivités)
Communes, départ., régions
67,5 Md€
D41 · Intérêts versés par les APU — 2025 (provisoire)
2,2 % du PIB · 62,2 Md€ en 2024 (sd) · 55,5 Md€ en 2023 · convention Insee
Analogie. Imaginez un ménage qui a 300 000 € de crédit immobilier à 2%. Il rembourse ~6 000 €/an d'intérêts. Si les taux passent à 3,5%, les prochains emprunts coûtent 75% de plus. La charge monte progressivement au rythme des renouvellements. C'est exactement la dynamique de la France depuis 2022.

📈 Évolution historique 2000-2025

50 Md€
2007 (pic pré-crise)
2,7 % PIB
38 Md€
2021 (plancher QE)
1,6 % PIB — minimum historique
62,2 Md€
2024 (semi-définitif)
2,0 % PIB · +53% vs 2021
67,5 Md€
2025 (provisoire)
2,2 % PIB · +6,6 Md€ vs 2024
D41 APU — Montant Md€ et % PIB · Sources : INSEE, comptes des APU 2025 (mai 2026) — 2024 semi-définitif, 2025 provisoire
2000-2007 — L'ère de la dette sans tension.

D41 oscille entre 37 et 51 Md€ (2,4-2,7% PIB). La dette monte (+20 pts PIB) mais les taux restent modérés. Pas d'alerte : l'illusion d'un coût gérable.

2008-2012 — La crise puis la hausse des spreads.

La dette explose (+25 pts PIB en 4 ans) mais les taux BCE s'effondrent. D41 monte peu. 2012 : pic à 54 Md€, mais la BCE sauve l'euro ("whatever it takes" — Draghi).

2013-2021 — L'âge d'or du QE : la charge s'effondre.

Le programme d'achats d'actifs de la BCE (PSPP, PEPP) écrase les taux. L'OAT 10 ans passe de 2,5% (2013) à 0,1% (2021). D41 chute de 54 à 38 Md€ malgré une dette qui continue de croître. Un cadeau inédit — et temporaire.

2022-2025 — Le retour du réel.

L'inflation oblige la BCE à remonter ses taux de -0,5% à +4% en 14 mois. Les nouvelles OAT s'émettent à 2,5-3,5%. La charge remonte : 44 Md€ (2022), 55,5 Md€ (2023), 62,2 Md€ (2024, semi-définitif), 67,5 Md€ (2025, provisoire). Délai : la maturité longue (8 ans) amortit le choc — mais il est inévitable.

🔍 Décomposition par sous-secteur APU

Les APU regroupent 3 sous-secteurs. Leur poids dans D41 reflète la structure de la dette publique française.

D41 par sous-secteur (Md€) · Ventilation estimée (avant révision) — total APU 2024 révisé à 62,2 Md€ (Insee, mai 2026) ; détail par sous-secteur 2025 non encore publié

État (S.1311) — 85% du D41

La quasi-totalité de D41 provient de l'État. La dette négociable de l'État atteint ~2 350 Md€ fin 2024, gérée par l'AFT via :

  • OAT (taux fixe, 2-50 ans) : base de la charge
  • BTF (<1 an) : exposés aux taux courts
  • OATi (indexées inflation) : volatiles depuis 2022
OAT long terme~70%
OATi (indexées)~17%
BTF (court terme)~13%

ASSO — CADES ≈ 5 Md€

La CADES (Caisse d'Amortissement de la Dette Sociale) rembourse la dette cumulée de la Sécurité sociale. Elle émet ses propres obligations et paye des intérêts comptabilisés en D41 des ASSO. Le transfert COVID-19 (136 Md€) a allongé sa mission jusqu'en 2033.

APUL — collectivités ≈ 4 Md€

Les 50 000+ collectivités territoriales empruntent principalement auprès de la Banque des Territoires (Caisse des Dépôts) et du marché. Leur dette (~240 Md€) est soumise à une règle d'or : seul l'investissement peut être financé par l'emprunt. Les intérêts sont stables car la dette locale croît modérément.

