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🏛️ Finances locales

Zoom DMTO — Droits de mutation à titre onéreux : 9,9 Md€ (départements, 2024)

Chiffre de référence de cette fiche : 9,9 Md€ de DMTO perçus par les départements en 2024, en baisse de 13,5 % — Rapport OFGL 2025, chiffrage officiel le plus récent.
Pour situer — départements 2023 : 13,0 Md€ (DGCL, BIS n°190) • dernier chiffrage tous échelons — 2023 : ≈ 16,7 Md€ (DGCL) • 2025 : non publié à ce jour, aucun échelon.
Au sommaire : mécanisme et taux (6,31 % depuis la LF 2025 dans 83 départements au taux départemental de 5 %) • dépendance et disparités territoriales • corrélation immobilier • comparaison internationale • procyclicité et pistes de réforme. Sources : OFGL, DGCL, DGFiP, Notaires de France, FIPECO, INSEE.
📐 Périmètres et sources
9,9 Md€
CHIFFRE DE RÉFÉRENCE · DMTO départements 2024
−13,5 % vs 2023 — Rapport OFGL 2025
13,0 Md€
Repère · DMTO départements 2023
DGCL BIS n°190
≈ 16,7 Md€
Repère · DMTO tous échelons 2023
Dépt. 13,0 + communes 3,1 + Lyon 0,314 + Paris 0,289 + régions 0,043 — DGCL. Périmètre et année différents du chiffre de référence
6,31 %
Taux DMTO maximal, transactions 2025
Dont 5,00 % département + 1,20 % commune + 0,107 % État
n.d.
DMTO 2025, tous échelons
Non publié à ce jour, aucun échelon

1. Vue d'ensemble — les DMTO, 1re recette fiscale directe des départementsDonnées 2023-2024

Les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) sont des taxes perçues lors de chaque transaction immobilière dans l'ancien (ventes de logements, terrains, locaux commerciaux). Prélevés par le notaire au moment de la signature de l'acte de vente, ils sont reversés principalement aux départements et au bloc communal, l'État prélevant des frais d'assiette. C'est la première recette fiscale directe des départements, et l'une des plus volatiles du système fiscal français. Le chiffre de référence est le dernier chiffrage officiel : 9,9 Md€ perçus par les départements en 2024, en baisse de 13,5 % (Rapport OFGL 2025). Pour situer ce montant, deux repères d'une autre année (et, pour le second, d'un autre périmètre) : les départements percevaient 13,0 Md€ en 2023, et le dernier chiffrage tous échelons confondus s'élève à ≈ 16,7 Md€ en 2023 (DGCL BIS n°190). Aucune donnée 2025 n'est publiée à ce jour, pour aucun échelon (n.d.).

Repère — répartition des DMTO par échelon en 2023, dernier chiffrage complet (DGCL BIS n°190)

BénéficiaireMontant 2023Commentaire
Départements (taxe de publicité foncière / droit d'enregistrement)13,0 Md€Part principale (~80 % du produit). En 2024 : 9,9 Md€, −13,5 % (Rapport OFGL 2025)
Communes (taxe additionnelle)3,1 Md€Taux fixe de 1,20 % du prix de vente
Ville de Paris0,289 Md€Collectivité à statut particulier
Métropole de Lyon0,314 Md€Exerce les compétences départementales sur son territoire
Régions0,043 Md€Part marginale
Total DMTO tous échelons (2023)≈ 16,7 Md€L'État ne perçoit pas de part du produit mais prélève des frais d'assiette et de recouvrement (2,37 % des droits départementaux)

Sources : DGCL, Bulletin d'information statistique n°190 (2023, tous échelons) ; Rapport OFGL 2025 (départements 2024 : 9,9 Md€, −13,5 %). Données 2025 : non publiées.

Un choc historique après le pic 2021-2022. Après le boom immobilier post-Covid qui a porté les DMTO à un pic en 2021-2022, le marché s'est retourné avec la remontée des taux d'intérêt. Le produit des départements est passé de 13,0 Md€ en 2023 (DGCL BIS n°190) à 9,9 Md€ en 2024, soit −13,5 % — le Rapport OFGL 2025 constate que « le produit des DMTO décroit de - 13,5 % en 2024 pour un montant total de 9,9 Md€ ». Les données 2025 ne sont pas encore publiées (n.d.).

2. Évolution récente — pic 2021-2022, puis chuteDGCL / OFGL

Les DMTO ont suivi un cycle spectaculaire : montée continue durant les années 2010 (taux d'intérêt historiquement bas), pic en 2021-2022 avec le boom immobilier post-Covid, puis retournement brutal avec la remontée des taux d'intérêt. La trajectoire sourcée disponible est la suivante : départements 13,0 Md€ en 2023 (DGCL BIS n°190), puis 9,9 Md€ en 2024 (−13,5 %, Rapport OFGL 2025). Cette volatilité extrême reflète la corrélation directe entre les DMTO et le marché immobilier (volumes × prix × taux).

