Zoom Finances Publiques

Rémunération des agents publics
FPE & FPT — Radiographie complète 2025

~299 Md€ de masse salariale (périmètre budgétaire), une fiche de paie opaque, un point d'indice gelé pendant 12 ans : comprendre la mécanique pour identifier les vrais leviers.

Verdoso · Sources : DGAFP Rapport 2025 (données 2023), PLF 2026, DGFiP, DGCL, FIPECO, INSEE — Juin 2026

1 La masse salariale publique : ~299 Md€ par an

La rémunération des agents publics est le premier poste de dépense de l'État et des collectivités. En consolidant les trois versants de la fonction publique et les opérateurs, on atteint ~299 Md€ en périmètre budgétaire (estimation 2025, +1,9 % vs 2024, source INSEE comptes APU 2025) — soit ~9 % du PIB, dans la moyenne de l'OCDE. Le périmètre national (INSEE, comptes des APU, nomenclature D.1) dépasse 370 Md€ en incluant les agents des organismes de Sécurité sociale (CPAM, URSSAF, CAF…) et les cotisations fictives imputées.

~108 Md€
FPE — Titre 2 hors CAS Pensions (2025)
TIB + primes + autres charges (CAS Pensions employeur : +48 Md€ séparés, taux 78,28 % → Titre 2 complet ~156 Md€). PLF 2026 : 109,47 Md€ hors CAS
~87 Md€
FPT — Masse salariale
(collectivités locales, est. 2025)
~59 Md€
FPH — Masse salariale
(hôpitaux publics, est. 2025)
~43 Md€
Opérateurs État
(ODAC, plafond ETPT)
~299 Md€
Total 3 versants + opérateurs (2025)
Périmètre budgétaire consolidé — +1,9 % vs 2024 (INSEE comptes APU 2025)
Périmètre budgétaire vs comptes nationaux. Le chiffre de ~370 Md€ souvent cité correspond à la rémunération D.1 des APU selon l'INSEE (comptes de la Nation). L'écart avec les ~299 Md€ budgétaires tient à trois différences : (1) périmètre ASSO — les ~250 000 agents des organismes de Sécurité sociale (CPAM, URSSAF, CAF, France Travail, MSA) ont de vrais salaires et de vraies cotisations, mais travaillent dans des entités classées « ASSO » par l'INSEE, hors des 3 versants budgétaires (+15 Md€) ; (2) périmètre FPH plus large chez la DREES, qui intègre l'intégralité des charges patronales hospitalières (CNRACL, IRCANTEC, AT-MP) dans une assiette plus complète que le Titre 2 hospitalier strict (+8-10 Md€) ; (3) cotisations sociales imputées D.122 — concept des comptes nationaux (SEC 2010) visant à enregistrer le coût actuariel des droits à pension acquis lorsqu'il dépasse ce que les taux de contribution courants couvrent effectivement ; contrairement aux contributions CAS Pensions (D.121, vrais décaissements), il n'y a aucun flux de trésorerie associé, c'est une écriture comptable nationale (+5-10 Md€ estimé).

Décomposition par versant

Versant Agents (ETPT) Masse salariale % du total Coût moyen / agent
FPE — ministères
Titre 2 hors CAS Pensions (+48 Md€ séparés, taux employeur 78,28 % du TIB en 2025, 82,28 % en 2026). PLF 2026 : 109,47 Md€
2 560 000 ~108 Md€ 36,1 % ~42 200 €/an
Opérateurs de l'État (ODAC) 482 000 ~43 Md€ 14,4 % ~89 200 €/an
FPT — collectivités locales 2 000 000 ~87 Md€ 29,1 % ~43 500 €/an
FPH — hôpitaux publics
Fonctionnaires + contractuels + praticiens hospitaliers
1 240 000 ~59 Md€ 19,7 % ~47 600 €/an
TOTAL 3 versants + opérateurs
Périmètre budgétaire — hors agents ASSO (caisses). 5,8 M agents fin 2023 (DGAFP Rapport 2025)
~5 800 000 ~299 Md€ 100 % ~51 600 €/an

Sources : DGAFP Rapport annuel sur l'état de la fonction publique 2025 (données 2023) — 5,8 M agents, +1,1 % vs 2022 ; DGFiP PLF 2025 — Titre 2 FPE hors CAS Pensions ~108 Md€ (PLF 2026 : 109,47 Md€, +1,30 %) ; CAS Pensions employeur ~48 Md€ (taux 78,28 % en 2025, 82,28 % en 2026) ; DGCL Comptes des collectivités 2024 ; DREES Comptes de la santé 2025. Opérateurs : plafond ETPT PLF 2026. INSEE comptes APU 2025 : dépenses de personnel +1,9 % (+7 Md€), masse salariale APU totale ~299 Md€.

Décomposition par catégorie (A, B, C)

Les trois versants n'ont pas la même structure catégorielle. La FPE est portée par les A (54 % — enseignants, commissaires, magistrats, ingénieurs). La FPT est à 74 % composée de catégorie C (agents techniques, agents d'entretien, gardiens). La FPH se distingue par ses praticiens hospitaliers, hors grille A/B/C, qui concentrent 27 % de la masse salariale hospitalière pour 15 % des effectifs.

Catégorie FPE FPT FPH Total 3 versants Masse sal. estimée Rémun. moy./agent
Catégorie A et A+
Cadres, experts, enseignants
Concours bac+3 min.
1 137 k
(54 %)
199 k
(10 %)
456 k
(40 %)
1 792 k
(34 % des agents)
~100 Md€
(40 % des coûts)
~56 000 €/an
Catégorie B
Encadrement intermédiaire
Concours bac
484 k
(23 %)
318 k
(16 %)
285 k
(25 %)
1 087 k
(21 % des agents)
~46 Md€
(18 % des coûts)
~42 000 €/an
Catégorie C
Agents d'exécution
Sans condition de diplôme
484 k
(23 %)
1 473 k
(74 %)
228 k
(20 %)
2 185 k
(42 % des agents)
~86 Md€
(35 % des coûts)
~39 000 €/an
Praticiens hospitaliers
PH, PU-PH, sages-femmes, pharmaciens
Hors grille A/B/C — FPH uniquement
171 k
(15 %)
171 k
(3 % des agents)
~17 Md€
(7 % des coûts)
~99 000 €/an
Opérateurs de l'État (ODAC)
Chercheurs CNRS, enseignants-chercheurs,
ingénieurs grandes écoles, France Travail…
482 k agents — hors versants
~65 % A (chercheurs/ingénieurs) · ~20 % B · ~15 % C
482 k
(8 % des agents)
~41 Md€
(14 % des coûts)
~85 000 €/an
TOTAL 3 versants + opérateurs 2 560 k 2 000 k 1 240 k 5 800 k ~299 Md€ ~51 600 €/an
🏛️ FPE — dominée par les A
54 % d'agents de cat. A, dont 870 000 enseignants. Sans les profs, la FPE serait à 35 % de A — proche de la FPT.
🏘️ FPT — 74 % de catégorie C
Le taux de C le plus élevé des 3 versants. Explique pourquoi les débats sur la FPT ciblent souvent le reclassement ou la mutualisation des agents d'exécution.
🏥 FPH — l'effet praticiens
15 % des agents (PH, PU-PH) consomment 27 % de la masse. Rémunération moyenne ~99 000 €/an, contre 46 000 € pour les infirmiers (cat. A).

