🇫🇷 Finances Publiques
📊 Finances générales
Tableau Emplois-Ressources APU 2025 — Vue d'ensemble Tableau Emplois-Ressources APU 2025 Protection Sociale — 886 Md€ (2025) APU hors social — 922 Md€ (2025) Compte Simplifié APU — 1 670 Md€ (2025) PIB & Comptes de la Nation 2000–2025 Prélèvements obligatoires 2016–2025 D41 — Dépenses d'intérêts des APU PLF 2027 — Dashboard Trajectoire 2029
💰 Fiscalité & Recettes
Zoom TVA — ~206 Md€ (2025) Zoom IR — ~92 Md€ (2025) Zoom IS — ~59 Md€ (2025) Zoom CSG & CRDS — ~170 Md€ (2025) Zoom Cotisations Patronales (2025) Zoom Cotisations Salariales — ~120 Md€ (2025) Zoom Impôts sur la production — ~129 Md€ (2025) Zoom Taxe sur les Salaires — ~16 Md€ (2025) Zoom TICPE / Accises Énergie — ~37 Md€ (2025) Zoom Taxes Comportementales — ~19 Md€ (2025) Zoom Fiscalité locale — TF & ex-TH (2025) Zoom DMTO — ~11 Md€ (2025) Zoom Successions & Donations — ~21 Md€ (2025) Zoom Autres Impôts Directs (D59) — ~7 Md€ (2025) Zoom Ventes & Recettes de Production — 130 Md€ (2025) D4 — Revenus de la propriété APU : 23 Md€ (2025) Zoom Intérêts reçus & revenus financiers — 9 Md€ (2025)
🏛️ Dépenses & Fonctionnement
Zoom P2 — Consommations Intermédiaires — 161 Md€ (2025) Autres Fonctionnement — Dépenses de l'État 2023-2025 Investissement public (P51g) — France 2025 Autres acquisitions d'actifs non financiers (ANF) 2024 DECP — Conseil, AMO, Juridique, Audit Décomposition 193 Md€ — Transferts & Subventions (2025) D3 — Subventions aux producteurs (Énergie, Agriculture) D7 — Transferts courants aux ménages
👥 Emploi public
FPE — 2,59 M agents (2025) FPT — 2,02 M agents (2025) FPT Effectifs — Filières & métiers (2025) Éducation nationale — 1,2 M agents (2024-2025) ATSS Éducation nationale — 287 k non-enseignants (2025) Syndicats Éducation nationale — Revendications 2020-2025 Doublons FPE–FPT — Compétences partagées APUC — Pyramide des âges & départs retraite 2025-2040 Rémunération des agents publics 2025 Réformes FP 2015-2025 — Syndicats & Think tanks MASA — 30 458 fonctionnaires (2025) Enseignement agricole — 13 820 enseignants / 217 702 apprenants
🛡️ Protection sociale
Retraites & Pensions — 413 Md€ (2025) Réforme des Retraites — Dossier Complet Dépenses de Santé 360° — France 2025 Chômage 2025 — Qui touche, qui finance, comment réformer Le coût caché du licenciement Autres Prestations APU — Famille, Invalidité, Solidarité (2025) Décomposition 771 Md€ — Prestations Sociales APU (2025) Flux de la Protection Sociale — 886 Md€ (2025) Cartographie des Organismes de Protection Sociale
⚙️ Réformes
15 Mesures pour revenir à −3 % du PIB Démonstration Mathématique — 15 Mesures Méthodologie — Bascule Cotisations / TVA / CSG Modèle — Réduction 25% Cotisations Patronales Aides Publiques aux Entreprises — France 2025 La Polémique des Chiffres sur les Aides aux Entreprises
🔧 Simulateurs
⭐ Simulateur Unifié — Dette, Arbitrage & ZBR Simulateur — Impact sur le Déficit et la Dette 2025 Simulateur ZBR — Arbitrage & Revue Zéro-Base
🔍 Analyses
Anatomie du Revenu Français Population & CSP France 2025 🎓 Les 3 Budgets Publics — Guide Pédagogique
Analyse finances publiques ·

Investissement & acquisitions d'actifs publics
P51g : anatomie de 132 milliards

La Formation Brute de Capital Fixe des administrations publiques (P51g en comptabilité nationale SEC 2010) représente le cœur de l'investissement public en France. Qui dépense ? Pour quoi ? Qui contrôle ? Qui en bénéficie ? Et où couper sans briser la croissance ?
Juin 2026 · Sources : INSEE Comptes nationaux APU 2025, FIPECO 2025, Cour des comptes, SGPI, Eurostat, HCFP

1 Qu'est-ce que P51g ? Cadrage conceptuel

Dans le système européen de comptabilité nationale SEC 2010 (équivalent du système ONU SNS), P51g désigne la Formation Brute de Capital Fixe des administrations publiques. C'est la grandeur de référence pour mesurer l'investissement public en comptabilité nationale.