AnnéeDMTO départements (Md€)Évol. n/n-1Source
2021-2022pic (boom post-Covid)Pic qualitatif — montants non repris ici faute de série sourcée homogène
202313,0DGCL, Bulletin d'information statistique n°190 (tous échelons 2023 : ≈ 16,7 Md€)
20249,9−13,5 %Rapport OFGL 2025 : « le produit des DMTO décroit de - 13,5 % en 2024 pour un montant total de 9,9 Md€ »
2025n.d.Non encore publié
Volatilité extrême. Après le pic de 2021-2022, le produit départemental a perdu 3,1 Md€ en un an : 13,0 Md€ en 2023 → 9,9 Md€ en 2024 (−13,5 %, OFGL). Une amplitude de cet ordre est sans équivalent parmi les recettes fiscales locales : à titre de comparaison, la TVA varie de ±5 % d'une année sur l'autre, les DMTO peuvent varier de plus de ±15 %. C'est ce qui en fait une recette « procyclique » problématique pour les départements.

3. Mécanisme — taux, répartition et calculTaux et bénéficiaires

Les DMTO sont perçus sur chaque transaction immobilière dans l'ancien. Depuis la LF 2025, le taux global maximal est de 6,31 % du prix de vente (hors frais de notaire proprement dits) dans les 83 départements et collectivités ayant voté la hausse du taux départemental à 5,00 %. Ce taux se décompose entre trois bénéficiaires.

ComposanteTaux (2025)BénéficiaireRemarque
Taxe de publicité foncière (TPF) ou droit d'enregistrement5,00 %DépartementNouveau plafond LF 2025 — appliqué par 83 départements et collectivités (actes signés entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2028). Les autres restent à 4,50 %
Taxe communale additionnelle1,20 %CommuneTaux fixe, non modulable
Prélèvement pour frais d'assiette et de recouvrement0,107 %État= 2,37 % du droit départemental de 4,50 % (base inchangée)
Total DMTO (taux maximal 2025)6,307 %Arrondi à 6,31 % — payé par l'acquéreur (vs 5,81 % avant LF 2025)

Barre de répartition visuelle (sur le taux global de 6,31 %)

Département — 5,00 %
Commune — 1,20 %
État

Hausse à 5 % pour les départements (LF 2025) — bilan

La loi de finances pour 2025 a autorisé les départements à relever temporairement leur taux de 4,50 % à 5,00 % pour les actes signés entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2028. Au second semestre 2025, 83 départements et collectivités avaient voté cette hausse (source : La Gazette des Communes, Banque des Territoires), portant le taux global maximal à 6,31 %. La plupart ont prévu une exonération pour les primo-accédants.

Exemple de calcul (2025). Pour un appartement ancien vendu 300 000 € dans un département au nouveau taux de 5,00 % : DMTO = 300 000 × 6,31 % = 18 930 €. Avec l'ancien taux de 4,50 % : DMTO = 300 000 × 5,81 % = 17 430 €, soit +1 500 € pour l'acquéreur. Ces DMTO s'ajoutent aux émoluments du notaire (~1,3 % TTC) et aux frais divers (~400 €), portant les « frais de notaire » totaux à environ 8-9 % du prix.

4. Dépendance des départements aux DMTODisparités territoriales

Les DMTO sont la première recette fiscale directe des départements, et leur poids dans les recettes réelles de fonctionnement a mécaniquement reculé avec la chute du produit : 13,0 Md€ en 2023 (DGCL BIS n°190) → 9,9 Md€ en 2024 (−13,5 %, Rapport OFGL 2025). La moyenne nationale masque des disparités considérables : certains départements tirent plus de 25 % de leurs recettes des DMTO, d'autres moins de 10 %. Les départements à marché immobilier dynamique (littoraux, Île-de-France, Alpes) sont les plus exposés à la volatilité.

