De ~16,7 Md€ (record 2022) à ~12,3 Md€ (2025, estimation OFGL) — Reprise partielle après le creux de 2024 (~11,1 Md€) • Taux porté à 6,31 % (83 départements au taux de 5 %) • Recettes des départements • Mécanisme et taux • Dépendance et disparités territoriales • Corrélation immobilier • Comparaison internationale • Procyclicité et pistes de réforme • Sources DGCL, OFGL, DGFiP, Notaires de France, FIPECO, INSEE
~12,3 Md€
DMTO départements 2025 (est.)
+11 % vs 2024 (11,1 Md€) — OFGL / Banque des Territoires
-26 %
Chute depuis le pic 2022
16,7 Md€ → 12,3 Md€ en 3 ans
~16 %
Part DMTO / recettes dépt.
Remontée vs ~14 % en 2024 — effet taux + reprise
6,31 %
Taux maximal applicable
Dont 5,00 % département + 1,20 % commune + 0,107 % État
~945 000
Transactions ancien 2025 (est.)
+12 % vs 2024 — Notaires de France
1. Vue d'ensemble — les DMTO, 1re recette fiscale des départementsEstimation 2025
Les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) sont des taxes perçues lors de chaque transaction immobilière dans l'ancien (ventes de logements, terrains, locaux commerciaux). Prélevés par le notaire au moment de la signature de l'acte de vente, ils sont reversés aux départements, aux communes et à l'État. C'est la première recette fiscale directe des départements, et l'une des plus volatiles du système fiscal français. Après un creux historique en 2024 (~11,1 Md€, DGCL BIS n°201), les DMTO amorcent une reprise en 2025 grâce au rebond des transactions (+12 %) et à la hausse du taux départemental à 5 % votée par 83 collectivités.
Montants 2025 — répartition des DMTO (estimation)
Bénéficiaire
Montant estimé 2025
Commentaire
Départements (taxe de publicité foncière)
~12,3 Md€
Part principale — taux de 5,00 % dans 83 départements (LF 2025), 4,50 % ailleurs. Source : OFGL / Banque des Territoires
Communes (taxe additionnelle)
~3,0 Md€
Taux fixe de 1,20 % du prix de vente
État (prélèvement pour frais d'assiette)
~0,3 Md€
2,37 % du montant des droits (soit ~0,107 % du prix)
Total DMTO (tous bénéficiaires)
~15,6 Md€
Contre ~20,5 Md€ en 2022 — encore -24 % sous le pic
Source : DGCL BIS n°201 (2024 révisé : 11,1 Md€), OFGL 2025, Banque des Territoires (estimation 2025 : +12-14 % vs 2024).
Reprise partielle après un choc historique. Les DMTO des départements sont passés de 16,7 Md€ en 2022 (record absolu, dopé par le boom post-Covid) à ~11,1 Md€ en 2024 (DGCL BIS n°201), soit une chute de -34 % en deux ans. En 2025, la reprise du marché immobilier (~945 000 transactions, +12 %, Notaires de France) et la hausse du taux départemental à 5 % (83 collectivités) portent les DMTO à ~12,3 Md€ (+11 %, estimation OFGL/Banque des Territoires). Mais ce niveau reste 26 % sous le pic de 2022 et comparable à celui de 2018. La baisse des taux de crédit (3,14 % en 2025 vs 3,60 % en 2024, Observatoire Crédit Logement) soutient le rebond.
2. Évolution 2010-2025 — boom, retournement et amorce de repriseDGCL / OFGL / DGFiP
Les DMTO des départements ont suivi un cycle spectaculaire : de 6,5 Md€ en 2010 (sortie de crise) à un record de 16,7 Md€ en 2022 (boom post-Covid), avant de s'effondrer à ~11,1 Md€ en 2024 (DGCL BIS n°201). En 2025, la reprise des transactions (+12 %, Notaires de France) et la hausse du taux départemental à 5 % (83 collectivités, LF 2025) portent les DMTO à ~12,3 Md€ (estimation OFGL/Banque des Territoires). Cette volatilité extrême reflète la corrélation directe entre les DMTO et le marché immobilier (volumes × prix × taux).