Ce que P51g INCLUT

  • Acquisitions de bâtiments, ouvrages d'art, routes, réseaux
  • Achat de matériels durables (équipements, armements)
  • Dépenses de recherche & développement capitalisées
  • Acquisitions de logiciels et bases de données
  • Droits de propriété intellectuelle (brevets, licences)
  • Amélioration majeure des actifs existants

Ce que P51g N'INCLUT PAS

  • Les subventions d'investissement versées au privé (P51 ≠ financement public total)
  • Les acquisitions d'actifs financiers (prises de participation)
  • Les transferts en capital aux entreprises publiques
  • L'entretien courant (dépenses de fonctionnement)
  • La consommation de capital fixe (amortissement)
  • La variation de stocks (P52)
⚠️ Attention aux périmètres P51g (131,6 Md€ en 2025) ≠ financement public de l'investissement (165,6 Md€, qui ajoute les subventions d'investissement versées au secteur privé, soit 34,0 Md€) ≠ dépenses d'investissement budgétaires LOLF (qui incluent certains transferts en capital). Ces trois grandeurs mesurent des choses différentes. Dans ce document, nous couvrons l'ensemble du financement public.

2 Chiffres clés 2025

131,6
Md€
FBCF des APU (P51g)
en comptabilité nationale 2025
165,6
Md€
Investissement public total
= P51g + subventions d'investissement (34,0 Md€)
5,5%
du PIB
Part de l'investissement public total
dans la richesse nationale (PIB ~2 991 Md€)
+3,2%
en valeur
Hausse 2024→2025
(127,5 → 131,6 Md€) — ralentissement
~78 Md€
~59% du total
Collectivités locales (APUL)
dont communes +7,6% en 2025
~45 Md€
~34% du total
État et opérateurs nationaux
(dont ~54% en R&D/droits)
~9 Md€
~7% du total
ASSO — hôpitaux publics
et organismes sociaux
4,4%
du PIB
FBCF APU seule
(131,6 / 2 991 Md€)
📉 Ralentissement marqué en 2025 Après +8,7% en 2023 et +6,5% en 2024, la FBCF des APU ne progresse plus que de +3,2% en 2025. La contribution de la FBCF à la croissance des dépenses publiques tombe à +0,2 point (contre +0,5 pt en 2024). En revanche, les investissements des collectivités locales (APUL) restent très dynamiques (+7,6%), portés par le cycle électoral pré-municipales 2026.

Sources : INSEE Comptes nationaux APU 2025 (base 2020, publication mai 2025) ; FIPECO fiche « L'investissement public » mise à jour 2025 ; PIB 2025 : ~2 991 Md€ (INSEE)

3 Évolution historique 2000–2025

Série longue FBCF des APU (Md€ courants)

Année FBCF APU (Md€) % PIB Variation Contexte
200049,23,2%Expansion économique, décentralisation 2003 en préparation
200460,13,5%+22%Acte II décentralisation → transferts de compétences aux collectivités
200772,33,7%+20%Pic pré-crise ; lancement SNCF/LGV, Plan Campus
200974,83,9%+4%Plan de relance Sarkozy (35 Md€) → investissement maintenu
201177,03,7%+3%Pic post-crise 2008 ; début rigueur budgétaire Hollande (2012)
201475,83,5%-2%Baisse DGF aux collectivités (−3,7 Md€/an 2015-2017) → contraction locale
201778,43,4%+3%Stabilisation ; lancement Grand Plan Investissement (57 Md€ 2018-2022)
201991,23,7%+16%France Relance en préparation ; investissement local en hausse électorale
202084,93,7%-7%COVID-19 : chantiers arrêtés Q1-Q2 ; PIB -7,9%
202189,73,6%+6%France Relance (100 Md€) ; lancement France 2030 (54 Md€)
2022~1003,8%+11%Accélération France 2030 ; hausse matières premières +18%
2023~1174,3%+8,7%Maintien investissement ; début resserrement budgétaire
2024127,54,5%+6,5%Cycle électoral local (avant 2026) ; dernières tranches France 2030
2025131,64,4%+3,2%Ralentissement ; APUL dynamiques (+7,6%) ; déficit 5,1% PIB (152,5 Md€)

Évolution de la FBCF des APU (Md€ courants)

492000
602004
722007
752009
772011
762014
782017
912019
852020
902021
1002022
1172023
1282024
1322025

Note : en valeur courante. En volume (hors inflation), la progression est moins spectaculaire : les coûts de construction ont augmenté de ~30% depuis 2015. Source : INSEE Comptes nationaux APU 2025.