Catégorie de départementsDMTO/hab. moyenPart DMTO/recettesProfil
Littoraux atlantique & méditerranéen, Alpes, ouest Île-de-France> 211 €> 20 %Marché immobilier très actif, prix élevés. Forte dépendance aux DMTO
Métropoles régionales et périurbain150-210 €15-20 %Dépendance moyenne, marché dynamique mais moins tendu
Départements ruraux du centre de la France< 110 €< 12 %Marché peu actif, prix bas — DMTO faibles mais aussi moins volatils

Mécanisme de péréquation — le Fonds national DMTO

Un fonds national de péréquation des DMTO a été créé en 2011 pour redistribuer une partie des DMTO des départements « riches » vers les départements « pauvres ». En 2025, ce fonds est estimé à ~1 520 M€ (-19,5 % vs 2023, source : Banque des Territoires), reflet de la contraction des assiettes en 2023-2024. Le Comité des Finances Locales peut placer en réserve tout montant dépassant 1,6 Md€. Malgré ce mécanisme, les écarts de DMTO par habitant restent de 1 à 6 entre départements (réduits à 1 à 3 après péréquation).

L'effet ciseau persiste. Les départements à forte dépendance aux DMTO ont subi un double choc : leurs recettes de DMTO ont fortement chuté après le pic 2021-2022 — jusqu'à −13,5 % en 2024 (13,0 → 9,9 Md€, Rapport OFGL 2025) — tandis que leurs dépenses sociales obligatoires (RSA, APA, PCH, ASE) continuaient d'augmenter (+3-4 % par an). L'IFRAP estime qu'un département sur six reste en grande difficulté financière, et plusieurs ont dû couper dans l'investissement et les aides facultatives. Le fonds de péréquation, en recul de 19,5 % (1 520 M€ en 2025, Banque des Territoires), ne compense que partiellement.

5. Corrélation avec le marché immobilierNotaires de France / IGEDD / INSEE

Les DMTO sont mécaniquement liés au marché immobilier par une double sensibilité : aux volumes de transactions et aux prix de vente. Quand les deux baissent simultanément (comme en 2023-2024), l'effet sur les recettes est dévastateur : le produit départemental est passé de 13,0 Md€ (2023) à 9,9 Md€ en 2024 (−13,5 %, Rapport OFGL 2025). Les données DMTO 2025 ne sont pas encore publiées (n.d.), même si les indicateurs de marché (transactions, prix, taux de crédit) se sont redressés.

IndicateurPic (année)Creux 20242025 (est.)Var. pic→2025
Transactions dans l'ancien (12 mois glissants)1 170 000 (2021)843 000~945 000-19 %
Prix moyen au m² (ancien, France entière)~3 070 €/m² (mi-2022)~2 850 €/m²~2 880 €/m²-6 %
Taux d'intérêt moyen crédit immobilier1,06 % (janv. 2022)~3,60 %3,14 %+2,1 pts
DMTO départementspic 2021-2022 (montant n.d.)9,9 Md€ (départements, 2024 — OFGL)n.d.−13,5 % en 2024 (vs 13,0 Md€ départements en 2023)

Chronologie du retournement

Double sensibilité. Les DMTO réagissent au carré des mouvements du marché immobilier : quand les volumes baissent de 20 % ET les prix de 5 %, les DMTO chutent de ~24 % (effet multiplicatif). C'est ce mécanisme qui explique la chute de −13,5 % du produit départemental en 2024 (9,9 Md€, OFGL). Cette « double sensibilité » est ce qui rend les DMTO si problématiques comme recette structurelle des départements.

6. Comparaison internationale — taxation des transactions immobilièresOCDE / Eurostat / Tax Foundation

La France figure parmi les pays de l'OCDE qui taxent le plus lourdement les transactions immobilières. Avec un taux effectif de 6,31 % (dans les 83 départements et collectivités ayant voté la hausse LF 2025), elle se situe bien au-dessus de la moyenne OCDE (~2-3 %). L'OCDE recommande régulièrement de réduire les droits de mutation au profit de taxes foncières récurrentes, moins distorsives.

PaysTaux (transactions résidentielles)MécanismeCommentaire
Belgique10,0-12,5 %Droits d'enregistrement (régionalisés)Le plus élevé d'Europe — frein à la mobilité
France (avant hausse 2025)5,81 %DMTO (département + commune + État)Taux fixe, non progressif
France (après hausse 2025)6,31 %DMTO avec surtaxe temporaire83 départements et collectivités
Allemagne3,5-6,5 %Grunderwerbsteuer (par Land)Variable selon les Länder — Berlin 6 %, Bavière 3,5 %
Italie2-9 %Imposta di registro2 % résidence principale, 9 % autres
Espagne6-10 %ITP (par communauté autonome)Variable — Catalogne 10 %, Madrid 6 %
Royaume-Uni0-12 %Stamp Duty (progressif)Progressif par tranches — 0 % jusqu'à £250k
Pays-Bas2 %Overdrachtsbelasting2 % résidentiel, 10,4 % non-résidentiel
États-Unis0-3 %Transfer tax (par État)Variable — certains États n'en ont pas
Australie1-5,5 %Stamp duty (par État)Réforme en cours pour passage à taxe foncière (NSW)
La recommandation OCDE. L'OCDE recommande depuis 2010 de remplacer progressivement les droits de mutation (qui freinent la mobilité résidentielle et les transactions) par des taxes foncières récurrentes (property tax), plus neutres économiquement et moins volatiles. L'Australie (Nouvelle-Galles du Sud) a lancé en 2023 une réforme pilote permettant aux acheteurs de choisir entre DMTO classique et taxe foncière annuelle. La France fait le chemin inverse en augmentant les DMTO en 2025.