Estimations DGAFP Rapport 2025 (données 2023). 5,8 M agents (+63 000 / +1,1 % vs 2022) : FPE 2,6 M (44,3 %), FPT 2,0 M (34,4 %), FPH 1,2 M (21,4 %). Contractuels : 23 % des effectifs (+4,9 %). Masses salariales déduites des proportions effectifs × rémunération moyenne par catégorie et versant. FPH : infirmiers reclassés cat. A depuis 2012 (protocole Bachelot).

Le chiffre qu'on ne vous montre pas. En ajoutant les ~68 Md€ de pensions versées aux 2,4 millions de retraités de la FPE (CAS Pensions dépenses, programme 741 PLF 2026 : 66,1 Md€ dont pensions 64,3 Md€), le coût total du « système FPE » atteint ~176 Md€/an. Soit davantage que l'intégralité du budget FPT.

Évolution de la masse salariale APUC 2017-2025

La masse salariale de l'État (APUC = ministères + opérateurs, périmètre comptes nationaux INSEE D.1) a bondi de 123 Md€ à ~188 Md€ en 8 ans, soit +65 Md€ (+53 %) contre +22 % d'inflation cumulée (INSEE comptes APU 2025 : dépenses de personnel +1,9 % en 2025). Huit facteurs se cumulent pour expliquer cette dérive :

GVT cumulé 2017-2024 (1,5 Md€/an × 7 ans)
+10,5 Md€
PPCR — revalorisation grilles indiciaires (2017-2022)
+10 Md€
Mesures catégorielles (Grenelle EN, police, militaires…)
+9 Md€
Hausse des effectifs APUC (+6,5% — opérateurs +16%)
+8,5 Md€
CAS Pensions (78,28% en 2025 sur assiette TIB en hausse)
+8 Md€
Point d'indice 2022-23 (+3,5% juil. 2022 + +1,5% mai 2023)
+6 Md€
Dynamique opérateurs (rémunérations > moy. FPE)
+5 Md€
Cotisations imputées D.122 (comptes nationaux)
+2,5 Md€

Total décomposé : +65 Md€ sur 2017-2025. Le PPCR (Parcours Professionnels Carrières et Rémunérations) a revalorisé les grilles A, B et C entre 2017 et 2022 pour un coût de ~1,5 Md€/an à pleine charge. Le CAS Pensions monte via l'assiette TIB et la hausse du taux (74,28 % → 78,28 % en 2025, 82,28 % en 2026 — PLF 2026). Source : DGFiP PLF 2025/2026, INSEE comptes APU 2025, DGAFP Rapport annuel 2025.

2 Anatomie d'une fiche de paie fonctionnaire ↗ Zoom FPE 2025

La rémunération d'un fonctionnaire est plus complexe qu'une fiche de paie du privé. Elle se compose de plusieurs couches superposées — chacune obéissant à ses propres règles de revalorisation.

La fiche de paie type — Attaché principal (A+, échelon 5, FPE)

RÉMUNÉRATION BRUTE MENSUELLE — Exemple : Attaché principal, indice 611
Traitement indiciaire brut (TIB) — 611 × 4,92€ 3 006 €
Dont : part indiciaire (base du CAS Pensions) ← base imposable CAS
NBI — Nouvelle Bonification Indiciaire (si éligible) 0 à +200 €
IFSE — Indemnité de fonctions, sujétions, expertise (RIFSEEP) ~500 €
CIA — Complément indemnitaire annuel (part variable RIFSEEP) ~80 € /mois lissé
SFT — Supplément familial de traitement (si enfants à charge) 0 à +180 €
Autres primes spécifiques (astreintes, risques, filière…) variable
= RÉMUNÉRATION BRUTE TOTALE ~3 786 €
— Cotisations salariales (retraite + sécu + RAFP) − ~530 €
— CSG/CRDS (9,7% d'une assiette réduite) − ~330 €
= SALAIRE NET À PAYER ~2 926 €
📌 CAS Pensions — cotisation EMPLOYEUR (78,28 % × 3 006 € en 2025 ; 82,28 % en 2026) + 2 353 €
= COÛT EMPLOYEUR COMPLET (invisible sur la fiche de paie) ~6 139 €/mois
Le coût caché du CAS Pensions. Pour un attaché à 3 000 € de TIB, l'État cotise silencieusement +2 353 €/mois au CAS Pensions — soit 78 % de plus. Ce taux (78,28 % en 2025, 82,28 % en 2026 — PLF 2026) est 2,6× supérieur au taux patronal moyen du privé (~30 %). Il finance les pensions des retraités actuels en répartition, mais de façon totalement opaque : ni l'agent ni son manager n'ont conscience du coût réel.

Décomposition de la rémunération brute par composante

En moyenne sur l'ensemble de la FPE (toutes catégories confondues) :

Traitement indiciaire (TIB)
65%
Primes et indemnités (RIFSEEP, NBI…)
30%
SFT et autres compléments
5%
La part des primes dans la FPT est structurellement plus faible (~22 % vs 30 % en FPE) car la FPT compte 76 % de catégorie C, moins éligible aux régimes indemnitaires complexes. Le RIFSEEP s'applique depuis 2017-2020 dans les trois versants, mais les montants CIA (part variable) restent symboliques : en pratique, le CIA moyen FPT = 200 à 500 €/an, soit ~1,5 % du salaire brut. Un levier de performance quasi inexistant.

Comparaison des niveaux de rémunération par catégorie

Catégorie Salaire brut moyen FPE Salaire net moyen FPE Salaire net moyen FPT % primes / brut
A+ (hors classe) 6 500 €/mois 4 800 €/mois ~35–45 %
A 4 100 €/mois 3 050 €/mois 2 900 €/mois ~28–35 %
B 2 900 €/mois 2 180 €/mois 2 000 €/mois ~22–28 %
C 2 100 €/mois 1 620 €/mois 1 780 €/mois ~15–22 %
Toutes catégories FPE 3 700 €/mois ~2 886 €/mois ~2 254 €/mois (FPT) ~30 % (FPE)

Sources : DGAFP Rapport annuel 2025 (données 2023) — salaire net moyen 2023 : 2 652 €/mois toutes FP (+4,1 %) ; FPE 2 886 €, FPT 2 254 €, FPH 2 842 €. INSEE tableau de bord des salaires.

3 Le point d'indice : 12 ans de gel, 2 ans de rattrapage partiel ↗ Zoom FPE 2025

Le point d'indice est la brique fondamentale de la rémunération des fonctionnaires. Valeur actuelle : 4,92 € (depuis juillet 2023). Multiplié par l'indice majoré de chaque grade, il détermine le traitement indiciaire brut.