📊 La grande illusion des chiffres courants En euros constants 2015, la FBCF publique de 2025 est d'environ 105 Md€, contre 91 Md€ en 2000 — soit +15% en 25 ans. L'essentiel de la hausse nominale (+168%) est de l'inflation. En volume, la France investit proportionnellement moins qu'elle ne le croit. Source : INSEE Comptes nationaux APU 2025.

4 Répartition détaillée par acteur

Collectivités locales (APUL) — +7,6% en 2025
~59% — ~78 Md€
~78 Md€
État direct
~18% — ~24 Md€
~24 Md€
Opérateurs de l'État
~16% — ~21 Md€
~21 Md€
Hôpitaux publics (ASSO)
~6% — ~8 Md€
~8 Md€
Autres ASSO (Sécu, Unédic)
~1%
~1 Md€

Source : FIPECO 2025 — répartition historique APUL ~59%, État + opérateurs ~34%, ASSO ~7-10%. Investissements APUL très dynamiques en 2025 (+7,6%, INSEE).

Répartition par nature d'investissement (2025)

Construction & génie civil
58% du total
~76 Md€
R&D + droits de propriété
25%
~33 Md€
Matériels de transport
5%
~7 Md€
Matériels et équipements
7%
~9 Md€
Autres actifs incorporels
5%
~7 Md€

Source : FIPECO 2025, proportions par nature sur base FBCF APU 131,6 Md€.

💡 Deux logiques d'investissement radicalement différentes L'État et ses opérateurs investissent pour plus de la moitié en R&D et droits de propriété intellectuelle (CNRS, CEA, CNES, Universités, logiciels militaires). Les collectivités locales, elles, investissent aux deux tiers en construction — routes, bâtiments scolaires, gymnases, réseaux d'eau — avec des retombées directes sur le BTP local.

5 Lignes détaillées — par grande catégorie

A. L'investissement de l'État (missions LOLF, ~25 Md€)

Mission / DomaineMontant estiméPrincipale nature
Défense (LPM 2024-2030)~13 Md€Matériels militaires, navires, aéronefs, systèmes numériques
Enseignement supérieur & Recherche (MESR)~3,5 Md€Bâtiments universitaires, équipements lourds de recherche (synchrotrons, calcul)
Infrastructures de transport (AFITF)~3,2 Md€Routes nationales, régénération ferroviaire, fluvial
Justice (construction tribunaux/prisons)~1,2 Md€Nouvelles places de prison (15 000 annoncées), rénovation palais
Numérique & systèmes d'information État~1,0 Md€Logiciels régaliens (SI fiscaux, Chorus, systèmes Police)
Culture (monuments, musées nationaux)~0,8 Md€Restauration patrimoine, grands travaux (Musée de Cluny, etc.)
Autres missions~2,3 Md€Environnement, Agriculture, Intérieur (commissariats)
🚨 Défense = 52% de l'investissement direct de l'État La LPM 2024-2030 porte l'effort de défense à 413 Md€ sur 7 ans, dont une part croissante en acquisitions d'armements (chars Leclerc rénovés, frégates FDI, avions MRTT, dissuasion nucléaire). La France est dans une phase de rattrapage capacitaire après deux décennies de sous-investissement militaire.

B. Les opérateurs de l'État (~23 Md€)

OpérateurMontant estiméInvestissements typiques
SNCF Réseau~7 Md€Régénération voies ferrées, LGV, quais, signalisation ERTMS
Sociétés du Grand Paris (SGP)~3,5 Md€Tunnels, gares GPE lignes 15/16/17/18
CEA, CNRS, INRAE, INRIA~2,5 Md€Équipements scientifiques, bâtiments de recherche
Universités (PRES, ComUE)~2,0 Md€Rénovation thermique campus, résidences étudiantes
CNES (espace)~0,9 Md€Satellites, lanceurs, télescopes spatiaux
ANR, Bpifrance (France 2030)~2,5 Md€Subventions R&D capitalisées sur projets industriels
Autres opérateurs (ONF, VNF, ADEME...)~4,1 Md€Forêts, canaux, équipements environnementaux