7. Le problème procyclique — recettes qui s'effondrent quand on en a le plus besoinEnjeu structurel

Les DMTO sont l'archétype de la recette procyclique : elles augmentent en période de boom immobilier (quand les départements ont peu de besoins supplémentaires) et s'effondrent en période de crise (quand les besoins sociaux explosent). C'est exactement l'inverse de ce qu'il faudrait pour financer des dépenses sociales structurellement contra-cycliques.

L'effet ciseau en chiffres

PériodeVariation DMTO départementsContexte
2023 → 2024 (crise immobilière)−13,5 % (13,0 → 9,9 Md€) — Rapport OFGL 2025Dépenses sociales obligatoires (RSA, APA, PCH) en hausse continue — effet ciseau maximal

Des épisodes comparables de repli des DMTO en pleine montée des besoins sociaux ont été observés lors de la crise financière de 2008-2009 et lors du choc Covid de 2020 (ordres de grandeur non repris ici faute de série sourcée homogène).

Pourquoi c'est structurellement problématique

Le paradoxe des DMTO. Les départements les plus dépendants aux DMTO sont souvent ceux où le marché immobilier est le plus dynamique (littoraux, Île-de-France) — mais aussi ceux où le retournement est le plus violent. À l'inverse, les départements ruraux, moins dépendants, sont aussi ceux qui ont le moins de marge pour absorber leurs dépenses sociales croissantes. Le système est perdant dans les deux cas.

8. Pistes de réforme — sortir du piège procycliqueFIPECO / Cour des Comptes / ADF

Le caractère procyclique des DMTO est identifié depuis longtemps. Plusieurs pistes de réforme ont été avancées par les institutions (FIPECO, Cour des Comptes, Assemblée des Départements de France). Aucune n'a été mise en œuvre de manière structurelle à ce jour.

Piste de réformeImpact estiméAvantageRisque / obstacle
Mécanisme de lissage (« serpent budgétaire »)NeutreConstituer des réserves en période haute pour compenser les creux. L'instruction budgétaire de 2022 le permet déjà (provisions DMTO)Peu de départements l'ont utilisé — discipline politique faible en période d'abondance
Fonds de garantie national renforcé2-3 Md€Élargir le fonds de péréquation (1,52 Md€ en 2025, en baisse de 19,5 %) à un vrai « stabilisateur automatique » garanti par l'ÉtatCoût budgétaire pour l'État en période de baisse généralisée
Fraction de CSG ou TVA en substitution partielle5-7 Md€Remplacer une partie des DMTO par une recette stable et dynamique. La TVA croît de ~3 %/an, les DMTO oscillent de -30 % à +25 %Réduit l'autonomie fiscale des départements — rejeté par l'ADF
Taxe foncière renforcée / revalorisation des bases3-5 Md€Recommandation OCDE — taxe récurrente, stable, assise sur la valeur du patrimoine (moins distorsive que les DMTO)Sensibilité politique extrême — la revalorisation des bases cadastrales est reportée depuis 30 ans
Baisse progressive des DMTO compensée par une property taxNeutre à termeModèle australien (NSW) — choix individuel entre DMTO ou taxe annuelle. Favorise la mobilité résidentiellePériode transitoire complexe — perte de recettes initiale
Renationalisation du RSA (proposition ADF)~12 Md€Plutôt que sécuriser les recettes, sécuriser les dépenses en transférant le RSA à l'État. Expérimentation en cours dans 18 départements depuis 2023Complexité administrative — la recentralisation du RSA modifierait profondément le rôle des départements
La piste la plus réaliste à court terme. Renforcer le mécanisme de provisionnement obligatoire des DMTO : obliger les départements à mettre en réserve 20-30 % de tout excédent de DMTO par rapport à une moyenne mobile sur 5 ans, dans un fonds de stabilisation non fongible. C'est ce que préconise FIPECO. Couplé à un fonds de garantie étatique « plancher » en cas de chute > 20 %, ce dispositif lisserait l'essentiel de la volatilité sans modifier l'architecture fiscale.

