~441 Md€ — première mutation budgétaire. 3 causes : hausse des loyers et de la valeur locative imputée (+70% nominal depuis 2000, FFB/INSEE) ; flambée des prix de l'énergie (+120% entre 2010 et 2023) ; baisse du nombre de personnes par ménage (3,1 → 2,2) qui dilue les charges fixes sur moins de personnes.
~198 Md€ — loi d'Engel à l'œuvre. 3 causes : croissance du revenu nominal qui fait mécaniquement baisser la part alimentaire ; déflation via la grande distribution et le hard discount (Lidl, Aldi) jusqu'en 2021 ; choc inflationniste 2022-2023 (+12,2% en un an, INSEE IPC) qui a temporairement inversé la tendance.
~183 Md€ — recul malgré la hausse du carburant. 3 causes : déflation des prix des véhicules en termes réels (production mondialisée, baisse du coût/km) ; transfert modal vers les mobilités douces en zone urbaine (Navigo, vélo, VTC) ; flambée du carburant 2022 qui a comprimé les autres dépenses de transport.
~137 Md€ — forte hausse du hors-domicile. 3 causes : essor des plateformes de livraison depuis 2017 (UberEats, Deliveroo, +40% de parts en 5 ans) ; rattrapage hédoniste post-COVID 2022-2023 (+8% en volume) ; tertiarisation du travail favorisant le déjeuner hors domicile.
~137 Md€ — remarquable résilience. 3 causes : compression par le logement compensée par la montée des abonnements streaming (Netflix, Spotify, +4M abonnés/an en France) ; vieillissement qui soutient les dépenses de voyages et spectacles ; les ménages protègent leurs loisirs dans les arbitrages budgétaires.
~46 Md€ — contenu grâce aux mutuelles. 3 causes : déremboursements sur l'optique et le dentaire (2008-2018) qui ont gonflé le RAC brut ; développement des complémentaires santé (ANI 2016) absorbant une part croissante du RAC ; réforme 100% Santé (2020) sur lunettes, dentier et auditifs qui a plafonné le reste à charge.
~76 Md€ — poste quasi-inexistant en 2000. 3 causes : diffusion universelle du smartphone et de l'internet haut débit comme biens de première nécessité (97% des ménages, 2024) ; multiplication des abonnements numériques (streaming, cloud, gaming — ~6/foyer) ; stabilisation des forfaits mobiles depuis la disruption Free (2012) qui a freiné la hausse.
~61 Md€ — moins en valeur, plus en volume. 3 causes : déflation des prix liée à la production en Asie du Sud-Est (−40% en termes réels depuis 1990) ; fast fashion (Shein, Zara) qui baisse la valeur unitaire tout en multipliant les achats ; montée de la seconde main (Vinted, 23M utilisateurs France) qui capte une part croissante de la demande.
~244 Md€ — stabilité apparente, mutations internes. 3 causes : recul du tabac/alcool (hausse des accises) compensé par la hausse de l'entretien du logement et de la rénovation ; montée des services à la personne avec le vieillissement et le crédit d'impôt emploi ; expansion des dépenses vétérinaires (+5%/an, 15M animaux de compagnie).
~127 Md€ — premier poste d'épargne (cohérent avec FBCF logement des ménages INSEE ~125 Md€ en 2024). 3 causes : hausse des prix qui gonfle les montants empruntés et remboursés (+140% en IDF depuis 2000, Notaires/FFB) ; rendement nominal moyen de 5,3%/an sur 25 ans — meilleur actif patrimonial France ; baisse des taux 2015-2021 qui a solvabilisé de nouveaux ménages et augmenté les encours.
~45 Md€ — quasi doublement depuis 2000. 3 causes : rendements locatifs nets attractifs face aux taux bas de 2015-2021 ; dispositifs fiscaux incitatifs (Pinel jusqu'en 2024, micro-foncier, déficit foncier) ; recul depuis 2023 avec la remontée des taux (+200 pb) et la fin du Pinel classique.
~52 Md€ (encours total AV : ~1 900 Md€ BdF, dont ~70% fonds €). 3 causes : avantage fiscal successoral unique (abattement 152 500€/bénéficiaire) qui maintient l'attractivité patrimoniale ; rendement servi en baisse (5% en 2000 → 2,5% en 2024, France Assureurs) mais capital garanti rassurant ; transfert progressif vers les UC qui réduit les flux nouveaux en fonds €.
~26 Md€ — 40% des versements AV en 2024 (France Assureurs). 3 causes : rendements fonds € insuffisants face à l'inflation 2022-2023, poussant vers les UC ; surperformance des marchés 2020-2024 (CAC40 +70%) ; incitations des assureurs qui conditionnent l'accès aux fonds € à une part minimale d'UC.
~20 Md€ de flux net (encours : ~930 Md€, BdF) — volatile selon les taux. 3 causes : afflux record COVID 2020 (+60 Md€ en un an) puis normalisation ; rebond en 2022-2023 avec Livret A à 3% et LEP à 4% (records historiques) ; recul net en 2024-2025 avec la baisse des taux réglementés (LEP 3,5% janv. 2025 → 2,4% fév. 2025).