C. Les collectivités locales (~78 Md€) — détail par strate (2025)

StrateMontant 2025 (est.)PartSpécialité
Communes (≤500 hab.)~9 Md€12%Mairies, écoles primaires, voiries communales, salles polyvalentes
Communes (500–10k hab.)~16 Md€21%Gymnases, médiathèques, zones d'activités, eau/assainissement
Grandes villes (>10k hab.)~14 Md€18%Tramways, parkings, équipements culturels, logement social
EPCI / intercommunalités~12 Md€16%Déchets, transports, zones économiques, tourisme
Départements~12 Md€15%Routes départementales, collèges, aide sociale à l'enfance
Régions~15 Md€19%Lycées, TER, ports, aéroports régionaux, formation professionnelle
📅 Le cycle électoral, moteur majeur de l'investissement local La Cour des comptes documente un phénomène systématique : les dépenses d'investissement des collectivités augmentent de 10 à 15% les 2 ans avant une élection locale (cycle de 6 ans). 2025 confirme le phénomène avec +7,6% pour les APUL (INSEE), année d'accélération avant les municipales de 2026. C'est rationnel pour les élus, problématique pour la soutenabilité.

D. Hôpitaux publics (~9 Md€)

CatégorieMontantNature
CHU / CHR (grands centres)~4 Md€Équipements lourds (IRM, scanners, robots chirurgicaux), bâtiments
Centres hospitaliers généraux~3 Md€Rénovation, mise aux normes HQE, systèmes informatiques
Psychiatrie, SSR, EHPAD publics~2 Md€Travaux adaptation personnes âgées, numérique santé

6 Objectifs déclarés de chaque ligne

🛡️ Défense

  • Atteindre 2% du PIB (objectif OTAN)
  • Modernisation dissuasion nucléaire (SNLE 3G, ASMP-A rénové)
  • Supériorité opérationnelle face à menaces russes/chinoises
  • Interopérabilité avec alliés (OTAN, UE)

🚄 Transports

  • Désaturation réseau ferré francilien (GPE)
  • Décarbonation du transport (modal shift fret)
  • Désenclavement territoires (LGV Bordeaux-Dax, PACA)
  • Régénération d'un réseau vieillissant (20% voies hors norme)

🔬 Recherche

  • Rattraper le retard / objectif 3% PIB (actuellement 2,2%)
  • Souveraineté technologique (semi-conducteurs, IA, quantique)
  • Maintien rang scientifique France (rang 5 mondial)
  • France 2030 : leadership dans 10 secteurs stratégiques

🏫 Éducation locale

  • Rénovation thermique des 60 000 écoles primaires
  • Construction dans zones de croissance démographique
  • Mise aux normes accessibilité et parasismique
  • Numérique éducatif (ENT, tablettes)

🏥 Santé / Hôpitaux

  • Remédiation à la dette immobilière (Ségur 2021)
  • Transition numérique (Mon Espace Santé)
  • Capacité en lits (après suppression post-COVID)
  • Équipements imagerie médicale (rattrapage OCDE)

🌿 Transition écologique

  • Rénovation énergétique parc public (100 M m² État)
  • Recharge VE sur domaine public
  • Biodiversité (renaturation, ZACF)
  • Adaptation au changement climatique (digues, forêts)

7 Qui décide de l'allocation ? Le processus de décision

Architecture globale de décision

L'investissement public en France est décidé selon trois circuits parallèles qui obéissent à des logiques radicalement différentes :

Circuit 1 : L'État central

Décision dans le cadre de la LOLF (Loi Organique sur les Lois de Finances). Chaque mission soumet ses besoins lors de la conférence budgétaire annuelle (avril-juillet). La DGFIP et la Direction du Budget arbitrent. Le Premier ministre tranche les désaccords. L'Assemblée nationale vote en PLF (septembre-décembre).

Acteurs clés : PM → Ministre du Budget → Direction du Budget → Secrétaire Général du Gouvernement

Circuit 2 : Les opérateurs / France 2030

Le SGPI (Secrétariat Général pour l'Investissement, ex-CGI) pilote France 2030. Les appels à projets passent par ANR, Bpifrance, ADEME. Un comité de pilotage interministériel valide les grandes enveloppes. Les décisions d'allocation finale se font programme par programme.

Acteurs clés : SGPI → Comité stratégique France 2030 → Premier ministre → agences opératrices

Circuit 3 : Les collectivités

Souveraineté de l'assemblée délibérante locale (conseil municipal, départemental, régional). Le maire/président propose, l'assemblée vote le budget. Aucun contrôle a priori de l'État sur l'opportunité (seulement la légalité via le préfet et la CRC).