Son histoire récente illustre un paradoxe français : on gèle les salaires des fonctionnaires pendant une décennie, puis on lâche une revalorisation urgente face à l'inflation — sans réforme structurelle.

1984-2010 — Revalorisation régulière (moyenne +2,5 %/an), indexation partielle sur inflation.
2010Gel du point d'indice (gouvernement Fillon). Début du décrochage salarial.
2011-20166 ans de gel continu. Perte de pouvoir d'achat indiciaire cumulée : ~7 %. Les gouvernements successifs compensent marginalement par des primes et l'IFSE.
Juillet 2016 — Revalorisation +0,6 % (Hollande). Point passe de 4,63 € à 4,66 €.
Février 2017 — +0,6 %. Point : 4,69 €.
2018-2021 — Nouveau gel (gouvernements Philippe / Castex). Inflation repart.
Juillet 2022+3,5 % face à l'inflation (gouvernement Borne). Point : 4,85 €. Coût : ~3,5 Md€/an.
Juillet 2023+1,5 %. Point : 4,92 €. Coût supplémentaire : ~1,5 Md€/an.
2024-2026 — Gel. Le gouvernement Bayrou, sous contrainte budgétaire, n'ouvre pas de négociation salariale. Perte de pouvoir d'achat indiciaire vs inflation : ~4 % depuis 2023.
Le coût d'un point de point d'indice : 2,3 Md€/an. Une revalorisation de 1 % du point d'indice coûte ~2,3 Md€/an à l'État (FPE seule) et environ 4 Md€/an en consolidant les trois versants (via les mécanismes de parité FPT/FPH). C'est ce qui explique le recours massif aux primes pour contourner le gel du point — les primes ne sont pas indexées sur l'indice, ne génèrent pas de droits à pension CAS, et sont plus discrètes politiquement.

La valeur du point d'indice corrigée de l'inflation (base 100 en 2000)

Année Valeur nominale du point Valeur réelle (€ 2000) Écart vs 2000
20003,81 €3,81 €base
20104,63 €3,72 €−2,4 %
20164,63 €3,44 €−9,7 %
20224,85 €3,19 €−16,3 %
20234,92 €3,16 €−17,1 %
2026 (est.)4,92 €~3,05 €−20 %

Calcul : valeur nominale déflatée par l'IPC INSEE (base 2015, chaînage). Estimation 2026 sur projection inflation +2%/an.

Le paradoxe du GVT face au gel. Même quand le point est gelé, la masse salariale augmente. Pourquoi ? Le GVT positif (glissement vieillesse-technicité) joue mécaniquement : les agents avancent en échelon (+1 à +3 % de TIB/an selon le grade), sont promus, changent de corps. Ce glissement automatique représente ~0,8-1 % de la masse salariale FPE chaque année, soit ~850 M€-1 Md€ de dérive incompressible, hors toute décision politique.

4 FPE en détail — Les ~156 Md€ du Titre 2 (dont ~48 Md€ CAS Pensions) ↗ Zoom FPE 2025↗ Zoom Éducation↗ Zoom ATSS

Le Titre 2 de la nomenclature LOLF regroupe l'ensemble des dépenses de personnel de l'État. En 2025, il s'établit à ~156 Md€ dont ~48 Md€ de contribution employeur au CAS Pensions (flux croisé interne État-État, taux 78,28 % du TIB en 2025 ; PLF 2026 : taux porté à 82,28 %). Hors CAS Pensions : ~108 Md€ de rémunération active (TIB + primes + cotisations sociales hors CAS). Le PLF 2026 prévoit un Titre 2 hors CAS Pensions de 109,47 Md€ (+1,30 % vs 2025), avec un schéma d'emploi de +8 459 postes État et −1 735 opérateurs, soit un solde net de +6 724 ETP (Justice +1 600, Intérieur +1 500, Éducation nationale +5 400).

Décomposition du Titre 2 par ministère (2024, Md€)

Ministère / Mission Titre 2 (Md€) % du total Agents (ETPT) Coût moyen
🎓 Éducation nationale 57,2 37,2 % 1 019 000 56 100 €/an
🏥 Enseignement supérieur & Recherche 8,4 5,5 % ~87 000 96 600 €/an
⚔️ Défense 24,3 15,8 % 269 000 90 300 €/an
⚖️ Justice 10,1 6,6 % 94 000 107 400 €/an
🔵 Intérieur 18,1 11,8 % 298 000 60 700 €/an
💰 Finances / Bercy 8,9 5,8 % 131 000 67 900 €/an
🌱 Transition écologique & Mer 3,2 2,1 % 35 000 91 400 €/an
🌾 Agriculture / MASA 1,8 1,2 % 30 458 59 100 €/an
Autres missions (Premier ministre, SPM, Outre-mer, Aff. étr., Culture, Travail-Santé…) 21,6 14,1 % ~142 000
TOTAL FPE — Titre 2 (incl. CAS Pensions employeur) ~156 100 % ~2 560 000 ~61 000 €/an

Sources : PLF 2025/2026 (article 30 LOLF, Titre 2 par mission). PLF 2026 : Titre 2 hors CAS Pensions 109,47 Md€ (+1,30 %). CAS Pensions employeur taux 78,28 % (2025), 82,28 % (2026). Schéma d'emploi PLF 2026 : +6 724 ETP net. DGAFP Rapport 2025 : FPE 2,6 M agents (44,3 % des 5,8 M).

Le mécanisme GVT — l'augmentation automatique invisible

Le GVT (Glissement-Vieillesse-Technicité) est la dérive automatique de la masse salariale indépendante de toute décision politique. Il comprend :

Composante GVTMécanismeCoût FPE/an
Glissement Avancement d'échelon selon ancienneté (+3 à +6 % de TIB entre 1er et dernier échelon) ~700 M€
Vieillesse L'ancienneté moyenne augmente avec le vieillissement de la pyramide ~200 M€
Technicité Promotions de grade, changements de corps (concours internes, listes d'aptitude) ~500 M€
Effet noria (départs seniors → entrées juniors) Économie partiellement compensatrice (remplaçant moins cher que partant) − 200 M€
GVT net FPE ~1,2 Md€/an
Le piège CAS Pensions : un taux qui ne baisse jamais. Le taux de contribution employeur au CAS Pensions a encore augmenté : 78,28 % en 2025 (vs 74,28 % en 2024), et le PLF 2026 prévoit 82,28 %. Il était à ~55 % en 2007. Chaque revalorisation du point d'indice coûte donc 78 % de plus que la revalorisation elle-même via ce mécanisme. Et chaque nouveau fonctionnaire recruté augmente les droits à pension futurs. Le programme 741 du CAS Pensions PLF 2026 s'élève à 66,1 Md€ dont 64,3 Md€ de pensions. Le stock de pensions à verser atteindra son pic en 2032-2037 (cohorte baby-boom fonctionnaire).