~32 Md€ — forte progression, doublement depuis 2000. 3 causes : diffusion du PER (loi PACTE 2019) avec avantage fiscal à l'entrée (7,3M détenteurs en 2024, DREES) ; surperformance des marchés 2020-2024 attirant 700 000 nouveaux actionnaires (Euronext) ; démocratisation des apps d'investissement (BoursoBank, Trade Republic, Scalable).
~37 Md€ — reflux vers des enveloppes structurées. 3 causes : concentration dans les enveloppes fiscalement balisées (PER, PEA, AV) au détriment des comptes-titres ordinaires ; normalisation post-COVID des dépôts à vue gonflés en 2020-2021 ; sophistication accrue des épargnants qui optimisent leur allocation fiscale.
Le taux d'épargne bondit à 21,4% en 2020 (+6,5 pts vs 2019). Il ne revient jamais à son niveau pre-COVID. En 2024–2025, il s'établit à 18–18,8% — niveau record hors COVID depuis 1981. L'incertitude (retraites, énergie, inflation) a durci le comportement précautionnaire de façon permanente.
La résidence principale représente systématiquement la première destination de l'épargne. Un ménage propriétaire constitue en réalité un patrimoine via son remboursement d'emprunt. Mais les locataires des zones tendues — exclus par les prix — sont structurellement empêchés de cet enrichissement.
Le Livret A + LDDS + LEP oscillent entre 0,8% et 2,5% du RDB. Pic en 2020 (épargne de confinement), puis retour progressif. En 2022–2023, la hausse des taux a ravivé l'attrait de l'épargne réglementée. Le LEP (3,5% net en 2024) a connu un afflux record chez les ménages modestes.
De 22% en 1999 à 29% en 2024. La hausse des loyers (×2,3 depuis 1998 en zone urbaine), des charges d'énergie (+50% depuis 2010) et la montée des dépenses pré-engagées (30,3% du RDB !) absorbent tout gain de pouvoir d'achat. C'est le premier facteur d'appauvrissement relatif des ménages locataires.
De 19% à 13% en 25 ans. À mesure que le revenu nominal croît, la part de l'alimentaire recule mécaniquement. Mais l'inflation alimentaire de 2022–2023 (+12,2% en un an) a violemment rappelé la vulnérabilité des ménages modestes, qui consacrent encore 20–25% de leur budget à se nourrir.
Quasi inexistante en 1999, la communication numérique (mobile, internet fixe, abonnements streaming) représente 5% du budget 2024. Elle a "cannibalisé" l'habillement (-3 pts), une partie du transport (-3 pts) et transformé la structure des loisirs. Le smartphone est devenu un bien de première nécessité.
Le % global reste autour de 12–14%, mais la structure interne s'est transformée. Moins de propriété automobile chez les moins de 30 ans en zone urbaine, explosion des abonnements mobilité (Navigo, VTC, vélopartage). La voiture électrique commence à faire basculer le poste énergie vers le transport.
De 6% à 9% entre 1999 et 2024. Double phénomène : ubérisation de la livraison (UberEats, Deliveroo) chez les moins de 40 ans + montée en gamme de la restauration rapide. La frontière domicile/extérieur s'efface. Ce poste repart à la hausse post-COVID, signe de "rattrapage hédoniste".
Paradoxe : les Français achètent plus de vêtements en volume (×2,5 depuis 1990) mais la déflation des prix (production en Asie du Sud-Est, marques low-cost) a effondré le % du budget. Shein et Zara ont "démocratisé" l'acte d'achat tout en en vidant la valeur économique. L'enjeu environnemental est massif.
Contre 4,0 en 1970 et 2,1 en 2000. La démographie pèse directement sur les prélèvements des actifs et la soutenabilité du système par répartition. En 2050, ce ratio tombera à ~1,2 selon le COR — scénario central.
Contre 45 ans en 1980. On hérite désormais de retraités âgés qui ont eux-mêmes hérité de centenaires. Les flux successoraux (150 Md€/an) bénéficient à des personnes qui n'en ont souvent plus besoin pour "construire leur vie".
Patrimoine moyen des ménages ayant reçu un héritage : 442 000 € vs 238 000 € pour les autres. Les donations (43% des ménages du dernier quintile vs 18% en moyenne) accentuent encore cet écart dès le vivant.
Contrairement à la théorie de Modigliani (on désépargne à la retraite), les retraités français épargnent PLUS que les actifs (25% pour les 60–69 ans vs 11% pour les 30–39 ans). Pourquoi ? Retraites généreuses des générations 1940–1960, épargne de précaution face à la dépendance, et logique de transmission volontaire à leurs enfants.
En mai 2025, la France enregistre son premier solde naturel négatif (plus de décès que de naissances) — deux ans plus tôt que prévu. La part des 65+ atteint 21,8% (vs 16,3% en 2005). Cette bascule démographique va profondément recomposer les flux de revenus, de consommation et d'épargne dans les 20 prochaines années.
Les moins de 40 ans font face à un triple squeeze : loyers absorbant 35–45% du revenu en zone urbaine, retraites incertaines poussant à épargner plus, et salaires d'entrée stagnants en termes réels. Leur taux d'épargne (7–11%) est artificiellement bas — non par désinvolture mais par impossibilité structurelle d'épargner davantage.