9. Analyse en valeur — poids dans le PIB et place en comptabilité nationaleINSEE / OFGL / DGCL

Rapporté au PIB nominal, le chiffre de référence — 9,9 Md€ de DMTO départements en 2024 (Rapport OFGL 2025) — représente environ 0,34 % du PIB (PIB 2024 : 2 920 Md€, INSEE). Pour situer : le produit des départements pesait environ 0,46 % du PIB en 2023 (13,0 Md€, DGCL BIS n°190), et le total tous échelons de 2023 (≈ 16,7 Md€, DGCL) environ 0,6 % du PIB de cette même année.

AnnéeDMTO départements (Md€)PIB nominal (Md€)DMTO dépt. / PIB
202313,02 803~0,46 %
20249,92 920~0,34 %
2025n.d.n.d.
Où sont les DMTO en comptabilité nationale ? Les DMTO sont bien dans la comptabilité nationale : ils font partie de D21 — impôts sur les produits (337,6 Md€ en 2025), aux côtés de la TVA et des accises, D21 étant lui-même inclus dans D2 — impôts sur les produits et la production (470,4 Md€ en 2025). Mais l'Insee ne les publie pas sur une ligne séparée : ils ne sont pas isolés au sein de D21. C'est précisément pour cette raison que les seuls chiffrages disponibles par échelon — dont le chiffre de référence de cette fiche, 9,9 Md€ pour les départements en 2024 — proviennent des statistiques de finances locales (OFGL, DGCL) et non des comptes nationaux.

10. Analyse de mix — décomposition fine des DMTOVolume × Prix × Taux

Le montant des DMTO résulte de la multiplication de trois facteurs : le nombre de transactions, le prix moyen de vente, et le taux effectif moyen. Décomposer les variations annuelles en ces trois composantes permet de comprendre ce qui « tire » les recettes.

La chute de 2024 (sourcée)

PériodeDMTO départementsVariationLecture
2023 → 202413,0 Md€ → 9,9 Md€−13,5 %Rapport OFGL 2025 — effet conjugué de la baisse des volumes de transactions et du recul des prix ; aucune décomposition officielle volume/prix n'est publiée pour cette variation

Décomposition par type de bien

Type de bienPart transactionsPrix moyenPart DMTO estiméeTendance 2023-2024
Appartements anciens~45 %~210 000 €~40 %Prix -5 %, volumes -25 %
Maisons anciennes~40 %~260 000 €~45 %Prix -7 %, volumes -30 % (le plus touché)
Terrains à bâtir~8 %~80 000 €~5 %Effondrement -40 % (construction en crise)
Locaux commerciaux et professionnels~7 %Variable~10 %Stable à léger recul
Le volume domine le prix. C'est la contraction du crédit (hausse des taux de 1 % à 4 %) qui a bloqué les transactions, bien plus que la correction des prix — et c'est cette chute des volumes qui explique l'essentiel du recul du produit départemental à 9,9 Md€ en 2024 (−13,5 %, Rapport OFGL 2025). Les maisons anciennes, segment le plus dépendant du crédit (prix élevés, familles primo-accédantes), ont subi la baisse la plus forte. Les données DMTO 2025 ne sont pas encore publiées (n.d.).

11. Distribution démographique et sociologiqueCPO / IPP / INSEE

Les DMTO sont un impôt proportionnel (taux fixe de 6,31 % en 2025 dans 83 départements, 5,81 % dans les autres) — contrairement au stamp duty britannique qui est progressif. Leur incidence économique dépend de qui achète, où, et quel type de bien. Analyse par décile de revenu, CSP, territoire et type de bien.

Incidence par décile de revenu (estimation)

Décile de revenuPart des achats immo.Prix moyen achatDMTO moyen payéCommentaire
D1-D3 (modestes)~8 %~130 000 €~7 500 €Peu d'achats, mais DMTO = 6 mois d'épargne. Impact relatif très élevé
D4-D6 (moyens)~25 %~200 000 €~11 600 €Primo-accédants, très sensibles aux taux et aux DMTO
D7-D8 (aisés)~30 %~300 000 €~17 400 €Acheteurs les plus actifs, couples biactifs
D9-D10 (très aisés)~37 %~500 000 €~29 000 €Investissements locatifs, résidences secondaires. DMTO absorbé dans le patrimoine

Incidence par CSP

CSPTaux de propriétairesFréquence achat/vieProfil DMTO
Cadres et professions intellectuelles72 %2-3 foisPlus mobiles → paient plus de DMTO cumulés. Effet « taxe sur la mobilité »
Professions intermédiaires62 %1-2 foisPrimo-accédants tardifs, DMTO = frein à l'achat
Employés45 %1 foisAchat unique, souvent en périurbain (prix bas → DMTO moindres)
Ouvriers48 %1 foisMarché rural/périurbain, DMTO faibles en montant mais élevés en % du revenu
Retraités76 %0-1 foisPeu d'achats (déjà propriétaires). Principaux vendeurs