Reprise du marché, taux d'intérêt historiquement bas
2016
9,8
+7,7 %
~850 000
Poursuite de la baisse des taux d'emprunt
2017
11,5
+17,3 %
~950 000
Accélération du marché, taux < 1,5 %
2018
12,0
+4,3 %
~970 000
Plateau, début de hausse des prix
2019
12,9
+7,5 %
~1 067 000
Record de transactions — seuil du million franchi
2020
11,3
-12,4 %
~1 024 000
Covid-19 — confinements, blocage notarial Q2
2021
14,4
+27,4 %
~1 170 000
Boom post-Covid — record absolu de transactions
2022
16,7
+16,0 %
~1 120 000
Record DMTO — prix au sommet, volumes encore élevés
2023
13,0
-22,2 %
~869 000
Remontée des taux (1 % → 4 %), chute des volumes
2024
~11,1
-14,6 %
~843 000
Creux du cycle — retour au niveau de 2015 (DGCL BIS n°201)
2025 (est.)
~12,3
+11 %
~945 000
Hausse du taux à 5 % (83 départements) — reprise du marché, taux de crédit en baisse (3,14 %, Crédit Logement)
Volatilité extrême. Les DMTO sont passés de 6,5 Md€ à 16,7 Md€ (+157 %) entre 2010 et 2022, puis ont perdu 5,6 Md€ en seulement 2 ans (16,7 → 11,1 Md€). La reprise de 2025 (+11 %) reste modeste au regard de la chute : les DMTO sont encore 26 % sous leur pic. Cette amplitude est sans équivalent parmi les recettes fiscales locales. À titre de comparaison, la TVA varie de ±5 % d'une année sur l'autre, les DMTO de ±20 %. C'est ce qui en fait une recette « procyclique » problématique pour les départements.
3. Mécanisme — taux, répartition et calculTaux et bénéficiaires
Les DMTO sont perçus sur chaque transaction immobilière dans l'ancien. Depuis la LF 2025, le taux global maximal est de 6,31 % du prix de vente (hors frais de notaire proprement dits) dans les 83 départements et collectivités ayant voté la hausse du taux départemental à 5,00 %. Ce taux se décompose entre trois bénéficiaires.
Composante
Taux (2025)
Bénéficiaire
Remarque
Taxe de publicité foncière (TPF) ou droit d'enregistrement
5,00 %
Département
Nouveau plafond LF 2025 — appliqué par 83 départements et collectivités (actes signés entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2028). Les autres restent à 4,50 %
Taxe communale additionnelle
1,20 %
Commune
Taux fixe, non modulable
Prélèvement pour frais d'assiette et de recouvrement
0,107 %
État
= 2,37 % du droit départemental de 4,50 % (base inchangée)
Total DMTO (taux maximal 2025)
6,307 %
—
Arrondi à 6,31 % — payé par l'acquéreur (vs 5,81 % avant LF 2025)
Barre de répartition visuelle (sur le taux global de 6,31 %)
Département — 5,00 %
Commune — 1,20 %
État
Hausse à 5 % pour les départements (LF 2025) — bilan
La loi de finances pour 2025 a autorisé les départements à relever temporairement leur taux de 4,50 % à 5,00 % pour les actes signés entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2028. Au second semestre 2025, 83 départements et collectivités avaient voté cette hausse (source : La Gazette des Communes, Banque des Territoires), portant le taux global maximal à 6,31 %. La plupart ont prévu une exonération pour les primo-accédants.
Exemple de calcul (2025). Pour un appartement ancien vendu 300 000 € dans un département au nouveau taux de 5,00 % : DMTO = 300 000 × 6,31 % = 18 930 €. Avec l'ancien taux de 4,50 % : DMTO = 300 000 × 5,81 % = 17 430 €, soit +1 500 € pour l'acquéreur. Ces DMTO s'ajoutent aux émoluments du notaire (~1,3 % TTC) et aux frais divers (~400 €), portant les « frais de notaire » totaux à environ 8-9 % du prix.
4. Dépendance des départements aux DMTODisparités territoriales
Les DMTO représentaient en moyenne ~14 % des recettes réelles de fonctionnement des départements en 2024 (contre ~20 % en 2022). En 2025, la part remonte à ~16 % grâce à la hausse du taux et à la reprise des transactions (estimation OFGL). Mais cette moyenne masque des disparités considérables : certains départements tirent plus de 25 % de leurs recettes des DMTO, d'autres moins de 10 %. Les départements à marché immobilier dynamique (littoraux, Île-de-France, Alpes) sont les plus exposés à la volatilité.