D41 État : ventilation par instrument (2024 estimé)

InstrumentStock (Md€)Taux moyenCharge D41 (Md€)% du D41 État
OAT taux fixe~1 600~2,0%~3260%
OATi (indexées)~270~3,5% (réel+inf.)~917%
BTF (taux variable)~260~3,5%~917%
Autres (prêts, dépôts)~80~36%
Total État~2 210~2,3%~53100%

⚙️ Mécanique & déterminants

La formule fondamentale

D41 = Stock_dette × Taux_apparent_moyen + Indexation_OATi

Deux variables pilotent D41 : le stock de dette (qui croît chaque fois qu'il y a un déficit) et le taux apparent moyen (taux moyen payé sur l'ensemble du stock en circulation).

La dynamique du taux apparent

Le taux apparent est un taux moyen de portefeuille, pas le taux de marché du jour. Il monte lentement car la dette a une maturité longue (~8 ans) : seule une fraction du stock est renouvelée chaque année.

Règle empirique : Si les taux de marché montent de 100 pb, l'impact sur D41 est d'environ +1,5 Md€ la 1ère année (BTF et renouvellements courts), et atteint +13-14 Md€/an après 10 ans (renouvellement complet du stock OAT).
AnnéeOAT 10 ansTaux apparent stock
20190,15%1,54%
20210,10%1,35%
20221,95%1,42%
20232,82%1,72%
20242,80%~2,10%
2027 (proj.)2,70%~2,60%
2030 (proj.)2,70%~2,70%

Les 3 moteurs de hausse

MOTEUR 1 Stock croissant

Déficit annuel massif (169,1 Md€ soit 5,8% PIB en 2024 ; 152,5 Md€ soit 5,1% en 2025) : la dette atteint 3 306,1 Md€ fin 2024 (112,6% PIB) puis 3 460,5 Md€ fin 2025 (115,7%). Plus le stock est grand, plus la base d'application des intérêts est large. Même à taux constant, D41 monte mécaniquement.

MOTEUR 2 Normalisation des taux

Le renouvellement progressif des OAT à maturité remplace des coupons ultra-bas (0,1-0,5% émis 2015-2021) par des coupons actuels (~2,5-3%). Le rattrapage est inévitable.

MOTEUR 3 Indexation inflation (OATi)

~270 Md€ de dette indexée sur l'inflation européenne (HICP). Quand l'inflation flambe, le principal et les coupons gonflent immédiatement.

L'équation de soutenabilité (Domar)

La dynamique du ratio dette/PIB obéit à la formule de Domar :

Δ(D/Y) = (r - g) × (D/Y) - s

r = taux d'intérêt apparent · g = croissance nominale PIB · D/Y = dette/PIB · s = excédent primaire (%PIB)

Situation France 2024 (comptes révisés) : r ≈ 2,1% · g ≈ 2,7% → (r-g) = -0,6% → effet boule de neige favorable (la croissance nominale compense le coût de la dette). Mais s ≈ -3,8% PIB en 2024 (déficit -5,8% dont ~2,0 pt d'intérêts), ramené à ≈ -2,9% en 2025 (déficit -5,1% dont ~2,2 pt d'intérêts). Résultat : la dette continue d'augmenter (112,6% PIB fin 2024 → 115,7% fin 2025). En 2026-2027, si r rattrape g, l'effet boule de neige s'inverse.
OAT 10 ans vs taux apparent sur stock · Sources : AFT, Banque de France

🌡️ L'effet OATi : quand l'inflation double la facture

Choc 2022-2023 sous-estimé. La France détient ~270 Md€ d'OAT indexées sur l'inflation européenne (HICP). Quand l'inflation a bondi à 8-10% en 2022-2023, ces titres ont généré une charge exceptionnelle de +13 Md€ rien que sur 2022. Ce choc a été quasi invisible dans le débat public.
270 Md€
Stock OATi fin 2024
~12% de la dette État
+13 Md€
Surcoût OATi 2022
Inflation HICP à 8,6%
+7 Md€
Surcoût OATi 2023
Inflation HICP à 5,4%
~3 Md€
Surcoût OATi 2024
Inflation HICP normalisée à 2,4%
D41 État hors/avec OATi — décomposition de l'effet inflation · Estimations

Pourquoi la France émet-elle autant d'OATi ?