Disparités géographiques — DMTO moyen par achat

Un impôt régressif en relatif. Le CPO (Conseil des Prélèvements Obligatoires) note que les DMTO, étant proportionnels, pèsent davantage en pourcentage du revenu sur les ménages modestes que sur les ménages aisés. Un ménage du D3 qui achète à 130 000 € paie 7 500 € de DMTO, soit ~4 mois de revenus. Un ménage du D9 qui achète à 500 000 € paie 29 000 € de DMTO, soit ~2,5 mois de revenus. Le CPO recommande une progressivité par tranches (0 % jusqu'à 100 000 €, taux croissant au-delà), sur le modèle du stamp duty britannique.

12. Efficacité — coût de collecte, fraude et deadweight lossAnalyse microéconomique

Les DMTO sont souvent présentés comme un impôt « facile à collecter ». C'est vrai pour le coût administratif, mais c'est ignorer les coûts économiques indirects considérables : frein à la mobilité résidentielle, distorsion du marché immobilier, et perte sèche (deadweight loss).

Coût de collecte — très faible

IndicateurValeurCommentaire
Coût de collecte / euro perçu< 0,5 ct€Collecte par le notaire → reversement DGFiP → affectation. Quasi aucun coût administratif pour les départements
Fraude estimée< 2 %Sous-déclaration du prix réel (« dessous-de-table »). Sanctionnée à 40-80 % des droits. Marginale grâce au passage obligatoire devant notaire
Frais d'assiette et recouvrement État2,37 % des droitsL'État prélève ~0,1 % du prix pour couvrir ses frais — largement bénéficiaire

Deadweight loss — très élevé

Coût économique indirectEstimationMécanisme
Frein à la mobilité résidentielle~0,3-0,5 % PIBLes DMTO découragent les déménagements. Un ménage qui change de logement paie 6,31 % (2025) → amortissement sur 6-8 ans minimum. Réduit la mobilité professionnelle et le matching emploi-logement
Lock-in effect (effet de verrouillage)-15 à -25 % de mobilitéÉtudes OCDE : chaque point de % de droits de mutation réduit la mobilité résidentielle de 4-8 %. À 6,31 % (2025), l'effet est massif. La France a le coût de transaction total le plus élevé d'Europe (~15 % du prix tout compris)
Inadéquation logement-ménage~2-3 M de logementsDes retraités restent dans des maisons trop grandes, des familles dans des appartements trop petits — car déménager coûte trop cher (DMTO + frais). Le parc est mal alloué
Frein à l'accession primo-accédants~50 000 ménages/anLes DMTO représentent 70-80 % des « frais de notaire ». Pour un primo-accédant, c'est 1-2 ans d'épargne supplémentaire. L'IFRAP estime que la hausse à 5 % (2025) exclura ~50 000 primo-accédants par an
Le verdict de l'OCDE. L'OCDE classe les droits de mutation parmi les impôts les plus distorsifs (avec l'IS et les cotisations). Le ratio « coût économique / euro collecté » est estimé à 1,5-2,0 : chaque euro de DMTO collecté coûte 1,5 à 2 euros à l'économie en perte de mobilité et de bien-être. C'est bien pire que la taxe foncière (ratio ~0,3) ou la TVA (ratio ~0,5). L'AMSE (Aix-Marseille School of Economics) a proposé une réforme « optionnelle » permettant de choisir entre DMTO classique et taxe foncière annualisée — sur le modèle australien.

13. Élasticité au PIB — les DMTO, recette ultra-procycliqueAnalyse quantitative

L'élasticité d'une recette au PIB mesure de combien elle varie quand le PIB varie de 1 %. Pour la TVA, cette élasticité est proche de 1 (recette « neutre »). Pour les DMTO, elle est estimée entre 3 et 5 — ce qui en fait l'une des recettes les plus volatiles du système fiscal français.