Marché immobilier très actif, prix élevés. Forte dépendance aux DMTO
Métropoles régionales et périurbain
150-210 €
15-20 %
Dépendance moyenne, marché dynamique mais moins tendu
Départements ruraux du centre de la France
< 110 €
< 12 %
Marché peu actif, prix bas — DMTO faibles mais aussi moins volatils
Mécanisme de péréquation — le Fonds national DMTO
Un fonds national de péréquation des DMTO a été créé en 2011 pour redistribuer une partie des DMTO des départements « riches » vers les départements « pauvres ». En 2025, ce fonds est estimé à ~1 520 M€ (-19,5 % vs 2023, source : Banque des Territoires), reflet de la contraction des assiettes en 2023-2024. Le Comité des Finances Locales peut placer en réserve tout montant dépassant 1,6 Md€. Malgré ce mécanisme, les écarts de DMTO par habitant restent de 1 à 6 entre départements (réduits à 1 à 3 après péréquation).
L'effet ciseau persiste. Les départements à forte dépendance aux DMTO ont subi un double choc en 2022-2024 : leurs recettes de DMTO se sont effondrées (-34 % en 2 ans) tandis que leurs dépenses sociales obligatoires (RSA, APA, PCH, ASE) continuaient d'augmenter (+3-4 % par an). Malgré la reprise de 2025, l'IFRAP estime qu'un département sur six reste en grande difficulté financière, et plusieurs ont dû couper dans l'investissement et les aides facultatives. Le fonds de péréquation, en recul de 19,5 % (1 520 M€ en 2025), ne compense que partiellement.
5. Corrélation avec le marché immobilierNotaires de France / IGEDD / INSEE
Les DMTO sont mécaniquement liés au marché immobilier par une double sensibilité : aux volumes de transactions et aux prix de vente. Quand les deux baissent simultanément (comme en 2023-2024), l'effet sur les recettes est dévastateur. En 2025, le rebond des volumes (+12 %, Notaires de France) et la stabilisation des prix (+1,1 %, INSEE T4 2025) soutiennent la reprise des DMTO.
Indicateur
Pic (année)
Creux 2024
2025 (est.)
Var. pic→2025
Transactions dans l'ancien (12 mois glissants)
1 170 000 (2021)
843 000
~945 000
-19 %
Prix moyen au m² (ancien, France entière)
~3 070 €/m² (mi-2022)
~2 850 €/m²
~2 880 €/m²
-6 %
Taux d'intérêt moyen crédit immobilier
1,06 % (janv. 2022)
~3,60 %
3,14 %
+2,1 pts
DMTO départements
16,7 Md€ (2022)
~11,1 Md€
~12,3 Md€
-26 %
Chronologie du retournement
2020-2021 : Boom post-Covid — envie d'espace, épargne accumulée, taux < 1 %. Record de transactions (1,17 M) et de DMTO (14,4 puis 16,7 Md€).
Mi-2022 : La BCE entame son cycle de hausse des taux directeurs (+450 pb en 14 mois). Les taux de crédit immobilier passent de 1 % à 4 %.
2023 : Chute brutale des transactions (-22 %), les prix amorcent une baisse (-4 % en moyenne). DMTO : -22 %.
2024 : Poursuite de la baisse — ~843 000 transactions (DGCL BIS n°201), DMTO : ~11,1 Md€ (-15 %), retour au niveau de 2015.
2025 : Reprise confirmée — ~945 000 transactions (+12 %, Notaires de France), prix stabilisés (~2 880 €/m², +1,1 % sur un an, INSEE T4 2025), taux de crédit en baisse (3,14 %, Observatoire Crédit Logement). DMTO estimés à ~12,3 Md€ (+11 %, OFGL/Banque des Territoires). La hausse du taux à 5 % (83 départements) a aussi contribué — mais son effet sur le volume de transactions reste ambigu.
Double sensibilité. Les DMTO réagissent au carré des mouvements du marché immobilier : quand les volumes baissent de 20 % ET les prix de 5 %, les DMTO chutent de ~24 % (effet multiplicatif). Inversement, lors de la reprise 2015-2022, la hausse simultanée des volumes (+50 %) et des prix (+25 %) a fait bondir les DMTO de +85 %. Cette « double sensibilité » est ce qui rend les DMTO si problématiques comme recette structurelle des départements.
6. Comparaison internationale — taxation des transactions immobilièresOCDE / Eurostat / Tax Foundation
La France figure parmi les pays de l'OCDE qui taxent le plus lourdement les transactions immobilières. Avec un taux effectif de 6,31 % (dans les 83 départements et collectivités ayant voté la hausse LF 2025), elle se situe bien au-dessus de la moyenne OCDE (~2-3 %). L'OCDE recommande régulièrement de réduire les droits de mutation au profit de taxes foncières récurrentes, moins distorsives.