Les OATi offrent aux investisseurs une protection contre l'inflation. En période de taux bas, l'AFT les émettait à des coupons réels négatifs (= l'État était payé pour s'endetter en termes réels). Cette stratégie était rationnelle quand l'inflation était durablement faible — elle s'est avérée coûteuse lors du retour de l'inflation.

Avantage : En déflation ou faible inflation, les OATi coûtent moins cher que les OAT nominales. Elles diversifient la base d'investisseurs.
Risque : Exposition directe aux chocs d'inflation. Un retour à 5% d'inflation = +13 Md€/an de D41 automatiquement.

La France est, avec l'Italie, l'un des pays qui a le plus recours aux obligations indexées en zone euro. En comparaison, l'Allemagne émet très peu d'indexées (Bund linker <5% du stock).

🔭 Projections 2025-2030

Les projections de D41 dépendent de 3 variables : la trajectoire du déficit (→ stock), le niveau des taux à l'émission, et l'inflation (→ OATi). Le PLF 2025 et les documents LPFP fournissent une trajectoire officielle, contredite par plusieurs organismes indépendants.

Trajectoire officielle vs scénarios alternatifs

📉 Scénario favorable

72 Md€

2028 — OAT 10 ans à 2,5%, déficit à 3% PIB en 2027, inflation <2%. Stock stabilisé à 115% PIB.

↔ Scénario central

80 Md€

2028 — OAT 10 ans à 3%, déficit à 3,5% PIB, inflation à 2,2%. Projection consensus OFCE/Trésor.

📈 Scénario adverse

95 Md€

2028 — OAT 10 ans à 4%, spread creusé à 100 pb, inflation retour à 4%, déficit sans ajustement.

Projections D41 2024-2030 — 3 scénarios · 2024-2025 : réalisé (Insee, comptes des APU 2025) · Sources : PLF 2025, OFCE, Cour des Comptes, estimations

Le calendrier du renouvellement

Le mécanisme clé est la maturité moyenne de la dette (~8 ans). Cela signifie qu'en 2024, on renouvelle les OAT émises en 2016 (à ~0,5%). En 2029, ce seront celles de 2021 (à ~0,1%). Chaque renouvellement à des taux actuels (~2,5-3%) crée un surcoût annuel irréversible.

Année PLFD41 prévu (Md€)% PIBHypothèse taux OATVs. réalisé
2024 (réalisé, sd)62,22,0%
2025 (PLF 2025)65~2,4%3,1%Réalisé : 67,5 (2,2% PIB, prov.)
2026 (LPFP 2023)70~2,5%3,2%Risque à la hausse
2027 (PLF 2027 cible)74~2,6%3,1%Optimiste
2028-2030 (Cour CdC)80-90~2,7-3%3,0-3,5%Risque majeur
Signal d'alarme de la Cour des Comptes (2024) : D41 pourrait devenir le 1er poste de dépense de l'État (avant l'Éducation nationale) avant 2030 si aucun ajustement structurel n'est engagé. "L'effet boule de neige guette" — Rapport Cour des Comptes, juin 2024.

🌍 Comparaisons internationales

La France n'est pas seule confrontée à la hausse de D41 — mais sa position est particulièrement défavorable au sein des pays du G7 et de la zone euro.

Dépenses d'intérêts APU en % PIB (2023) · Source : Eurostat, FMI Fiscal Monitor 2024 · France : D41 2023 = 53,4 Md€ en convention Eurostat (55,5 Md€ en convention Insee), soit 1,9 % du PIB

Tableau comparatif détaillé

Pays D41 (% PIB, 2023) Dette (% PIB) OAT/Bund 10 ans Tendance
🇫🇷 France1,9%111%2,8%⬆ Forte hausse
🇩🇪 Allemagne0,9%62%2,3%↗ Hausse modérée
🇮🇹 Italie4,0%137%3,8%⬆ Crise permanente
🇪🇸 Espagne2,5%107%3,3%⬆ Hausse
🇧🇪 Belgique3,1%105%3,0%⬆ Forte hausse
🇺🇸 États-Unis3,5%122%4,2%⬆ Accélération
🇯🇵 Japon1,0%264%1,0%→ Stable (taux captifs)
🇬🇧 Royaume-Uni3,8%100%4,1%⬆ Hausse OATi UK +5%
🇸🇪 Suède0,6%30%2,4%→ Très stable
🇳🇱 Pays-Bas0,8%44%2,6%→ Sous contrôle
Zone euro (moy.)2,0%90%↗ Hausse