Recette fiscaleÉlasticité au PIBVolatilité (σ annuelle)Caractère
CSG~1,0±2 %Stable — assise sur les revenus, suit la masse salariale
TVA~1,0-1,2±3 %Quasi-neutre — suit la consommation nominale
Impôt sur le revenu~1,5-1,8±5 %Modérément procyclique (progressivité)
Impôt sur les sociétés~2,0-3,0±10 %Procyclique (profits volatils)
DMTO3,5-5,0±18 %Ultra-procyclique — amplifie les cycles immobiliers
Taxe foncière~0,3±1 %Contra-cyclique (bases revalorisées régulièrement, découplées du marché)

Croissance comparée : DMTO vs PIB (données sourcées)

PériodeCroissance DMTO départementsCroissance PIB nominalPhase du cycle
2023 → 2024−13,5 % (13,0 → 9,9 Md€) — OFGL 2025+4,2 % (2 803 → 2 920 Md€, INSEE)Décrochage — les DMTO chutent malgré la croissance du PIB nominal (élasticité négative)
Le cas extrême de 2024. Le PIB nominal a continué de croître (+4,2 %), mais le produit DMTO des départements a chuté de −13,5 % (13,0 → 9,9 Md€, Rapport OFGL 2025). L'élasticité est devenue négative — cas rare qui illustre la déconnexion totale entre les DMTO et l'activité économique générale. Les DMTO ne sont pas seulement procycliques par rapport au PIB : ils sont procycliques par rapport au cycle immobilier, qui peut diverger profondément du cycle économique général. C'est ce qui rend cette recette si dangereuse comme base de financement des dépenses sociales obligatoires.

14. Conclusions — les DMTO sont-ils efficaces, justes et stables ?Bilan global

Évaluation synthétique des DMTO selon les quatre critères classiques de la bonne fiscalité : rendement, efficacité économique, équité, et stabilité.

CritèreNote /10Verdict
Rendement brut7/109,9 Md€ pour les départements en 2024 (−13,5 %, Rapport OFGL 2025), après 13,0 Md€ pour les départements en 2023 ; pour mémoire ≈ 16,7 Md€ tous échelons en 2023 (DGCL BIS n°190) — recette significative. Coût de collecte quasi nul (passage obligatoire chez le notaire). Mais rendement très dépendant du cycle immobilier
Efficacité économique2/10Deadweight loss parmi les plus élevés de tous les impôts (ratio 1,5-2,0). Freine la mobilité résidentielle de 15-25 %. Inadéquation logement-ménage. L'OCDE classe les droits de mutation parmi les impôts les plus distorsifs. Avec le taux à 6,31 % (2025), la France a le coût de transaction immobilière le plus élevé d'Europe (~15 % tout compris)
Équité / justice4/10Taux proportionnel (non progressif) — régressif en % du revenu. Pénalise les primo-accédants modestes. Favorise l'immobilité des propriétaires aisés déjà installés. Le CPO recommande une progressivité par tranches. Disparités territoriales de 1 à 6. La hausse à 6,31 % aggrave la charge pour les primo-accédants
Stabilité / prévisibilité1/10Volatilité annuelle de ±18 % (5× supérieure à la TVA). Élasticité au PIB de 3,5-5,0. Chute de −13,5 % en 2024 (13,0 → 9,9 Md€ pour les départements, OFGL). Absolument inadapté pour financer des dépenses sociales obligatoires et contra-cycliques. Pire recette possible pour les départements
Acceptabilité politique5/10Payé « une fois » lors de l'achat → moins visible qu'un impôt annuel. Mais la hausse à 6,31 % (2025, 83 départements) crée une résistance des primo-accédants et du secteur immobilier