Acteurs clés : Exécutif local → Assemblée délibérante → CRC (ex-post) → Préfet (légalité)

Le processus décisionnel pour les grands projets d'État


Identification besoin
Ministère porteur

Évaluation socio-éco
CGI/SGPI (>20M€)

Contre-expertise
Indépendante (>100M€)

Conférence budgétaire
Dir. Budget + DGFIP

Arbitrage PM
Réunions intermin.

PLF — Vote AN
Autorisation AE/CP

Exécution
Marchés publics
⚠️ La faiblesse structurelle du système de décision Le système de décision souffre de trois biais majeurs : (1) le biais du promoteur — les études socio-économiques sont réalisées par le porteur du projet qui a intérêt à sous-estimer les coûts et surestimer les bénéfices ; (2) le phénomène d'escalade de l'engagement — une fois des milliards engagés, il est politiquement impossible d'arrêter un projet même non rentable ; (3) l'éparpillement — 300+ lignes budgétaires, 200+ opérateurs, 35 000 communes : impossible d'optimiser globalement.

Le rôle particulier des contrats État-Région (CPER)

Les Contrats de Plan État-Région (CPER) 2021-2027 représentent ~40 Md€ de cofinancement partagé État/Régions sur la période. Ils financent transports, enseignement supérieur, transition écologique et innovation. La décision y est négociée bilatéralement entre chaque préfet de région et l'exécutif régional — une forme de contractualisation qui responsabilise mais ralentit.

8 Système de contrôle et d'évaluation

Le dispositif réglementaire

Évaluation ex-ante obligatoire (Décret 2013-1211)

Depuis le décret du 23 décembre 2013 (art. 17 LPFP 2012-2017), tout projet dépassant 20 M€ financé par l'État doit faire l'objet d'une évaluation socio-économique préalable. Au-delà de 100 M€, une contre-expertise indépendante est obligatoire.

Entre 2013 et 2022, 101 dossiers de contre-expertise ont été réalisés, représentant 115 Md€ d'investissements. Le SGPI pilote le dispositif.

Contrôle ex-post : la Cour des comptes

La Cour des comptes réalise des audits de performance sur les grands projets (rapports thématiques). Elle a notamment critiqué :

  • Le pilotage du Grand Paris Express (2022, 2024)
  • Les Très Grandes Infrastructures de Recherche (2019)
  • France 2030 (rapport 2024)
  • La politique d'investissement hospitalier (2023)
2013
Décret 2013-1211 : instauration de l'évaluation socio-économique obligatoire. Création du Commissariat Général à l'Investissement (CGI).
2018
Rapport IGF-CGEDD : bilan mitigé du dispositif. Beaucoup d'évaluations réalisées a posteriori (projet déjà décidé). Recommandation d'indépendance renforcée.
2021
Guide de l'évaluation socio-économique (France Stratégie, sept. 2023) : harmonisation des méthodologies, valeur tutélaire du carbone, valeur de la vie humaine, taux d'actualisation social.
2024
Réforme SGPI : le SGPI devient le bras armé de France 2030. Sa capacité de contre-expertise reste insuffisante face au volume de projets soumis.

Les organes de contrôle par circuit

OrganePérimètreNature du contrôleLimite
SGPI / CGIGrands projets État (>20M€)Évaluation ex-ante, contre-expertiseSous-doté, influence limitée sur décision politique
Cour des comptesEnsemble APUAudit ex-post, certification, rapports thématiquesPas de pouvoir de sanction, recommandations souvent ignorées
Chambres régionalesCollectivités localesAudit ex-post, avis sur budgets déséquilibrésAvis non contraignants ; contrôle a priori limité
Direction du BudgetCrédits ÉtatArbitrage AE/CP, norme de dépensesHorizon annuel, peu de vision pluriannuelle
IGFSur mandat ministérielAudits ciblés, revues de dépensesPas de saisine indépendante, rapports souvent classifiés
ParlementAutorisation PLFVote crédits, commission des financesInformation limitée, faible pouvoir d'amendement sur investissements pluriannuels

9 Budgets dépassés — Les cas emblématiques

📈 La règle, pas l'exception : 5 à 10 Md€ perdus chaque année Economiematin (2024) et plusieurs rapports parlementaires estiment que les dépassements de coûts sur la construction publique représentent entre 5 et 10 Md€ par an. La Cour des comptes documente des dérives systématiques de 20 à 30% sur les projets dépassant 100 M€.