Les leçons des pays exemplaires

🇸🇪 Suède — La règle d'excédent qui libère

Après la crise de 1990 (dette à 80% PIB), la Suède a adopté une règle d'excédent structurel de 1% PIB. En 30 ans, la dette est passée de 80% à 30% PIB. D41 = 0,6% PIB. Le budget n'est plus otage des marchés.

🇩🇰 Danemark — Remboursement actif

Le Danemark génère des excédents primaires depuis les années 1990. Il rachète activement sa propre dette sur le marché. Résultat : D41 quasi nul (<0,5% PIB). Chaque point de dette remboursé = économie définitive.

🇨🇦 Canada 1995-2000 — Le tournant radical

En 1995, D41/PIB était à 6% (crise de notation). Le gouvernement Chrétien a coupé les dépenses de 20% en 3 ans, générant des excédents primaires. En 10 ans, D41 est passé de 6% à 2,5% PIB. Le Canada est redevenu triple-A.

🇯🇵 Japon — Le contre-exemple

264% PIB de dette, mais D41 à seulement 1% PIB grâce à des taux ultra-bas (Banque du Japon détient 60% de la dette). Attention : ce modèle n'est pas transposable en France — il repose sur une devise propre, une épargne captive, et une déflation persistante.

📊 Sensibilité aux taux

La question centrale : que se passe-t-il si les taux montent de 100 pb de plus ? La réponse n'est pas immédiate — elle se diffuse progressivement via le renouvellement du stock.

Sensibilité de D41 à une hausse de taux de 100 pb (par rapport au scénario central) · Calculs

Tableau de sensibilité annuelle à +100 pb

HorizonImpact sur D41 ÉtatMécanisme
Année 1+1,5 à 2 Md€BTF (~260 Md€) + renouvellements immédiats
Année 3+5 à 7 Md€Renouvellement OAT 2-5 ans
Année 5+8 à 10 Md€OAT 5-10 ans renouvelées
Année 10+13 à 15 Md€Quasi-totalité du stock repassée aux nouveaux taux
Simulation spread creusement : Si le spread OAT-Bund passe de 50 pb à 120 pb (scénario crise de confiance), la France paie 70 pb de plus sur chaque nouvelle émission. Sur un programme annuel de 300 Md€, c'est +2,1 Md€ de charge immédiate — et une accumulation sur le stock qui monte à +10 Md€/an après 5 ans.
La "bonne nouvelle" relative : La duration moyenne de 8 ans est un bouclier partiel. L'Allemagne a une duration de 7 ans, l'Italie de 7,3 ans. La France n'est pas particulièrement vulnérable structurellement — mais son stock de dette et son déficit primaire la rendent sensible à l'effet boule de neige.

Les 3 scénarios de taux 2025-2028

ScénarioOAT 10 ans 2027D41 2028 (Md€)% PIB
🟢 Détente (BCE accommodation)2,0%722,4%
🟡 Central (atterrissage progressif)2,8%802,7%
🔴 Stress (choc externe + politique)4,2%953,2%

💡 Enjeux budgétaires & pistes de réforme

D41 : l'effet d'éviction silencieux

Chaque euro de D41 est un euro de moins pour les services publics. En 2025, la charge d'intérêts des APU (67,5 Md€, après 62,2 Md€ en 2024 et 55,5 Md€ en 2023) représente :

1,4 ×
Budget de la Défense
LPM 2024 : 47 Md€
2,7 ×
Budget de la Justice
Justice + Sécurité : ~24 Md€
3,6 ×
Budget de la Recherche
MESRI recherche : ~18 Md€
10 %
Recettes totales État
1 € sur 10 part en intérêts
Trajectoire vers le 1er poste : Si D41 atteint 80 Md€ en 2028 (scénario central), la charge d'intérêts dépasserait le budget de l'Éducation nationale (actuellement le 1er budget de l'État à ~62 Md€). C'est un seuil politique majeur.

