Dans le système européen de comptabilité nationale SEC 2010 (équivalent du système ONU SNS), P51g désigne la Formation Brute de Capital Fixe des administrations publiques. C'est la grandeur de référence pour mesurer l'investissement public en comptabilité nationale.
Sources : INSEE Comptes nationaux APU 2025 (base 2020, publication mai 2025) ; FIPECO fiche « L'investissement public » mise à jour 2025 ; PIB 2025 : ~2 991 Md€ (INSEE)
| Année | FBCF APU (Md€) | % PIB | Variation | Contexte |
|---|---|---|---|---|
| 2000 | 49,2 | 3,2% | — | Expansion économique, décentralisation 2003 en préparation |
| 2004 | 60,1 | 3,5% | +22% | Acte II décentralisation → transferts de compétences aux collectivités |
| 2007 | 72,3 | 3,7% | +20% | Pic pré-crise ; lancement SNCF/LGV, Plan Campus |
| 2009 | 74,8 | 3,9% | +4% | Plan de relance Sarkozy (35 Md€) → investissement maintenu |
| 2011 | 77,0 | 3,7% | +3% | Pic post-crise 2008 ; début rigueur budgétaire Hollande (2012) |
| 2014 | 75,8 | 3,5% | -2% | Baisse DGF aux collectivités (−3,7 Md€/an 2015-2017) → contraction locale |
| 2017 | 78,4 | 3,4% | +3% | Stabilisation ; lancement Grand Plan Investissement (57 Md€ 2018-2022) |
| 2019 | 91,2 | 3,7% | +16% | France Relance en préparation ; investissement local en hausse électorale |
| 2020 | 84,9 | 3,7% | -7% | COVID-19 : chantiers arrêtés Q1-Q2 ; PIB -7,9% |
| 2021 | 89,7 | 3,6% | +6% | France Relance (100 Md€) ; lancement France 2030 (54 Md€) |
| 2022 | ~100 | 3,8% | +11% | Accélération France 2030 ; hausse matières premières +18% |
| 2023 | ~117 | 4,3% | +8,7% | Maintien investissement ; début resserrement budgétaire |
| 2024 | 127,5 | 4,5% | +6,5% | Cycle électoral local (avant 2026) ; dernières tranches France 2030 |
| 2025 | 131,6 | 4,4% | +3,2% | Ralentissement ; APUL dynamiques (+7,6%) ; déficit 5,1% PIB (152,5 Md€) |
Note : en valeur courante. En volume (hors inflation), la progression est moins spectaculaire : les coûts de construction ont augmenté de ~30% depuis 2015. Source : INSEE Comptes nationaux APU 2025.
Source : FIPECO 2025 — répartition historique APUL ~59%, État + opérateurs ~34%, ASSO ~7-10%. Investissements APUL très dynamiques en 2025 (+7,6%, INSEE).
Source : FIPECO 2025, proportions par nature sur base FBCF APU 131,6 Md€.
| Mission / Domaine | Montant estimé | Principale nature |
|---|---|---|
| Défense (LPM 2024-2030) | ~13 Md€ | Matériels militaires, navires, aéronefs, systèmes numériques |
| Enseignement supérieur & Recherche (MESR) | ~3,5 Md€ | Bâtiments universitaires, équipements lourds de recherche (synchrotrons, calcul) |
| Infrastructures de transport (AFITF) | ~3,2 Md€ | Routes nationales, régénération ferroviaire, fluvial |
| Justice (construction tribunaux/prisons) | ~1,2 Md€ | Nouvelles places de prison (15 000 annoncées), rénovation palais |
| Numérique & systèmes d'information État | ~1,0 Md€ | Logiciels régaliens (SI fiscaux, Chorus, systèmes Police) |
| Culture (monuments, musées nationaux) | ~0,8 Md€ | Restauration patrimoine, grands travaux (Musée de Cluny, etc.) |
| Autres missions | ~2,3 Md€ | Environnement, Agriculture, Intérieur (commissariats) |
| Opérateur | Montant estimé | Investissements typiques |
|---|---|---|
| SNCF Réseau | ~7 Md€ | Régénération voies ferrées, LGV, quais, signalisation ERTMS |
| Sociétés du Grand Paris (SGP) | ~3,5 Md€ | Tunnels, gares GPE lignes 15/16/17/18 |
| CEA, CNRS, INRAE, INRIA | ~2,5 Md€ | Équipements scientifiques, bâtiments de recherche |
| Universités (PRES, ComUE) | ~2,0 Md€ | Rénovation thermique campus, résidences étudiantes |
| CNES (espace) | ~0,9 Md€ | Satellites, lanceurs, télescopes spatiaux |
| ANR, Bpifrance (France 2030) | ~2,5 Md€ | Subventions R&D capitalisées sur projets industriels |
| Autres opérateurs (ONF, VNF, ADEME...) | ~4,1 Md€ | Forêts, canaux, équipements environnementaux |
| Strate | Montant 2025 (est.) | Part | Spécialité |
|---|---|---|---|
| Communes (≤500 hab.) | ~9 Md€ | 12% | Mairies, écoles primaires, voiries communales, salles polyvalentes |
| Communes (500–10k hab.) | ~16 Md€ | 21% | Gymnases, médiathèques, zones d'activités, eau/assainissement |
| Grandes villes (>10k hab.) | ~14 Md€ | 18% | Tramways, parkings, équipements culturels, logement social |
| EPCI / intercommunalités | ~12 Md€ | 16% | Déchets, transports, zones économiques, tourisme |
| Départements | ~12 Md€ | 15% | Routes départementales, collèges, aide sociale à l'enfance |
| Régions | ~15 Md€ | 19% | Lycées, TER, ports, aéroports régionaux, formation professionnelle |
| Catégorie | Montant | Nature |
|---|---|---|