La fenêtre démographique 2025-2040 : une opportunité unique

La pyramide des âges FPE révèle un pic de départs 2025-2040 : 875 000 départs cumulés sur 15 ans (33,8 % des effectifs). C'est une opportunité sans équivalent pour réduire les effectifs sans plan social. L'effet noria joue à plein :

Scénario 1/2 (règle différenciée) : On remplace 1 départ sur 2 en moyenne (différencié par ministère : 3/4 à l'EN, 1/2 au Bercy, 1/4 dans les fonctions support). Résultat : −30 000 ETP/an × 15 ans = −63 Md€ de masse salariale économisée sur la période, soit ~4 Md€/an en régime de croisière. Cf. Zoom APUC — Pyramide & Retraites.

5 FPT en détail — Les ~87 Md€ de masse salariale locale ↗ Zoom FPT 2025↗ Zoom FPT Effectifs

La masse salariale des collectivités locales (~83 Md€ en 2025, hors satellites) représente environ 29 % des dépenses totales de la FPT et constitue le principal poste de fonctionnement. Contrairement à l'État, les collectivités n'ont pas de CAS Pensions centralisé : elles cotisent à la CNRACL (taux employeur : 31,65 % du traitement brut en 2024, en hausse structurelle). La DGAFP Rapport 2025 recense 2,0 M d'agents FPT (34,4 % des 5,8 M), salaire net moyen 2023 : 2 254 €/mois (+4,1 %).

Décomposition des 81 Md€ par strate

Strate Agents (ETPT) Masse sal. (Md€) % FPT Coût moyen
Communes 987 000 36,4 44,9 % 36 900 €/an
EPCI à fiscalité propre 304 000 12,2 15,1 % 40 100 €/an
Départements 389 000 17,2 21,2 % 44 200 €/an
Régions 84 000 3,8 4,7 % 45 200 €/an
Syndicats, satellites (SDIS, OPH, CCAS) 226 000 11,4 14,1 % 50 400 €/an
TOTAL FPT 1 990 000 81,0 100 % 40 700 €/an

La structure catégorielle FPT : 76 % de catégorie C

La FPT se distingue radicalement de la FPE par la domination des agents de catégorie C (exécution) :

Catégorie C (agents d'exécution)
76 %
Catégorie B (intermédiaire)
16 %
Catégorie A (cadres)
8 %

Conséquences : salaire moyen FPT structurellement inférieur à la FPE (40 700 € vs 66 500 €/an coût employeur complet), mais cela masque des disparités territoriales majeures : une commune touristique (Courchevel : 12 000 €/habitant de dépenses de personnel) dépense 8× plus qu'une commune rurale moyennne (1 500 €/hab). Cf. Zoom FPT — Effectifs par filière.

Les trois bombes à retardement de la masse salariale FPT

🕐 Bombe 1 — Les 1 607h jamais appliquées. La loi du 6 août 2019 (transformation fonction publique) impose le strict respect des 1 607h annuelles légales. En 2024, Paris applique 1 552h, Marseille 1 556h, Saint-Denis 1 489h. Ces 50 à 120h "offertes" par rapport à la loi représentent 35 000 ETP fantômes nationaux, soit 1,6 Md€/an de masse salariale sans contrepartie de service. La Cour des comptes (rapport 2024) confirme : 30 à 40 % des collectivités ne respectent pas le cadre légal sans aucune sanction.
🏢 Bombe 2 — Les 240 000 doublons EPCI-communes. La création des intercommunalités (loi Chevènement 1999 → NOTRe 2015) devait supprimer les services dupliqués. Bilan : on a créé 304 000 postes EPCI pour 64 000 suppressions effectives en communes. Résultat : ~240 000 agents en doublon structurel = 10 Md€/an de masse salariale dupliquée. Cf. Zoom FPT 2025.
📈 Bombe 3 — Le GVT FPT et les vagues de retraites 2025-2030. La FPT a 580 000 agents de catégorie C nés entre 1960 et 1967, qui partiront à la retraite entre 2025 et 2030. Avec un taux de remplacement de 80 %, cela génère une économie noria de ~1 Md€/an. Mais si le taux de remplacement reste à 100 % (pratique courante), l'opportunité est manquée et le GVT structurel continue de croître.

La cotisation CNRACL : une bombe financière pour les communes

Contrairement au CAS Pensions (État), la CNRACL (retraite FPT/FPH) est une caisse en déséquilibre croissant. Taux employeur actuel : 31,65 % (vs 28,12 % en 2018). Projection CNRACL : le taux devrait atteindre 35-38 % d'ici 2030 sans réforme, ajoutant mécaniquement 1,5-2 Md€/an de charges aux collectivités — sans aucune décision de leur part.

La DGF subventionne le sureffectif. L'État finance 31 % de la masse salariale FPT via la DGF (27 Md€) et les compensations fiscales. Or la DGF est calculée sur des critères historiques (population, potentiel fiscal) qui ne pénalisent pas le sureffectif. Une commune qui embauche 10 agents de plus n'est pas moins subventionnée. C'est un biais systémique que le « Pacte de confiance » 2023-2027 tente de corriger par un plafonnement des dépenses de fonctionnement à inflation −0,5 % — mais sans mécanisme de sanction efficace.

6 Public vs Privé : la comparaison qu'il faut nuancer

Le débat « fonctionnaires trop payés ou pas assez ? » est permanent et toujours mal posé. La réalité est plus subtile : il faut comparer à structure d'emploi identique, intégrer les avantages non-salariaux, et distinguer les trois versants.

🏛️ Fonction Publique (FPE)

  • Salaire net médian : 2 500 €/mois (est. 2023)
  • Salaire net moyen FPE : 2 886 €/mois (DGAFP 2025)
  • Part cadres (A/A+) : ~55 % FPE
  • Sécurité de l'emploi : statutaire (quasi-impossibilité de licenciement)
  • Retraite : départ possible à 64 ans (réforme 2023), taux de remplacement ~74 %
  • Temps de travail : 1 607h/an légales (souvent moins appliquées)
  • Mutuelle : participation obligatoire employeur depuis 2022 (50 %)
  • Mobilité : souvent contrainte (affectation géographique imposée)
  • Progression : à l'ancienneté (GVT), concours internes

🏢 Secteur Privé (salarié en CDI)

  • Salaire net médian : 2 240 €/mois
  • Salaire brut moyen : 2 900 €/mois
  • Part cadres : ~34 % (vs 55 % FPE)
  • Sécurité de l'emploi : protection via code du travail, mais licenciement possible
  • Retraite : AGIRC-ARRCO, taux de remplacement ~50-65 %
  • Temps de travail : 1 607h/an (accord branche) + heures supp. possibles
  • Mutuelle : participation minimale 50 % (ANI 2014)
  • Mobilité : choisie ou contrainte selon employeur
  • Progression : négociation individuelle, variable
Biais de structure : à diplôme comparable, le public est parfois moins bien payé. L'INSEE (étude 2023) montre qu'un ingénieur ou médecin hospitalier gagne en moyenne 15-25 % de moins dans le public que dans le privé à diplôme et ancienneté comparables. En revanche, un agent de catégorie C (peu qualifié) est souvent 10-20 % mieux payé dans le public que ses équivalents privés, notamment grâce au SMIC-plancher et à la sécurité de l'emploi. Le public sur-rémunère le bas de la grille et sous-rémunère le haut — ce qui explique les difficultés de recrutement dans les métiers techniques (informatique, médecins, juristes).