Pays
Taux (transactions résidentielles)
Mécanisme
Commentaire
Belgique
10,0-12,5 %
Droits d'enregistrement (régionalisés)
Le plus élevé d'Europe — frein à la mobilité
France (avant hausse 2025)
5,81 %
DMTO (département + commune + État)
Taux fixe, non progressif
France (après hausse 2025)
6,31 %
DMTO avec surtaxe temporaire
83 départements et collectivités
Allemagne
3,5-6,5 %
Grunderwerbsteuer (par Land)
Variable selon les Länder — Berlin 6 %, Bavière 3,5 %
Italie
2-9 %
Imposta di registro
2 % résidence principale, 9 % autres
Espagne
6-10 %
ITP (par communauté autonome)
Variable — Catalogne 10 %, Madrid 6 %
Royaume-Uni
0-12 %
Stamp Duty (progressif)
Progressif par tranches — 0 % jusqu'à £250k
Pays-Bas
2 %
Overdrachtsbelasting
2 % résidentiel, 10,4 % non-résidentiel
États-Unis
0-3 %
Transfer tax (par État)
Variable — certains États n'en ont pas
Australie
1-5,5 %
Stamp duty (par État)
Réforme en cours pour passage à taxe foncière (NSW)
La recommandation OCDE. L'OCDE recommande depuis 2010 de remplacer progressivement les droits de mutation (qui freinent la mobilité résidentielle et les transactions) par des taxes foncières récurrentes (property tax), plus neutres économiquement et moins volatiles. L'Australie (Nouvelle-Galles du Sud) a lancé en 2023 une réforme pilote permettant aux acheteurs de choisir entre DMTO classique et taxe foncière annuelle. La France fait le chemin inverse en augmentant les DMTO en 2025.
7. Le problème procyclique — recettes qui s'effondrent quand on en a le plus besoinEnjeu structurel
Les DMTO sont l'archétype de la recette procyclique : elles augmentent en période de boom immobilier (quand les départements ont peu de besoins supplémentaires) et s'effondrent en période de crise (quand les besoins sociaux explosent). C'est exactement l'inverse de ce qu'il faudrait pour financer des dépenses sociales structurellement contra-cycliques.
L'effet ciseau en chiffres
Période de crise
Variation DMTO
Variation dépenses sociales
Écart (effet ciseau)
2008-2009 (crise financière)
-26 %
+6 %
32 points d'écart — RSA en forte hausse
2020 (Covid-19)
-12 %
+5 %
17 points d'écart — RSA, APA, PCH
2022-2024 (crise immobilière)
-34 %
+8 %
42 points d'écart — pire épisode historique
Pourquoi c'est structurellement problématique
Dépenses obligatoires contra-cycliques : les 3 allocations individuelles de solidarité (RSA ~12 Md€, APA ~6 Md€, PCH ~3 Md€) sont des dépenses obligatoires dont le volume augmente mécaniquement en période de crise économique (chômage → RSA, vieillissement → APA).
Pas de levier fiscal : contrairement à l'État (qui peut jouer sur l'IR, la TVA, l'IS), les départements n'ont quasi aucun levier sur leurs recettes fiscales propres. Les DMTO sont leur seule recette significative modulable (et encore, dans une marge très étroite).
Variable d'ajustement : l'investissement. Faute de pouvoir augmenter leurs recettes ou baisser leurs dépenses obligatoires, les départements coupent dans l'investissement (routes, collèges, numérique). L'investissement départemental a chuté de -15 % en 2024 selon la Banque Postale.
Le paradoxe des DMTO. Les départements les plus dépendants aux DMTO sont souvent ceux où le marché immobilier est le plus dynamique (littoraux, Île-de-France) — mais aussi ceux où le retournement est le plus violent. À l'inverse, les départements ruraux, moins dépendants, sont aussi ceux qui ont le moins de marge pour absorber leurs dépenses sociales croissantes. Le système est perdant dans les deux cas.
8. Pistes de réforme — sortir du piège procycliqueFIPECO / Cour des Comptes / ADF
Le caractère procyclique des DMTO est identifié depuis longtemps. Plusieurs pistes de réforme ont été avancées par les institutions (FIPECO, Cour des Comptes, Assemblée des Départements de France). Aucune n'a été mise en œuvre de manière structurelle à ce jour.