| CHU / CHR (grands centres) | ~4 Md€ | Équipements lourds (IRM, scanners, robots chirurgicaux), bâtiments |
| Centres hospitaliers généraux | ~3 Md€ | Rénovation, mise aux normes HQE, systèmes informatiques |
| Psychiatrie, SSR, EHPAD publics | ~2 Md€ | Travaux adaptation personnes âgées, numérique santé |
L'investissement public en France est décidé selon trois circuits parallèles qui obéissent à des logiques radicalement différentes :
Décision dans le cadre de la LOLF (Loi Organique sur les Lois de Finances). Chaque mission soumet ses besoins lors de la conférence budgétaire annuelle (avril-juillet). La DGFIP et la Direction du Budget arbitrent. Le Premier ministre tranche les désaccords. L'Assemblée nationale vote en PLF (septembre-décembre).
Acteurs clés : PM → Ministre du Budget → Direction du Budget → Secrétaire Général du Gouvernement
Le SGPI (Secrétariat Général pour l'Investissement, ex-CGI) pilote France 2030. Les appels à projets passent par ANR, Bpifrance, ADEME. Un comité de pilotage interministériel valide les grandes enveloppes. Les décisions d'allocation finale se font programme par programme.
Acteurs clés : SGPI → Comité stratégique France 2030 → Premier ministre → agences opératrices
Souveraineté de l'assemblée délibérante locale (conseil municipal, départemental, régional). Le maire/président propose, l'assemblée vote le budget. Aucun contrôle a priori de l'État sur l'opportunité (seulement la légalité via le préfet et la CRC).
Acteurs clés : Exécutif local → Assemblée délibérante → CRC (ex-post) → Préfet (légalité)
Les Contrats de Plan État-Région (CPER) 2021-2027 représentent ~40 Md€ de cofinancement partagé État/Régions sur la période. Ils financent transports, enseignement supérieur, transition écologique et innovation. La décision y est négociée bilatéralement entre chaque préfet de région et l'exécutif régional — une forme de contractualisation qui responsabilise mais ralentit.
Depuis le décret du 23 décembre 2013 (art. 17 LPFP 2012-2017), tout projet dépassant 20 M€ financé par l'État doit faire l'objet d'une évaluation socio-économique préalable. Au-delà de 100 M€, une contre-expertise indépendante est obligatoire.
Entre 2013 et 2022, 101 dossiers de contre-expertise ont été réalisés, représentant 115 Md€ d'investissements. Le SGPI pilote le dispositif.
La Cour des comptes réalise des audits de performance sur les grands projets (rapports thématiques). Elle a notamment critiqué :
| Organe | Périmètre | Nature du contrôle | Limite |
|---|---|---|---|
| SGPI / CGI | Grands projets État (>20M€) | Évaluation ex-ante, contre-expertise | Sous-doté, influence limitée sur décision politique |
| Cour des comptes | Ensemble APU | Audit ex-post, certification, rapports thématiques | Pas de pouvoir de sanction, recommandations souvent ignorées |
| Chambres régionales | Collectivités locales | Audit ex-post, avis sur budgets déséquilibrés | Avis non contraignants ; contrôle a priori limité |
| Direction du Budget | Crédits État | Arbitrage AE/CP, norme de dépenses | Horizon annuel, peu de vision pluriannuelle |
| IGF | Sur mandat ministériel | Audits ciblés, revues de dépenses | Pas de saisine indépendante, rapports souvent classifiés |
| Parlement | Autorisation PLF | Vote crédits, commission des finances | Information limitée, faible pouvoir d'amendement sur investissements pluriannuels |
| Projet | Budget initial | Coût révisé | Dépassement | Cause principale |
|---|---|---|---|---|
| Grand Paris Express (lignes 15-18) | 22,6 Md€ (2013) | ~45 Md€ (2025) | +99% 🔴 | Inflation BTP, complexité géologique, modifications de périmètre, JO 2024 |
| Réacteur EPR Flamanville 3 | 3,3 Md€ (2006) | ~23 Md€ (2024) | +597% 🔴 | Perte de compétences industrielles, soudures défectueuses, requalification technique |
| LGV Bordeaux-Toulouse | 14 Md€ (2021) | ~22 Md€ (2025) | +57% 🔴 | Inflation matériaux, révision études géotechniques, contentieux foncier |
| Programme LOUVOIS (soldes armée) | 100 M€ (2013) | ~500 M€ (2023) | +400% 🔴 | Échec système informatique, millions de trop-perçus, refonte complète (Source Solde) |
| Cité des Archives (Pierrefitte) | 120 M€ (2005) | ~256 M€ (2013) | +113% 🔴 | Désamiantage imprevu, modifications programme architectural |
| Plan Hôpital 2012 | 10 Md€ (2003) | ~18 Md€ (2012) | +80% 🔴 | Dette hospitalière structurelle, modèle PPP coûteux, surestimation recettes |
Le promoteur d'un projet sous-estime systématiquement les coûts et surestimer les bénéfices pour obtenir l'autorisation. Daniel Kahneman appelle ce phénomène Planning Fallacy — documenté sur 258 projets d'infrastructure dans 20 pays (Flyvbjerg, Oxford).