Cas emblématiques de dépassements

ProjetBudget initialCoût réviséDépassementCause principale
Grand Paris Express (lignes 15-18) 22,6 Md€ (2013) ~45 Md€ (2025) +99% 🔴 Inflation BTP, complexité géologique, modifications de périmètre, JO 2024
Réacteur EPR Flamanville 3 3,3 Md€ (2006) ~23 Md€ (2024) +597% 🔴 Perte de compétences industrielles, soudures défectueuses, requalification technique
LGV Bordeaux-Toulouse 14 Md€ (2021) ~22 Md€ (2025) +57% 🔴 Inflation matériaux, révision études géotechniques, contentieux foncier
Programme LOUVOIS (soldes armée) 100 M€ (2013) ~500 M€ (2023) +400% 🔴 Échec système informatique, millions de trop-perçus, refonte complète (Source Solde)
Cité des Archives (Pierrefitte) 120 M€ (2005) ~256 M€ (2013) +113% 🔴 Désamiantage imprevu, modifications programme architectural
Plan Hôpital 2012 10 Md€ (2003) ~18 Md€ (2012) +80% 🔴 Dette hospitalière structurelle, modèle PPP coûteux, surestimation recettes

Pourquoi les dépassements sont-ils systématiques ?

Biais d'optimisme

Le promoteur d'un projet sous-estime systématiquement les coûts et surestimer les bénéfices pour obtenir l'autorisation. Daniel Kahneman appelle ce phénomène Planning Fallacy — documenté sur 258 projets d'infrastructure dans 20 pays (Flyvbjerg, Oxford).

Escalade de l'engagement

Une fois qu'un projet a engagé des milliards, il est politiquement quasi-impossible de l'arrêter. Le coût politique d'un abandon est plus élevé que celui de continuer, même à perte. Le Concorde est l'archétype français de ce phénomène.

Marchés publics rigides

La réglementation des marchés publics rend difficile les modifications en cours d'exécution. Chaque avenant significatif remet en question la mise en concurrence. Les entreprises anticipent et intègrent les surcoûts de flexibilité dans leurs prix initiaux.

10 Évaluation de la pertinence des choix

Grille d'évaluation — Rentabilité socio-économique estimée

Ligne d'investissement Pertinence économique Pertinence sociale Alternatives sous-utilisées Verdict
Défense (LPM) ✅ Rattrapage nécessaire post-dividende de la paix ✅ Souveraineté, emplois industriels qualifiés Mutualisation européenne (SCAF, coopération OTAN) JUSTIFIÉ
Régénération ferroviaire ✅ ROI positif, externalités CO₂, congestion ✅ Désenclavement, réduction temps trajet Entretien préventif > restauration curative PRIORITAIRE
Nouvelles LGV (Bordeaux-Toulouse, PACA) ⚠️ VAN souvent négative hors effets induits ⚠️ Bénéfice concentré sur grandes villes RER métropolitains, transports du quotidien DISCUTABLE
Grand Paris Express ✅ VAN positive si coûts maîtrisés ✅ Désenclavement banlieues, logement Extension lignes existantes moins coûteuse COÛTS EXCESSIFS
EPR 2 (6 réacteurs) ✅ Décarbonation, indépendance énergétique ⚠️ Long délai (2035+), coûts incertains EnR + stockage + sobriété plus rapides PARI INDUSTRIEL
France 2030 — R&D/Industrie ✅ Multiplicateur budgétaire 1,5-2x ✅ Formation, emplois qualifiés Périmètre trop large (54 Md€ dilués) GLOBALEMENT BON
Rénovation thermique bâtiments publics ✅ Économies énergie > coût sur 20 ans ✅ Emploi local non délocalisable Rythme actuel trop lent (100 ans pour tout le parc) SOUS-INVESTI
Numérique État (SI, dématérialisation) ✅ Gains de productivité agents ⚠️ Risques d'exclusion numérique Mutualisation insuffisante (chaque ministère son SI) À RATIONALISER
Stades, salles de spectacle ❌ ROI systématiquement surévalué ⚠️ Image politique locale > utilité collective PPP, délégation au privé À ÉVITER

Le diagnostic de FIPECO sur la pertinence des choix

François Ecalle (FIPECO) pointe que « la sélectivité de l'investissement public local est inégale » et que l'évaluation socio-économique, bien que légalement obligatoire pour les projets > 20 M€, reste contournée ou réalisée trop tardivement pour influencer les décisions. La règle d'or (emprunter pour investir) est souvent invoquée pour justifier n'importe quel investissement, y compris les moins rentables.