Les leviers d'action

Levier 1 — Excédent primaire : l'unique solution durable

Seul un excédent primaire (recettes > dépenses hors intérêts) permet de stabiliser puis réduire le ratio dette/PIB. Le solde primaire de la France est déficitaire d'environ 3,8% PIB en 2024 et 2,9% en 2025 (comptes révisés Insee). Un retour à 0 nécessite ~85-90 Md€ d'ajustement cumulé. Délai réaliste : 5-7 ans.

Levier 2 — Allongement de la maturité

L'AFT peut émettre davantage d'OAT 30-50 ans pour "verrouiller" les taux actuels (~3%) sur longue période. Si les taux montent, ces titres auront coûté moins cher. Risque : si les taux baissent, on aura surpayé. La France a une bonne expertise (OAT 50 ans actives).

Levier 3 — Réduction du stock (désendettement actif)

Des pays comme le Danemark rachètent activement leur dette. En France, cela supposerait des excédents budgétaires — horizon lointain. Une privatisation massive (à la Balladur 1993 en plus grand) pourrait théoriquement racheter de la dette, mais les actifs publics restants sont limités.

Levier 4 — Réduire la part d'OATi

L'AFT pourrait progressivement réduire la part d'OATi dans les nouvelles émissions. Le marché y est sensible — cela réduit l'appétit des assureurs et fonds de pension qui les prisent. Un rééquilibrage progressif (de 12% à 8% du stock) sur 10 ans est possible sans choc.

Ce qui ne marche pas

Idée souvent évoquéePourquoi inefficace
"Monétisation par la BCE"Interdit par les Traités (art. 123 TFUE). La BCE achète sur le marché secondaire, pas directement.
"Restructuration de la dette française"Déclencherait une crise systémique de l'euro. La dette française est détenue à 50%+ par des assureurs/fonds européens.
"Répression financière" (imposer des taux bas)Possible en économie fermée (Japon). En zone euro avec capitaux libres, les investisseurs fuiraient vers le Bund.
"Croissance résout tout"Vrai à long terme, mais +1 pt PIB de croissance = -0,3 pt dette/PIB/an. Effet trop lent vs urgence.
Le modèle à suivre — Canada 1995-2000 : En 3 ans, Ottawa a réduit ses dépenses de 20%, généré 3 excédents primaires consécutifs. La notation est remontée à AAA, les investisseurs sont revenus, les taux ont baissé — créant un cercle vertueux. La leçon : la crédibilité budgétaire fait baisser les taux, ce qui allège D41 et crée des marges pour d'autres dépenses. Mais cela nécessite un engagement politique non ambiguë sur 5-7 ans.

📚 Sources & méthodologie

Sources primaires

INSEE — Comptes des APU
Séries D41 par sous-secteur (S.1311, S.1312, S.1313)
insee.fr → Comptes nationaux annuels
AFT — Agence France Trésor
Stock de dette, taux apparent, composition par instrument, programme d'émission
aft.gouv.fr → Données de marché
Eurostat — Government Finance Statistics
Comparaisons D41 en % PIB pour les 27 États membres
Eurostat → Gov. Finance Statistics
FMI — Fiscal Monitor 2024
Projections dette et charge d'intérêts, comparaisons G20
imf.org/FM → Annexe statistique

Documents institutionnels

FIPECO — F. Ecalle
Encyclopédie des finances publiques, analyse dette et charge
fipeco.fr → Encyclopédie
Cour des Comptes — Rapport juin 2024
"Perspectives des finances publiques 2025-2027" · Alerte sur D41
ccomptes.fr → Publications
PLF 2025 — Rapport économique, social et financier (RESF)
Trajectoire officielle D41 et hypothèses macro
budget.gouv.fr → PLF 2025
Banque de France — Bulletin
Séries taux OAT, spread OAT-Bund, détention de la dette
banque-france.fr → Statistiques