Les avantages non-salariaux souvent oubliés

Avantage Fonction Publique Secteur Privé Valeur approximative/an
Sécurité de l'emploi ✅ Statutaire (quasi-permanente) ⚠️ Protégé mais révocable ~2 000–5 000 €/an (prime implicite)
Retraite (taux de remplacement) ~74 % (fonctionnaires civils) ~50-65 % (AGIRC-ARRCO) ~3 000–8 000 €/an en valeur capitalisée
Jours de congés 25 CA + RTT + CET (souvent 30-40 j) 25 CA + RTT selon accord ~500–2 000 €/an
Avancement à l'ancienneté Automatique (GVT) Négocié, non garanti ~1-3 % de hausse garantie/an
Temps partiel de droit ✅ De droit (50 à 90 %) ⚠️ Accord employeur requis Flexibilité valorisée
Mobilité géographique ⚠️ Souvent imposée ⚠️ Variable Neutre ou négatif
Le vrai sujet : la valeur totale de rémunération (Total Compensation). En intégrant la sécurité de l'emploi (prime d'assurance implicite estimée à 3-5 % du salaire), la surretraite publique (+74 % vs ~57 % taux de remplacement privé), et l'avancement garanti (GVT), un fonctionnaire de catégorie B ou C dispose en réalité d'un package global supérieur de 15-25 % à son équivalent privé, même si son salaire brut nominal est identique.

8 Leviers de maîtrise — Ce qui fonctionne vraiment ↗ Zoom FPE 2025↗ Zoom FPT 2025↗ Zoom Bascule TVA/CSG

La masse salariale publique n'est pas une fatalité. D'autres pays ont réussi à la maîtriser sans plan social massif ni dégradation du service public. Voici les leviers concrets, chiffrés, testés.

~4 Md€/an
à terme

① Règle différenciée de non-remplacement — FPE

Remplacer 1 départ sur 2 en moyenne (1/4 dans les fonctions support Bercy/administration, 3/4 à l'Éducation nationale, 1/2 ailleurs). Applicable sans plan social grâce à la fenêtre démographique 2025-2040 (875 000 départs FPE). Économie noria : environ 25 000 € de salaire net économisé par ETP non-remplacé/an. Référence : Canada 1994-1998 (−14 % effectifs en 4 ans via non-remplacement ciblé).

1,6 Md€/an

② Application stricte des 1 607h — FPT

35 000 ETP fantômes nationaux liés au non-respect des 1 607h légales (Paris : 55h/an de moins, Marseille : 51h/an). Activation simple : décret fixant une sanction financière proportionnelle (réduction DGF de 1 000 €/ETP en infraction, contrôlée par les préfets). Sans licenciement, sans plan social, par simple respect de la loi de 2019.

1,5 Md€/an

③ Modulation du GVT — gel des avancements automatiques > échelon médian

Plafonner l'avancement automatique (GVT positif) aux agents en dessous de l'échelon médian de leur grade. Au-delà, conditionner l'avancement à une évaluation professionnelle positive (CIA modulé). Économie : réduction de 40 % du GVT net. Modèle : Danemark (loi 1997 sur la flexibilité salariale dans la FP).

800 M€/an

④ Réforme du CIA (part variable RIFSEEP) — passer à 10 % du brut

Actuellement le CIA moyen = 200-500 €/an (1,5 % du brut). Le porter à 10 % du brut permettrait d'introduire une vraie méritocratie et de réduire les coûts dans les emplois sous-performants. Pas d'économie nette immédiate, mais redirection de 10 % de la masse vers la performance, réduction des coûts RH long terme via non-avancement des moins performants. Modèle : Suède (système à la performance depuis 1995).

500 M€/an

⑤ Mutualisation des fonctions support FPT — pool intercommunal

Les EPCI emploient 304 000 agents pour des fonctions en partie dupliquées avec les communes membres. Créer des pools intercommunaux obligatoires pour les fonctions purement administratives (RH, finances, marchés publics, informatique) : gain estimé 15-20 % de ces effectifs = ~45 000 ETP = 1,8 Md€ sur 5 ans. Modèle : Pays-Bas (fusies gemeenten depuis 2000).

3 Md€/an

⑥ IA bureautique — catégorie B administrative FPT

La filière administrative FPT compte 478 000 agents dont 60-70 % réalisent des tâches hautement automatisables (saisie, traitement de dossiers standards, accueil téléphonique). L'IA générative de 2025-2027 permettra de traiter 40-60 % du volume traité par catégorie B admin. Via non-remplacement sur 10 ans : −100 000 ETP = 3 Md€/an en régime de croisière. Cf. Zoom FPT Effectifs.

Ce qui ne fonctionne pas : la rabot uniforme. Couper uniformément les effectifs ou geler le point d'indice sans différenciation provoque deux effets pervers documentés : (1) les agents compétents et mobiles partent dans le privé (fuite des meilleurs), (2) les services de première ligne se dégradent sans que les fonctions support soient réduites. La différenciation est la clé — c'est ce que le Canada 1994, la Suède 1994-2000 et le Danemark 1997 ont tous compris.