Piste de réforme
Impact estimé
Avantage
Risque / obstacle
Mécanisme de lissage (« serpent budgétaire »)
Neutre
Constituer des réserves en période haute pour compenser les creux. L'instruction budgétaire de 2022 le permet déjà (provisions DMTO)
Peu de départements l'ont utilisé — discipline politique faible en période d'abondance
Fonds de garantie national renforcé
2-3 Md€
Élargir le fonds de péréquation (1,52 Md€ en 2025, en baisse de 19,5 %) à un vrai « stabilisateur automatique » garanti par l'État
Coût budgétaire pour l'État en période de baisse généralisée
Fraction de CSG ou TVA en substitution partielle
5-7 Md€
Remplacer une partie des DMTO par une recette stable et dynamique. La TVA croît de ~3 %/an, les DMTO oscillent de -30 % à +25 %
Réduit l'autonomie fiscale des départements — rejeté par l'ADF
Taxe foncière renforcée / revalorisation des bases
3-5 Md€
Recommandation OCDE — taxe récurrente, stable, assise sur la valeur du patrimoine (moins distorsive que les DMTO)
Sensibilité politique extrême — la revalorisation des bases cadastrales est reportée depuis 30 ans
Baisse progressive des DMTO compensée par une property tax
Neutre à terme
Modèle australien (NSW) — choix individuel entre DMTO ou taxe annuelle. Favorise la mobilité résidentielle
Période transitoire complexe — perte de recettes initiale
Renationalisation du RSA (proposition ADF)
~12 Md€
Plutôt que sécuriser les recettes, sécuriser les dépenses en transférant le RSA à l'État. Expérimentation en cours dans 18 départements depuis 2023
Complexité administrative — la recentralisation du RSA modifierait profondément le rôle des départements
La piste la plus réaliste à court terme. Renforcer le mécanisme de provisionnement obligatoire des DMTO : obliger les départements à mettre en réserve 20-30 % de tout excédent de DMTO par rapport à une moyenne mobile sur 5 ans, dans un fonds de stabilisation non fongible. C'est ce que préconise FIPECO. Couplé à un fonds de garantie étatique « plancher » en cas de chute > 20 %, ce dispositif lisserait l'essentiel de la volatilité sans modifier l'architecture fiscale.
9. Analyse en valeur — euros courants vs euros constantsDéflateur INSEE
En euros courants, les DMTO départementaux ont été multipliés par 2,6 entre 2010 et 2022 (6,5 → 16,7 Md€). Mais une partie de cette hausse reflète l'inflation générale (+20 % sur la période) et surtout l'inflation immobilière (+40 % sur les prix dans l'ancien). En euros constants 2024 (déflatés par l'IPC), la hausse réelle est moindre mais reste spectaculaire : ×2,1.
Année
DMTO courants (Md€)
DMTO constants 2024 (Md€)
PIB nominal (Md€)
DMTO/PIB
2010
6,5
8,0
1 999
0,33 %
2012
7,0
8,2
2 087
0,34 %
2014
7,8
8,9
2 149
0,36 %
2016
9,8
10,9
2 234
0,44 %
2018
12,0
12,9
2 363
0,51 %
2019
12,9
13,7
2 438
0,53 %
2020
11,3
11,9
2 318
0,49 %
2021
14,4
14,9
2 500
0,58 %
2022
16,7
16,9
2 639
0,63 %
2023
13,0
12,8
2 803
0,46 %
2024
11,1
11,1
2 920
0,38 %
2025 (est.)
12,3
~11,9
~2 994
~0,41 %
Le ratio DMTO/PIB. Il est passé de 0,33 % du PIB en 2010 à un pic de 0,63 % en 2022, avant de retomber à 0,38 % en 2024 et de remonter légèrement à ~0,41 % en 2025 (PIB nominal ~2 994 Md€, INSEE). L'OCDE situe les droits de mutation immobiliers en France à 0,9 % du PIB (tous DMTO confondus, y compris communes et État), ce qui place la France au 4e rang mondial, à égalité avec l'Espagne et l'Italie. En euros constants 2024, les DMTO de 2025 (~11,9 Md€) restent comparables au niveau de 2017 (~12,6 Md€ constants) — sept années de croissance réelle effacées en trois ans.
10. Analyse de mix — décomposition fine des DMTOVolume × Prix × Taux
Le montant des DMTO résulte de la multiplication de trois facteurs : le nombre de transactions, le prix moyen de vente, et le taux effectif moyen. Décomposer les variations annuelles en ces trois composantes permet de comprendre ce qui « tire » les recettes.