11 Les bénéficiaires de l'investissement public

Bénéficiaires directs (marchés et contrats)

BTP / Construction (Vinci, Bouygues, Eiffage + PME)
~45% de la FBCF
~57 Md€
Industries de défense (Naval, Dassault, KNDS, Thales)
~10%
~13 Md€
Industrie tech / systèmes d'information
~8%
~10 Md€
Recherche publique (CNRS, universités, CEA)
~12%
~15 Md€
Industries médicales (équipements hôpitaux)
~5%
~6 Md€
Transports (Alstom, RATP, SNCF fournisseurs)
~8%
~10 Md€
Autres (conseil, ingénierie, mobilier)
~12%
~15 Md€

Bénéficiaires indirects (usagers et territoires)

👥 Bénéficiaires diffus (citoyens)

  • Usagers des transports améliorés (GPE : 2M voyageurs/jour à terme)
  • Élèves dans des écoles rénovées (60k bâtiments)
  • Patients avec meilleurs équipements hospitaliers
  • Contribuables futurs (si investissement productif → croissance)
  • Riverains (réduction pollutions, inondations)

🏭 Bénéficiaires concentrés (secteurs)

  • Le BTP est le grand bénéficiaire structurel : ~57 Md€/an de commande publique directe
  • Les entreprises de défense (Naval Group, KNDS, Dassault, Thales) — quasi-monopoles nationaux
  • Les grandes entreprises de conseil (McKinsey, Capgemini) sur les SI publics
  • Les propriétaires fonciers — la LGV ou le GPE valorise massivement les terrains adjacents (capture de rente non taxée)
🔑 La question de la capture de valeur foncière — un impensé français Quand l'État investit 45 Md€ dans le Grand Paris Express, la valeur des terrains autour des 68 gares augmente de 20 à 40%. Cette plus-value foncière — estimée à des dizaines de milliards — est capturée quasi-intégralement par les propriétaires privés. Le Royaume-Uni (Community Infrastructure Levy), la Suisse et Singapour ont développé des mécanismes de récupération partielle de cette valeur. La France ne le fait pas, ou de façon marginale (taxe locale sur les plus-values). C'est un manque à gagner considérable pour les finances publiques.

12 Pistes de réduction et d'optimisation

L'enjeu n'est pas de réduire l'investissement public — la France a des besoins réels en infrastructures, transition énergétique et défense. L'enjeu est d'investir mieux pour le même prix, et d'éliminer les dépenses non rentables.

💡 Piste 1 : Évaluation ex-ante renforcée
Potentiel : 3-6 Md€/an évités

Rendre obligatoire et indépendant le processus d'évaluation socio-économique, avec contre-expertise par une institution véritablement indépendante (type Bureau fédéral du Plan belge). Interdire la décision de lancer un projet avant la validation de l'évaluation.

Modèle : UK HM Treasury Green Book — évaluation rigoureuse obligatoire avec analyse des alternatives.

🔧 Piste 2 : Entretien vs construction neuve
Potentiel : 4-8 Md€/an économisés

La France sous-investit dans l'entretien (maintenance préventive) et surinvestit dans le neuf. SNCF Réseau : chaque euro non dépensé en maintenance génère 8€ de travaux curatifs 10 ans plus tard. Même logique pour les routes et bâtiments publics.

Modèle : Suède — obligation légale de plans de maintenance pluriannuels pour tout patrimoine public.

🚫 Piste 3 : Stop aux équipements sans usage
Potentiel : 1-3 Md€/an

La Cour des comptes documente des dizaines de médiathèques, gymnases, salles de conférence construits sans étude de fréquentation. Obligation d'une étude d'usage projetée sur 15 ans, avec engagement de l'élu sur les charges de fonctionnement induits.

🔄 Piste 4 : Mutualisation des achats
Potentiel : 2-4 Md€/an

35 000 communes achètent séparément des équipements identiques. La mutualisation des commandes (centrales d'achat, groupements) peut générer 10 à 20% d'économies sur les matériels. L'Ugap traite seulement 4,3 Md€/an — 10x inférieur à son potentiel.

🏗️ Piste 5 : PPP mieux encadrés
Potentiel : ambigu

Les PPP/PFI ne sont pas une solution magique (le NHS britannique en a fait les frais). Mais pour certains actifs à usage commercial prévisible (parking, stades, logistique), le financement privé peut décharger le bilan public — à condition de négocier des clauses de partage de sur-rentabilité.