9 Lexique

Titre 2
Dans la nomenclature LOLF (loi organique relative aux lois de finances), les dépenses de l'État sont classées par titres. Le Titre 2 désigne l'ensemble des dépenses de personnel : traitements indiciaires bruts, primes, cotisations sociales employeur et — spécificité française — la contribution au CAS Pensions (78,28 % du TIB pour les civils en 2025, 82,28 % en 2026). C'est le premier poste de dépense des ministères à gros effectifs (Éducation nationale, Armées, Intérieur). Quand les praticiens parlent du « T2 », ils visent la masse salariale pilotable par le pouvoir exécutif : toute création ou suppression de poste se traduit immédiatement en variation de Titre 2. Les autres titres couvrent le fonctionnement (T3), l'investissement (T5), les interventions sociales (T6) et les opérations financières (T7).
Exemple : « Le T2 de l'Éducation nationale dépasse 60 Md€ » signifie que plus de 60 Md€ du budget du ministère sont consacrés aux salaires et charges des agents — professeurs, personnels administratifs et CAS Pensions inclus.
Versant (de la fonction publique)
La fonction publique française est organisée en trois versants, qui désignent les grandes branches selon la nature de l'employeur public et les règles applicables (statut, retraite, financement).
FPE (Fonction publique d'État) : agents des ministères — enseignants, policiers, magistrats, militaires, agents des finances publiques. Employeur : l'État. Retraites : CAS Pensions.
FPT (Fonction publique territoriale) : agents des communes, départements, régions et intercommunalités — agents municipaux, policiers municipaux, personnels techniques. Employeur : la collectivité. Retraites : CNRACL.
FPH (Fonction publique hospitalière) : agents des hôpitaux publics, EHPAD publics et établissements médico-sociaux. Employeur : l'établissement. Retraites : CNRACL (fonctionnaires) et IRCANTEC (contractuels).
Cette distinction est déterminante en finances publiques : les règles de retraite, les démographies et les employeurs diffèrent — un recrutement dans une mairie (FPT) n'impacte pas le CAS Pensions de l'État, à la différence d'un recrutement dans un ministère (FPE).
Traitement indiciaire brut (TIB)
Rémunération de base d'un fonctionnaire, calculée en multipliant la valeur du point d'indice (4,92 €/point en 2025) par l'indice majoré correspondant à son grade et échelon.
Point d'indice
Valeur unitaire (en €) servant de base au calcul de tous les traitements dans la fonction publique. Sa revalorisation est décidée par décret gouvernemental. Valeur actuelle : 4,92 € (depuis juillet 2023).
GVT
Glissement-Vieillesse-Technicité. Dérive automatique de la masse salariale due aux avancements d'échelon (ancienneté), changements de grade (promotions) et changements de corps — indépendamment de toute décision politique.
CAS Pensions
Compte d'Affectation Spéciale « Pensions ». Retrace les pensions versées aux fonctionnaires civils et militaires. Financé par la cotisation employeur de l'État : 78,28 % du TIB en 2025, 82,28 % en 2026 (PLF 2026). Programme 741 PLF 2026 : 66,1 Md€ dont 64,3 Md€ de pensions.
CNRACL
Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales. Gère les retraites des fonctionnaires FPT et FPH. Taux employeur 2025 : 31,65 % du traitement brut (en hausse structurelle, projection 35-38 % d'ici 2030).
RIFSEEP
Régime Indemnitaire tenant compte des Fonctions, Sujétions, Expertise et Engagement Professionnel. Régime indemnitaire harmonisé depuis 2014-2020 dans les 3 versants, composé de l'IFSE (fixe) et du CIA (variable annuel).
IFSE
Indemnité de Fonctions, Sujétions et Expertise. Composante fixe du RIFSEEP, versée mensuellement, tenant compte du groupe de fonctions et de l'expérience professionnelle.
CIA
Complément Indemnitaire Annuel. Composante variable du RIFSEEP, versée en une ou deux fois, censée récompenser l'engagement professionnel individuel. En pratique souvent symbolique (200-500 €/an).
NBI
Nouvelle Bonification Indiciaire. Majoration du traitement (en points d'indice) accordée à certains agents exerçant des fonctions particulièrement responsables ou dans des zones difficiles.
SFT
Supplément Familial de Traitement. Complément de rémunération versé aux fonctionnaires ayant au moins 1 enfant à charge. Montant variable selon le nombre d'enfants et le traitement de base.
Effet noria
Économie générée par le remplacement d'un agent senior (salaire élevé en fin de carrière) par un agent junior (salaire bas en début de carrière). En FPE, l'effet noria représente environ 15 000-25 000 € d'économie par remplacement.
APUC
Administrations Publiques Centrales. Périmètre consolidé État (FPE ministères) + Organismes Divers d'Administration Centrale (ODAC = opérateurs). Masse salariale APUC 2025 : ~188 Md€ (estimation, +1,9 % vs 2024 — INSEE comptes APU 2025).
ETPT
Équivalent Temps Plein Travaillé. Unité de mesure des effectifs qui tient compte de la quotité de travail et de la présence sur l'année. Un mi-temps présent toute l'année = 0,5 ETPT.

7 Pyramides des âges — FPE, FPT, ministères, catégories ↗ Zoom APUC & Retraites

La démographie de la fonction publique est le facteur structurant n°1 de la masse salariale future. Le pic des 50-54 ans dans la FPE, les 46 ans de moyenne FPT et les écarts extrêmes entre Bercy (48 ans) et la Défense (34 ans) dessinent des trajectoires budgétaires très différentes selon les versants et les ministères.

Fonction Publique d'État 2023 — 2 559 000 agents · Âge moyen : 43,5 ans · 35,6 % ont 50 ans ou plus · 56,5 % de femmes · Source : DGAFP Rapport annuel 2024

43,5 ans
Âge moyen FPE
35,6 %
Agents ≥ 50 ans (pic 50-54)
875 000
Départs potentiels 2025-2040
56,5 %
Part des femmes (FPE civile)
Hommes
Âge
Femmes
8 k
15–19
10 k
52 k
52 k
20–24
61 k
61 k
102 k
102 k
25–29
114 k
114 k
115 k
115 k
30–34
128 k
128 k
122 k
122 k
35–39
144 k
144 k
128 k
128 k
40–44
158 k
158 k
136 k
136 k
45–49
174 k
174 k
157 k
157 k
50–54
198 k
198 k
152 k
152 k
55–59
192 k
192 k
98 k
98 k
60–64
128 k
128 k
22 k
22 k
65+
38 k
38 k
■ Hommes : ~1 092 000■ Femmes : ~1 345 000 (56,5 %)
🔴 Le pic des 50-54 ans : la bombe démographique FPE. La tranche 50-54 ans est la plus peuplée de toute la pyramide (157 k H + 198 k F = 355 000 agents). Ce sont les fonctionnaires recrutés massivement en 1993-2003. Ils partiront entre 2027 et 2037, créant un flux de départs sans précédent : ~60 000 à 65 000/an au pic 2032-2036. C'est la fenêtre de non-remplacement sélectif la plus favorable depuis 40 ans.

Source : DGAFP — Rapport annuel sur l'état de la fonction publique 2024, tableau démographique. Pyramide des âges FPE 2023.

Fonction Publique Territoriale 2023 — ~2 100 000 agents (dont 1 990 k ETPT) · Âge moyen : 46 ans · 44 % ont 50 ans ou plus · 61 % de femmes · Source : DGCL / DGAFP 2024

46 ans
Âge moyen FPT
(vs 43,5 FPE)
44 %
Agents ≥ 50 ans
(+8 pts vs FPE)
580 000
Cat. C partant 2025-2030
(générations 1960-1967)
61 %
Part des femmes FPT
Hommes
Âge
Femmes
2 k
15–19
3 k
20 k
20 k
20–24
32 k
32 k
58 k
58 k
25–29
90 k
90 k
80 k
80 k
30–34
125 k
125 k
105 k
105 k
35–39
158 k
158 k
118 k
118 k
40–44
175 k
175 k
138 k
138 k
45–49
195 k
195 k
135 k
135 k
50–54
190 k
190 k
112 k
112 k
55–59
155 k
155 k
45 k
45 k
60–64
62 k
62 k
6 k
65+
8 k
■ Hommes : ~819 000 (39 %)■ Femmes : ~1 193 000 (61 %)
La FPT est structurellement plus âgée que la FPE : 46 ans vs 43,5 ans. Cette différence s'explique par : (1) le gel quasi-total des recrutements FPT 2010-2014, (2) la domination de la catégorie C (76 % des effectifs) dont les carrières sont plus linéaires et les débouchés internes limités, (3) les collectivités rurales qui n'ont pas renouvelé leurs effectifs depuis 15 ans. Les départs 2025-2030 (580 000 cat. C) représentent une opportunité de départ sans plan social — mais aussi un risque de perte de savoir-faire technique dans les petites communes.