Décomposition de la variation 2022 → 2024
Composante
2022
2024
Variation
Contribution à la baisse
Volume de transactions (ancien)
1 120 000
843 000
-25 %
~-3,7 Md€
Prix moyen par transaction
~255 000 €
~240 000 €
-6 %
~-0,8 Md€
Taux effectif DMTO dépt.
~4,48 %
~4,49 %
~0 %
~0 Md€
Effet croisé (volume × prix)
—
—
—
~-1,1 Md€
Variation totale DMTO
16,7 Md€
11,1 Md€
-34 %
-5,6 Md€
Décomposition par type de bien
Type de bien
Part transactions
Prix moyen
Part DMTO estimée
Tendance 2023-2024
Appartements anciens
~45 %
~210 000 €
~40 %
Prix -5 %, volumes -25 %
Maisons anciennes
~40 %
~260 000 €
~45 %
Prix -7 %, volumes -30 % (le plus touché)
Terrains à bâtir
~8 %
~80 000 €
~5 %
Effondrement -40 % (construction en crise)
Locaux commerciaux et professionnels
~7 %
Variable
~10 %
Stable à léger recul
Le volume domine le prix. Sur les -5,6 Md€ de perte entre 2022 et 2024 (DGCL BIS n°201), environ 66 % proviennent de la chute des volumes (-277 000 transactions) et ~14 % de la baisse des prix (-6 %). C'est la contraction du crédit (hausse des taux de 1 % à 4 %) qui a bloqué les transactions, bien plus que la correction des prix. Les maisons anciennes, segment le plus dépendant du crédit (prix élevés, familles primo-accédantes), ont subi la baisse la plus forte. En 2025, le rebond des volumes (+12 %) tire l'essentiel de la reprise des DMTO.
11. Distribution démographique et sociologiqueCPO / IPP / INSEE
Les DMTO sont un impôt proportionnel (taux fixe de 6,31 % en 2025 dans 83 départements, 5,81 % dans les autres) — contrairement au stamp duty britannique qui est progressif. Leur incidence économique dépend de qui achète, où, et quel type de bien. Analyse par décile de revenu, CSP, territoire et type de bien.
Incidence par décile de revenu (estimation)
Décile de revenu
Part des achats immo.
Prix moyen achat
DMTO moyen payé
Commentaire
D1-D3 (modestes)
~8 %
~130 000 €
~7 500 €
Peu d'achats, mais DMTO = 6 mois d'épargne. Impact relatif très élevé
D4-D6 (moyens)
~25 %
~200 000 €
~11 600 €
Primo-accédants, très sensibles aux taux et aux DMTO
D7-D8 (aisés)
~30 %
~300 000 €
~17 400 €
Acheteurs les plus actifs, couples biactifs
D9-D10 (très aisés)
~37 %
~500 000 €
~29 000 €
Investissements locatifs, résidences secondaires. DMTO absorbé dans le patrimoine
Incidence par CSP
CSP
Taux de propriétaires
Fréquence achat/vie
Profil DMTO
Cadres et professions intellectuelles
72 %
2-3 fois
Plus mobiles → paient plus de DMTO cumulés. Effet « taxe sur la mobilité »
Professions intermédiaires
62 %
1-2 fois
Primo-accédants tardifs, DMTO = frein à l'achat
Employés
45 %
1 fois
Achat unique, souvent en périurbain (prix bas → DMTO moindres)
Ouvriers
48 %
1 fois
Marché rural/périurbain, DMTO faibles en montant mais élevés en % du revenu
Retraités
76 %
0-1 fois
Peu d'achats (déjà propriétaires). Principaux vendeurs
Disparités géographiques — DMTO moyen par achat
Un impôt régressif en relatif. Le CPO (Conseil des Prélèvements Obligatoires) note que les DMTO, étant proportionnels, pèsent davantage en pourcentage du revenu sur les ménages modestes que sur les ménages aisés. Un ménage du D3 qui achète à 130 000 € paie 7 500 € de DMTO, soit ~4 mois de revenus. Un ménage du D9 qui achète à 500 000 € paie 29 000 € de DMTO, soit ~2,5 mois de revenus. Le CPO recommande une progressivité par tranches (0 % jusqu'à 100 000 €, taux croissant au-delà), sur le modèle du stamp duty britannique.