Défauts structurels identifiés

Verdict d'ensemble. Les DMTO sont un impôt du XIXe siècle, hérité d'une époque où les transactions immobilières étaient rares et le patrimoine concentré. Aujourd'hui, dans une économie où la mobilité résidentielle est essentielle (télétravail, métropolisation, transition écologique), ils sont anachroniques et contre-productifs. La bonne réforme n'est pas d'augmenter le taux (ce que fait la LF 2025) mais de basculer progressivement vers une taxe foncière modernisée (revalorisation des bases cadastrales + taux modulables par les départements), complétée par un fonds de stabilisation national garanti par l'État. C'est exactement ce qu'ont fait l'Australie (NSW) et ce que préconise l'OCDE depuis 2010. La France fait systématiquement le choix inverse.
Sources : DGCL — BIS n°190 : Les DMTO des départements en 2023 (novembre 2024)DGCL — BIS n°190 (PDF complet avec séries historiques)OFGL — Pré-Rapport 2024, fiche départementsBanque des Territoires — Chute des DMTO : le fonds de péréquation devrait amortir un peu le chocBanque des Territoires — DMTO en hausse de 10 % au 30 avril 2025Banque des Territoires — Trois départements sur quatre ont augmenté le taux des DMTOLa Banque Postale — Regard financier sur les départements (novembre 2024)IFRAP — Hausse des DMTO : la mauvaise nouvelle pour le logementIFRAP — Un département sur six en grande difficulté financièreFNTP — Les droits de mutation des départements en chute libreDépartements de France — Commission d'enquête AN avec focus DMTODépartements de France — Hausse des DMTO : premier bilan à l'ANNotaires — Taux de DMTO 2025 par département (Loi de finances)Notaires de France — Tendances et évolutions des prix immobiliers (janvier 2025)Immobilier.notaires.fr — Tendances du marché immobilier 2024IGEDD (ex-CGEDD) — Prix immobilier, évolution à long termeOCDE — La fiscalité immobilière dans les pays de l'OCDE (brochure)FIPECO — Finances publiques et économie (François Ecalle)FIPECO — Les impôts locauxInstitut Paris Région — Fortes tensions sur les budgets 2024 des collectivités franciliennesLa Gazette des Communes — 82 départements ont porté le taux des DMTO à 5 %INSEE — Indices des prix des logements anciens, T1 2025INSEE — Évolution du PIB et de ses composantes (comptes nationaux)AMSE — Réforme optionnelle de la part départementale des DMTOCPO — 17 recommandations pour une fiscalité du patrimoine plus justeFIPECO — Les impôts sur le patrimoine des ménagesFIPECO — La progressivité des prélèvements obligatoiresBanque des Territoires — Alléger les DMTO : l'idée séduit les expertsCGT — Le PIB de la France, 2 613 Md€ en 2024INSEE — Les comptes de la Nation en 2024 (PIB 2 920 Md€)OFGL — Rapport 2025 (Observatoire des finances et de la gestion publique locales) : « le produit des DMTO décroit de - 13,5 % en 2024 pour un montant total de 9,9 Md€ »Notaires de France — Notes de conjoncture immobilière (transactions, prix)INSEE — Indices des prix des logements anciensObservatoire Crédit Logement — Taux moyens du crédit immobilierBanque des Territoires — Fonds de péréquation DMTO (1 520 M€ en 2025)La Gazette des Communes — 83 départements au taux de 5 % (2025)

D21DMTO (compris dans les impôts sur les produits, non isolés) — historique et perspective

Bloc normalisé, identique sur toutes les fiches de composante du site : même intitulé comptable, même profondeur d'historique, mêmes contrôles. Montants en milliards d'euros courants.

Historique 2016-2025 — comptabilité nationale
Md€2016201720182019202020212022202320242025
D21 · Impôts sur les produits (agrégat)257,0271,0282,8292,0273,6307,9319,0318,8326,2337,6
en % des recettes publiques21,521,822,222,722,423,222,421,921,721,6
+80,6 Md€2016 → 2025
+31,4 %variation sur 10 ans
+3,1 %par an en moyenne
21,5 → 21,6 %poids des recettes publiques
Lecture

En dix ans, ce poste a augmenté de 80,6 Md€ (+31,4 %), soit +3,1 % par an en moyenne. Son poids dans l'ensemble des recettes publiques est passé de 21,5 % en 2016 à 21,6 % en 2025 (+0,1 point). Le maximum de la période est atteint en 2025 (337,6 Md€), le minimum en 2016 (257,0 Md€).

Perspective d'évolution

Les DMTO suivent le volume des transactions immobilières, pas les prix : après le pic de 2021-2022, le produit des départements est retombé de 13,0 Md€ (2023) à 9,9 Md€ (2024), soit −13,5 % (OFGL). La reprise dépend du redémarrage du marché immobilier ancien. Aucun chiffrage 2025 n'est publié à ce jour, et l'Insee n'isolant pas les DMTO, aucune projection en comptabilité nationale n'existe.

Cadrage d'ensemble — OFCE, prévisions d'avril 2026 : déficit public −5,1 % du PIB en 2025, −4,8 % en 2026, −4,4 % en 2027 ; dette 115,6 % → 118,3 % → 119,8 % du PIB. La loi de finances pour 2026 porte l'effort sur la sécurité sociale (≈ 4 Md€) et les collectivités (≈ 3 Md€), avec une hausse du budget de la défense (+0,2 point de PIB).

Sources. Historique : Insee, jeu de données « Comptes des administrations publiques » publié sur data.gouv.fr (API Melodi DD_CNA_APU, millésime des comptes 2025 provisoires — contrôle de cohérence : capacité de financement B9 = −152,5 Md€). Pour les opérations que l'Insee ne diffuse pas en version consolidée sur ce jeu (D7, D9, D91), la source est Eurostat, table gov_10a_main (base 2020, secteur S13), qui publie la même comptabilité nationale transmise par l'Insee au titre du règlement européen. Détail par impôt : Insee, tableau Impôts et cotisations sociales 1995-2025. Perspective : OFCE, prévisions d'avril 2026 ; COR, rapport de juin 2025 ; OFGL, rapport 2025 ; loi de finances pour 2026. 2025 = provisoire (p), 2024 = semi-définitif (sd). Référentiel comptable, sources et méthode →