Note méthodologique

Les données 2024 (semi-définitives) et 2025 (provisoires) proviennent des comptes des administrations publiques 2025 publiés par l'Insee en mai 2026 (base 2020, Insee Première n°2106, dataset data.gouv « Comptes des administrations publiques », maj 07/07/2026) ; la ventilation par sous-secteur et par instrument reste estimée à partir des données AFT. Les données 2025-2030 sont des projections fondées sur les hypothèses macro du PLF 2025 (croissance 1,1% réel, OAT 3,1%) et corrigées par les estimations OFCE et Cour des Comptes. Les comparaisons internationales utilisent les dernières données Eurostat disponibles (exercice 2023, publication 2024). Toutes les séries D41 sont en base APU consolidées (élimination des flux intra-APU).

SEC 2010 D41 APU Charge de la dette OAT · BTF · OATi AFT Soutenabilité Effet boule de neige Comparaisons internationales

D41Intérêts versés — historique et perspective

Bloc normalisé, identique sur toutes les fiches de composante du site : même intitulé comptable, même profondeur d'historique, mêmes contrôles. Montants en milliards d'euros courants.

Historique 2016-2025 — comptabilité nationale
Md€2016201720182019202020212022202320242025
D41 · Intérêts versés42,441,041,736,929,734,850,955,562,267,5
en % des dépenses publiques3,33,13,12,72,12,33,33,53,73,9

Source : Insee, jeu « Comptes des administrations publiques » sur data.gouv.fr. La valeur de 67,5 Md€ précédemment affichée provenait d'un tableau annexe antérieur : elle est corrigée.

+25,1 Md€2016 → 2025
+59,2 %variation sur 10 ans
+5,3 %par an en moyenne
3,3 → 3,9 %poids des dépenses publiques
Lecture

En dix ans, ce poste a augmenté de 25,1 Md€ (+59,2 %), soit +5,3 % par an en moyenne. Son poids dans l'ensemble des dépenses publiques est passé de 3,3 % en 2016 à 3,9 % en 2025 (+0,6 point). Le maximum de la période est atteint en 2025 (67,5 Md€), le minimum en 2020 (29,7 Md€).

Perspective d'évolution

C'est le poste dont la perspective est la mieux documentée, et la plus défavorable. L'OFCE (avril 2026) projette la charge d'intérêts à 2,4 % du PIB en 2026 puis 2,6 % en 2027, après 2,2 % en 2025 — soit, à PIB d'environ 3 000 Md€, un ordre de grandeur de 72 puis 78 Md€ (illustration arithmétique, non un chiffrage officiel). Le mécanisme est mécanique : la dette contractée à taux bas se refinance à des taux plus élevés, et le stock continue de croître (dette projetée à 119,8 % du PIB en 2027).

Cadrage d'ensemble — OFCE, prévisions d'avril 2026 : déficit public −5,1 % du PIB en 2025, −4,8 % en 2026, −4,4 % en 2027 ; dette 115,6 % → 118,3 % → 119,8 % du PIB. La loi de finances pour 2026 porte l'effort sur la sécurité sociale (≈ 4 Md€) et les collectivités (≈ 3 Md€), avec une hausse du budget de la défense (+0,2 point de PIB).

Sources. Historique : Insee, jeu de données « Comptes des administrations publiques » publié sur data.gouv.fr (API Melodi DD_CNA_APU, millésime des comptes 2025 provisoires — contrôle de cohérence : capacité de financement B9 = −152,5 Md€). Pour les opérations que l'Insee ne diffuse pas en version consolidée sur ce jeu (D7, D9, D91), la source est Eurostat, table gov_10a_main (base 2020, secteur S13), qui publie la même comptabilité nationale transmise par l'Insee au titre du règlement européen. Détail par impôt : Insee, tableau Impôts et cotisations sociales 1995-2025. Perspective : OFCE, prévisions d'avril 2026 ; COR, rapport de juin 2025 ; OFGL, rapport 2025 ; loi de finances pour 2026. 2025 = provisoire (p), 2024 = semi-définitif (sd). Référentiel comptable, sources et méthode →