Source : DGCL Bilan social FPT 2023 ; DGAFP. Estimations arrondies à 1 000 agents. La FPT publie sa pyramide des âges moins finement que la FPE.

Comparaison côte à côte de la structure par âge des deux principaux versants. La FPT vieillit plus vite, avec un pic légèrement décalé vers 45-49 ans, tandis que la FPE a un pic 50-54 ans plus marqué.

Tranche d'âge FPE (k) FPE (%) FPT (k) FPT (%) Écart
< 25 ans1315,1 %572,7 %FPE plus jeune
25–34 ans45917,9 %35316,8 %Comparable
35–44 ans55221,6 %55626,5 %FPT plus peuplée
45–49 ans31012,1 %33315,9 %FPT +4 pts
50–59 ans69927,3 %59428,3 %Similaire — les deux exposées
60–64 ans2268,8 %1075,1 %FPE +3,7 pts
65+ ans602,3 %140,7 %FPE plus sénior
43,5 ans
Âge moyen FPE
Pic : 50-54 ans
46 ans
Âge moyen FPT
Pic : 45-49 et 50-54 ans
42 ans
Âge moyen FPH
Pic : 40-44 ans
45 ans
Moyenne OCDE
admin. publique
La FPH (hôpitaux) est la plus jeune des 3 versants — âge moyen 42 ans, grâce au recrutement continu de soignants. Mais elle souffre d'une pyramide brisée au niveau des 30-35 ans (effet Ségur + COVID qui a retardé de nombreuses entrées). La FPH a aussi la plus forte part de temps partiels (45 %), ce qui minore son âge moyen ETPT.

Les ministères ne vieillissent pas au même rythme. Bercy concentre le vieillissement le plus critique (52 % des agents ≥ 50 ans), tandis que la Défense reste structurellement jeune grâce aux militaires qui partent en moyenne à 41 ans. Ces écarts définissent des urgences budgétaires très différentes.

48 ans
Bercy — le plus vieux
52 % des agents ≥ 50 ans
34 ans
Défense — le plus jeune
12 % seulement ≥ 50 ans
43,5 ans
FPE moyenne
35,6 % ≥ 50 ans

Âge moyen et % ≥ 50 ans par ministère (2024)

💰 Bercy (Économie & Finances)
48 ans · DGFIP très exposée
48 ans
52 % ≥ 50
🌾 Agriculture (MASA)
46 ans · Opérateurs vieillissants
46 ans
44 % ≥ 50
🌱 Transition écologique & Mer
45 ans · DDT/DREAL touchées
45 ans
40 % ≥ 50
🎓 Éducation nationale (MEN + MESR)
44 ans · 1,2 M agents, masse critique
44 ans
36 % ≥ 50
⚖️ Justice
43 ans · Surveillants pénitentiaires : catégorie active
43 ans
32 % ≥ 50
— Moyenne FPE —
Référence 43,5 ans
43,5 ans
35,6 % ≥ 50
🤝 Affaires sociales & Santé
42 ans
42 ans
30 % ≥ 50
🔵 Intérieur (police, gendarmerie, préf.)
41 ans · Catégorie active (départ 57-59 ans)
41 ans
28 % ≥ 50
⚔️ Défense (armées + civils)
34 ans · Militaires : départ moyen 41 ans
34 ans
12 % ≥ 50
🏦 Le cas DGFIP — la bombe à retardement de Bercy. La Direction générale des Finances publiques (~94 000 agents) cumule toutes les vulnérabilités : âge moyen 49 ans, 55 % des agents ≥ 50 ans, gel des recrutements 2010-2018, et concurrence du secteur privé qui siphonne les jeunes diplômés fiscalistes. Résultat : 40 000 à 45 000 départs prévus entre 2025 et 2035. Si seulement 1 sur 3 est remplacé (grâce à la déclaration automatique, l'IA Galaxie et le prélèvement à la source), l'économie cumulée atteint 3,5 à 4,5 Md€ — sans dégradation du service fiscal, mais en supposant une digitalisation agressive.

Sources : DGAFP — Rapport annuel 2024, Tableau 4.1-1 (effectifs par ministère) et RAFP (données démographiques actuarielles 2024). Données civils uniquement pour la Défense.

Les catégories hiérarchiques (A, B, C) n'ont ni la même pyramide, ni la même dynamique de rémunération. La catégorie A+ est la plus âgée (50 ans en moyenne), la catégorie C FPT est celle qui vieillit le plus vite — ce sont elles qui vont créer les flux de départ les plus importants dans les 5 ans.

🏛️ FPE — Structure par catégorie
A+
140 k · 50 ans moy.
A
1 020 k · 44 ans moy.
B
460 k · 43 ans moy.
C
940 k · 43 ans moy.
Total : 2 560 k · Âge moyen : 43,5 ans
🏘️ FPT — Structure par catégorie
A
168 k · 44 ans moy.
B
336 k · 45 ans moy.
C
1 512 k · 47 ans moy.
Total : 2 016 k · Âge moyen : 46 ans

Analyse par catégorie : enjeux salariaux et démographiques

Catégorie Versant Effectif Âge moyen % ≥ 50 ans Salaire net moy. Enjeu principal
A+ (hors classe) FPE 140 k 50 ans ~60 % ~4 800 € Renouvellement HFP compétences
A (cadres) FPE 1 020 k 44 ans 38 % ~3 050 € Concurrence privé (–15 à –25 %)
A (cadres) FPT 168 k 44 ans 36 % ~2 900 € Pénurie DGS, DST, DPO
B (intermédiaire) FPE 460 k 43 ans 33 % ~2 180 € Automatisation (assistants, secrétaires)
B (intermédiaire) FPT 336 k 45 ans 40 % ~2 000 € Cat. B = pivot EPCI / mutualisation
C (exécution) FPT 1 512 k 47 ans 48 % ~1 780 € 580 k départs 2025-2030 !
C (exécution) FPE 940 k 43 ans 35 % ~1 620 € Automatisation partielle possible
La catégorie C FPT : la plus nombreuse, la plus âgée, la plus automatisable. Les 1,5 million d'agents de catégorie C dans la FPT sont au carrefour de trois dynamiques : (1) âge moyen 47 ans → 580 000 départs 2025-2030, (2) 76 % du corps FPT → toute réforme structurelle passe par eux, (3) 60-70 % de leurs tâches sont automatisables via IA bureautique (cat. admin.) ou externalisation (espaces verts, cantines, gardiennage). Le non-remplacement sélectif de la moitié de ces départs représenterait une économie de 5-7 Md€/an en régime de croisière.