💰 Piste 6 : Récupérer la rente foncière
Potentiel : 3-5 Md€/an

Taxer les plus-values foncières générées par les investissements publics de transport et d'urbanisme. Mécanisme : prélèvement de 15-25% sur les plus-values immobilières dans un rayon de 800m des nouvelles gares et infrastructures. Redistribuer aux collectivités investisseuses.

Modèle : Community Infrastructure Levy (UK), LAV en Suisse.

⚠️ Ce qu'il NE FAUT PAS couper La régénération ferroviaire (30% du réseau hors normes), la rénovation thermique des bâtiments publics (ROI positif en moins de 15 ans), la R&D fondamentale (multiplicateur 1,5-2x), et les investissements de défense (rattrapage capacitaire nécessaire). Couper ces lignes serait une économie à court terme qui coûterait bien plus dans 10 ans.

13 Benchmark international

Investissement public en % du PIB (2025) — comparaisons OCDE

PaysFBCF APU % PIBPositionSpécificité
🇰🇷 Corée du Sud5,6%TOPTrès fort investissement en infrastructure numérique et ferré
🇯🇵 Japon5,2%TOPReconstruction post-catastrophes naturelles, vieillissement infrastr.
🇳🇴 Norvège4,9%HAUTPétrodollars recyclés en infrastr. publique (GPF exclut dépenses)
🇫🇷 France4,4%MÉDIAN HAUTNiveau élevé mais ralentissement en 2025 (+3,2%) ; qualité et pertinence en question
🇩🇪 Allemagne3,2%FAIBLEFreins constitutionnels (Schuldenbremse), infrastr. en retard
🇬🇧 Royaume-Uni3,0%FAIBLEDécennie d'austérité 2010-2019, infrastr. dégradée
🇺🇸 États-Unis3,5%MOYENIRA/Bipartisan Infrastructure Law relance depuis 2022
🇸🇪 Suède4,2%MOYEN HAUTInvestissement efficient, forte évaluation, bon entretien
🇨🇭 Suisse3,8%MOYENInvestissement bien ciblé (transports alpins), excédent budgétaire
Moyenne OCDE3,6%

La leçon suédoise : investir moins mais mieux

La Suède investit 4,2% du PIB (vs 4,4% pour la France en 2025) mais obtient de bien meilleurs résultats en qualité d'infrastructure (rang 3 mondial WEF, vs rang 8 pour la France). La raison : (1) une évaluation ex-ante rigoureuse et indépendante, (2) un fort accent sur la maintenance préventive, (3) des marchés publics concurrentiels avec peu d'opérateurs en situation de monopole, et (4) une vision pluriannuelle (plans d'investissement sur 10 ans).

Le paradoxe français

La France est parmi les pays de l'OCDE qui investissent le plus en proportion du PIB, mais son stock de capital public ne progresse pas proportionnellement. Deux raisons structurelles : (1) l'inflation des coûts de construction — les prix BTP ont augmenté de ~30% entre 2015 et 2025, bien au-delà de l'inflation générale ; (2) le vieillissement du patrimoine existant — la consommation de capital fixe (amortissement) absorbe une part croissante de l'investissement brut. En net, la France accumule peu.

🎯 Conclusion : 3 priorités concrètes 1. Investir dans ce qui a un ROI démontré : maintenance préventive > construction neuve, rénovation thermique (ROI positif en 15 ans), R&D fondamentale (multiplicateur >1,5x).
2. Mieux contrôler ce qui est décidé : contre-expertise systématique et indépendante, avec pouvoir de blocage réel sur les projets à VAN négative.
3. Récupérer la valeur créée : instaurer un prélèvement sur les plus-values foncières générées par les infrastructures publiques pour financer les prochaines. C'est équitable et vertueux.
Sources : INSEE Comptes nationaux APU 2025 (base 2020, publication mai 2025) ; FIPECO 2025 — « L'investissement public », « L'investissement public local », « Les besoins d'investissements publics » ; Cour des comptes — Finances publiques locales 2024 fascicule 2 ; Cour des comptes — « Les coûts du Grand Paris Express » ; SGPI / France 2030 — bilan engagements fin 2024 ; Décret n°2013-1211 du 23 décembre 2013 ; France Stratégie — Guide de l'évaluation socio-économique (sept. 2023) ; IGF — Rapport AFITF ; Sénat — Commission des finances, rapports sur le Grand Paris Express et les LGV ; Flyvbjerg B. (Oxford) — Études systématiques sur dépassements de coûts d'infrastructure.

Document élaboré par Verdoso — Finances Publiques France · Juin 2026