12. Efficacité — coût de collecte, fraude et deadweight lossAnalyse microéconomique
Les DMTO sont souvent présentés comme un impôt « facile à collecter ». C'est vrai pour le coût administratif, mais c'est ignorer les coûts économiques indirects considérables : frein à la mobilité résidentielle, distorsion du marché immobilier, et perte sèche (deadweight loss).
Coût de collecte — très faible
Indicateur
Valeur
Commentaire
Coût de collecte / euro perçu
< 0,5 ct€
Collecte par le notaire → reversement DGFiP → affectation. Quasi aucun coût administratif pour les départements
Fraude estimée
< 2 %
Sous-déclaration du prix réel (« dessous-de-table »). Sanctionnée à 40-80 % des droits. Marginale grâce au passage obligatoire devant notaire
Frais d'assiette et recouvrement État
2,37 % des droits
L'État prélève ~0,1 % du prix pour couvrir ses frais — largement bénéficiaire
Deadweight loss — très élevé
Coût économique indirect
Estimation
Mécanisme
Frein à la mobilité résidentielle
~0,3-0,5 % PIB
Les DMTO découragent les déménagements. Un ménage qui change de logement paie 6,31 % (2025) → amortissement sur 6-8 ans minimum. Réduit la mobilité professionnelle et le matching emploi-logement
Lock-in effect (effet de verrouillage)
-15 à -25 % de mobilité
Études OCDE : chaque point de % de droits de mutation réduit la mobilité résidentielle de 4-8 %. À 6,31 % (2025), l'effet est massif. La France a le coût de transaction total le plus élevé d'Europe (~15 % du prix tout compris)
Inadéquation logement-ménage
~2-3 M de logements
Des retraités restent dans des maisons trop grandes, des familles dans des appartements trop petits — car déménager coûte trop cher (DMTO + frais). Le parc est mal alloué
Frein à l'accession primo-accédants
~50 000 ménages/an
Les DMTO représentent 70-80 % des « frais de notaire ». Pour un primo-accédant, c'est 1-2 ans d'épargne supplémentaire. L'IFRAP estime que la hausse à 5 % (2025) exclura ~50 000 primo-accédants par an
Le verdict de l'OCDE. L'OCDE classe les droits de mutation parmi les impôts les plus distorsifs (avec l'IS et les cotisations). Le ratio « coût économique / euro collecté » est estimé à 1,5-2,0 : chaque euro de DMTO collecté coûte 1,5 à 2 euros à l'économie en perte de mobilité et de bien-être. C'est bien pire que la taxe foncière (ratio ~0,3) ou la TVA (ratio ~0,5). L'AMSE (Aix-Marseille School of Economics) a proposé une réforme « optionnelle » permettant de choisir entre DMTO classique et taxe foncière annualisée — sur le modèle australien.
13. Élasticité au PIB — les DMTO, recette ultra-procycliqueAnalyse quantitative
L'élasticité d'une recette au PIB mesure de combien elle varie quand le PIB varie de 1 %. Pour la TVA, cette élasticité est proche de 1 (recette « neutre »). Pour les DMTO, elle est estimée entre 3 et 5 — ce qui en fait l'une des recettes les plus volatiles du système fiscal français.
Recette fiscale
Élasticité au PIB
Volatilité (σ annuelle)
Caractère
CSG
~1,0
±2 %
Stable — assise sur les revenus, suit la masse salariale
TVA
~1,0-1,2
±3 %
Quasi-neutre — suit la consommation nominale
Impôt sur le revenu
~1,5-1,8
±5 %
Modérément procyclique (progressivité)
Impôt sur les sociétés
~2,0-3,0
±10 %
Procyclique (profits volatils)
DMTO
3,5-5,0
±18 %
Ultra-procyclique — amplifie les cycles immobiliers
Taxe foncière
~0,3
±1 %
Contra-cyclique (bases revalorisées régulièrement, découplées du marché)
Croissance comparée : DMTO vs PIB vs transactions (2010-2025)
Période
Croissance DMTO
Croissance PIB nominal
Ratio (élasticité)
Phase du cycle
2010-2014
+20 %
+7,5 %
2,7
Reprise modérée
2014-2019
+65 %
+13,4 %
4,9
Boom immobilier (taux bas)
2019-2020
-12 %
-4,9 %
2,5
Choc Covid
2020-2022
+48 %
+13,8 %
3,5
Boom post-Covid
2022-2024
-34 %
+10,6 %
négatif
Décrochage total — DMTO chutent malgré la croissance du PIB
2024-2025
+11 %
+2,5 %
4,4
Reprise — rebond des transactions (+12 %) + effet hausse taux à 5 %
Le cas extrême 2022-2024. Le PIB nominal a crû de +10,6 % (inflation + croissance réelle), mais les DMTO ont chuté de -34 %. L'élasticité est devenue négative — cas rare qui illustre la déconnexion totale entre les DMTO et l'activité économique générale. En 2025, le rebond (+11 %) pour un PIB en hausse de ~2,5 % donne une élasticité de ~4,4 — confirmant le caractère ultra-procyclique de cette recette. Les DMTO ne sont pas seulement procycliques par rapport au PIB : ils sont procycliques par rapport au cycle immobilier, qui peut diverger profondément du cycle économique général. C'est ce qui rend cette recette si dangereuse comme base de financement des dépenses sociales obligatoires.