Le périmètre régalien (Défense, Intérieur, Justice) représente 658 000 agents à l'âge moyen de 39 ans — soit 4,5 ans de moins que le reste de la FPE. Cette différence s'explique par le taux de rotation élevé (militaires, gardiens de la paix), les catégories actives qui permettent un départ anticipé (57-59 ans), et les recrutements réguliers liés aux priorités politiques.

39 ans
Âge moyen Régalien
Défense + Intérieur + Justice
45 ans
Âge moyen « Autres FPE »
(EN, Bercy, MTE, MASA, etc.)
658 000
Agents régaliens
(25,4 % de la FPE)
1 929 000
Autres FPE
(74,6 % de la FPE)

Structure démographique comparée — Régalien vs Autres FPE

Tranche Régalien (k) % régalien Autres FPE (k) % autres Écart
< 25 ans7210,9 %593,1 %Régalien +7,8 pts (recrute jeune)
25–34 ans19830,1 %26113,5 %Régalien +16,6 pts
35–44 ans19229,2 %36018,7 %Régalien +10 pts
45–49 ans9113,8 %21911,3 %Comparable
50–54 ans588,8 %29715,4 %Autres +6,6 pts
55–59 ans385,8 %30615,9 %Autres +10 pts
≥ 60 ans91,4 %42722,2 %Autres +20 pts — choc démographique
TOTAL658100 %1 929100 %Profils radicalement différents
Règle de différenciation recommandée par Verdoso. La logique du non-remplacement différencié repose exactement sur cet écart structurel :
  • Régalien (Défense, Intérieur, Justice) → Remplacement 1 pour 1 voire +5 % sur Justice. Priorité absolue.
  • Éducation nationale (enseignants) → Remplacement 1 pour 1, mais redéploiement via baisse démographique (−1,68 M élèves d'ici 2035 = −90 000 classes potentielles).
  • Bercy + Douanes + Trésor → Remplacement 1 pour 3. IA + prélèvement à la source + déclaration auto libèrent 40 000-50 000 ETP.
  • Ministères transversaux (MTE, MASA, affaires sociales) → Remplacement 1 pour 2.
  • Opérateurs ODAC (482 k) → Remplacement 1 pour 3 + fusions d'agences.
Résultat cumulé : −63 Md€ sur 15 ans, 4 Md€/an en régime de croisière — sans aucun licenciement.

Sources : DGAFP — Tableau 4.1-1 par ministère 2024 ; RAFP données actuarielles ; données Défense : ministère des Armées, bilan social 2023. Calculs : extrapolations cohortes DGAFP.

Projection cohorte par cohorte 2025-2040. La réforme des retraites 2023 (âge légal 64 ans pour la génération 1968) décale le pic des départs FPE vers 2032-2035. Sur 15 ans, 875 000 agents civils FPE partiront à la retraite — 33,8 % de l'effectif — créant une fenêtre de non-remplacement sélectif sans précédent depuis 40 ans.

875 000
Départs FPE 2025-2040
33,8 % de l'effectif
2034
Année du pic FPE
65 000 départs/an
21 Md€
Économies cumulées
scén. S1 (2/3 remplacés)
42 Md€
Économies cumulées
scén. S2 (1/2 remplacés)

FPE — Départs en retraite projetés par année (2025–2040)

Projection par cohortes DGAFP, réforme retraites 2023. Historique : 45 300 départs en 2023, 47 000 en 2024 (DGAFP). Barre = volume relatif (max 2034 = 65 000 = 100 %).

Année
Volume départs FPE
Départs
Cumul
2025
47 000 47 000
2026
49 000 96 000
2027
51 000 147 000
2028
53 000 200 000
2029
56 000 256 000
2030
58 000 314 000
2031
61 000 375 000
2032 🔴
Génération 1968 — réforme 2023
63 000 438 000
2033 🔴
Génération 1969
64 000 502 000
2034 🔴
▶ PIC HISTORIQUE — Génération 1970
65 000 567 000
2035 🔴
Génération 1971
63 000 630 000
2036
59 000 689 000
2037
53 000 742 000
2038
48 000 790 000
2039
44 000 834 000
2040
41 000 875 000 ✓
Montée en charge / Déclin (2025-2028, 2036-2040) Accélération (2029-2031) PIC 2032-2035 (générations 1968-1971)

Impact budgétaire par scénario de non-remplacement — FPE

Période Départs FPE Départs FPT* S1 — 2/3 remplacés S2 — 1/2 remplacés S3 — 1/3 remplacé
2025–2028 (montée en charge) 200 000 ~340 000 2,5 Md€ 5,0 Md€ 7,5 Md€
2029–2031 (accélération) 175 000 ~270 000 4,0 Md€ 8,0 Md€ 12,0 Md€
2032–2035 (PIC historique) 255 000 ~370 000 8,0 Md€ 16,0 Md€ 24,0 Md€
2036–2040 (déclin) 245 000 ~335 000 6,5 Md€ 13,0 Md€ 19,5 Md€
TOTAL 2025-2040 875 000 ~1 315 000 21 Md€ 42 Md€ 63 Md€

* Estimations FPT CNRACL (90-95 k départs/an en phase de pic). Économies FPE = postes non remplacés × 74 500 €/an (coût employeur moyen 2025, TIB + CAS Pensions 78,28 % + charges). S1 = 1/3 postes non remplacés · S2 = 1/2 · S3 = 2/3. Source APUC : zoom_APUC_pyramide_retraites.html, scénarios actuariels DGAFP.

🔑 La fenêtre 2032-2035 ne se rouvrira pas avant 2060. Sur 4 ans seulement, 255 000 fonctionnaires FPE partiront en retraite — l'équivalent des effectifs de l'Intérieur et de la Justice réunis. Si la règle de non-remplacement différencié est mise en place dès 2025, les économies s'accumulent progressivement pour atteindre 4 à 8 Md€/an en régime de croisière à partir de 2033. Sans action immédiate, les habitudes de recrutement se reconnectent et la fenêtre se ferme sans avoir été exploitée.
📊 Comment ils l'ont fait — benchmarks internationaux :
  • Canada 1994-1998 : gel des effectifs fédéraux, −45 000 agents (−15 %) via non-remplacement et départs volontaires incitatifs. Économies : 10 Md$ CAD sur 4 ans.
  • Suède 1994-2000 : non-remplacement différencié par agence. État central passé de 38 % à 28 % du PIB en 6 ans — sans réduction de qualité de service perçue par les citoyens.
  • Danemark 1997-2003 : fusion de communes (de 271 à 98) + non-remplacement structurel. Productivité par agent +22 % en 6 ans.
  • Pays-Bas 2007-2012 : "taakstellingen" (objectifs chiffrés par ministère). −12 % effectifs en 5 ans, économies de 1,8 Md€/an atteintes sans licenciement.

Sources : DGAFP Rapport annuel 2024 (départs historiques 2014-2024, pyramide âges) · Projection cohortes : extrapolation DGAFP × réforme retraites 2023 (L. 2023-270) · CNRACL Rapport actuariel 2024 · CAS Pensions DGFiP 2024 · OCDE Government at a Glance 2023 · Voir aussi : Zoom APUC Pyramide & Retraites