14. Conclusions — les DMTO sont-ils efficaces, justes et stables ?Bilan global
Évaluation synthétique des DMTO selon les quatre critères classiques de la bonne fiscalité : rendement, efficacité économique, équité, et stabilité.
Critère
Note /10
Verdict
Rendement brut
7/10
11-17 Md€/an pour les départements — recette significative. Coût de collecte quasi nul (passage obligatoire chez le notaire). Mais rendement très dépendant du cycle immobilier (~12,3 Md€ en 2025 après un creux à 11,1 Md€ en 2024)
Efficacité économique
2/10
Deadweight loss parmi les plus élevés de tous les impôts (ratio 1,5-2,0). Freine la mobilité résidentielle de 15-25 %. Inadéquation logement-ménage. L'OCDE classe les droits de mutation parmi les impôts les plus distorsifs. Avec le taux à 6,31 % (2025), la France a le coût de transaction immobilière le plus élevé d'Europe (~15 % tout compris)
Équité / justice
4/10
Taux proportionnel (non progressif) — régressif en % du revenu. Pénalise les primo-accédants modestes. Favorise l'immobilité des propriétaires aisés déjà installés. Le CPO recommande une progressivité par tranches. Disparités territoriales de 1 à 6. La hausse à 6,31 % aggrave la charge pour les primo-accédants
Stabilité / prévisibilité
1/10
Volatilité annuelle de ±18 % (5× supérieure à la TVA). Élasticité au PIB de 3,5-5,0. Chute de 34 % en 2 ans (2022-2024), puis rebond de +11 % en 2025. Absolument inadapté pour financer des dépenses sociales obligatoires et contra-cycliques. Pire recette possible pour les départements
Acceptabilité politique
5/10
Payé « une fois » lors de l'achat → moins visible qu'un impôt annuel. Mais la hausse à 6,31 % (2025, 83 départements) crée une résistance des primo-accédants et du secteur immobilier
Défauts structurels identifiés
Inadéquation recettes/dépenses : les DMTO (ultra-procycliques) financent des dépenses sociales (contra-cycliques). C'est le pire appariement possible en finances publiques
Absence de progressivité : taux unique de 6,31 % (2025) quel que soit le prix — pénalise les modestes, avantage les gros patrimoines
Taxe sur la mobilité : freine les déménagements, la fluidité du marché du travail, et l'adéquation logement-emploi
Dépendance sans levier : les départements dépendent d'une recette qu'ils ne contrôlent pas (le marché immobilier) pour financer des dépenses qu'ils ne maîtrisent pas (RSA, APA, PCH)
Effet pervers de la hausse 2025 : la hausse du taux à 5 % (83 départements) a certes dopé les recettes unitaires, mais son impact sur le volume de transactions reste ambigu — certains primo-accédants sont exclus par le surcoût de ~1 500 € (IFRAP estime ~50 000 ménages/an). Le rebond 2025 est avant tout tiré par la baisse des taux de crédit (3,14 %, Crédit Logement)
Verdict d'. Les DMTO sont un impôt du XIXe siècle, hérité d'une époque où les transactions immobilières étaient rares et le patrimoine concentré. Aujourd'hui, dans une économie où la mobilité résidentielle est essentielle (télétravail, métropolisation, transition écologique), ils sont anachroniques et contre-productifs. La bonne réforme n'est pas d'augmenter le taux (ce que fait la LF 2025) mais de basculer progressivement vers une taxe foncière modernisée (revalorisation des bases cadastrales + taux modulables par les départements), complétée par un fonds de stabilisation national garanti par l'État. C'est exactement ce qu'ont fait l'Australie (NSW) et ce que préconise l'OCDE depuis 2010. La France fait systématiquement le choix inverse.