Une fois qu'un projet a engagé des milliards, il est politiquement quasi-impossible de l'arrêter. Le coût politique d'un abandon est plus élevé que celui de continuer, même à perte. Le Concorde est l'archétype français de ce phénomène.
La réglementation des marchés publics rend difficile les modifications en cours d'exécution. Chaque avenant significatif remet en question la mise en concurrence. Les entreprises anticipent et intègrent les surcoûts de flexibilité dans leurs prix initiaux.
| Ligne d'investissement | Pertinence économique | Pertinence sociale | Alternatives sous-utilisées | Verdict |
|---|---|---|---|---|
| Défense (LPM) | ✅ Rattrapage nécessaire post-dividende de la paix | ✅ Souveraineté, emplois industriels qualifiés | Mutualisation européenne (SCAF, coopération OTAN) | JUSTIFIÉ |
| Régénération ferroviaire | ✅ ROI positif, externalités CO₂, congestion | ✅ Désenclavement, réduction temps trajet | Entretien préventif > restauration curative | PRIORITAIRE |
| Nouvelles LGV (Bordeaux-Toulouse, PACA) | ⚠️ VAN souvent négative hors effets induits | ⚠️ Bénéfice concentré sur grandes villes | RER métropolitains, transports du quotidien | DISCUTABLE |
| Grand Paris Express | ✅ VAN positive si coûts maîtrisés | ✅ Désenclavement banlieues, logement | Extension lignes existantes moins coûteuse | COÛTS EXCESSIFS |
| EPR 2 (6 réacteurs) | ✅ Décarbonation, indépendance énergétique | ⚠️ Long délai (2035+), coûts incertains | EnR + stockage + sobriété plus rapides | PARI INDUSTRIEL |
| France 2030 — R&D/Industrie | ✅ Multiplicateur budgétaire 1,5-2x | ✅ Formation, emplois qualifiés | Périmètre trop large (54 Md€ dilués) | GLOBALEMENT BON |
| Rénovation thermique bâtiments publics | ✅ Économies énergie > coût sur 20 ans | ✅ Emploi local non délocalisable | Rythme actuel trop lent (100 ans pour tout le parc) | SOUS-INVESTI |
| Numérique État (SI, dématérialisation) | ✅ Gains de productivité agents | ⚠️ Risques d'exclusion numérique | Mutualisation insuffisante (chaque ministère son SI) | À RATIONALISER |
| Stades, salles de spectacle | ❌ ROI systématiquement surévalué | ⚠️ Image politique locale > utilité collective | PPP, délégation au privé | À ÉVITER |
François Ecalle (FIPECO) pointe que « la sélectivité de l'investissement public local est inégale » et que l'évaluation socio-économique, bien que légalement obligatoire pour les projets > 20 M€, reste contournée ou réalisée trop tardivement pour influencer les décisions. La règle d'or (emprunter pour investir) est souvent invoquée pour justifier n'importe quel investissement, y compris les moins rentables.
L'enjeu n'est pas de réduire l'investissement public — la France a des besoins réels en infrastructures, transition énergétique et défense. L'enjeu est d'investir mieux pour le même prix, et d'éliminer les dépenses non rentables.
Rendre obligatoire et indépendant le processus d'évaluation socio-économique, avec contre-expertise par une institution véritablement indépendante (type Bureau fédéral du Plan belge). Interdire la décision de lancer un projet avant la validation de l'évaluation.
Modèle : UK HM Treasury Green Book — évaluation rigoureuse obligatoire avec analyse des alternatives.
La France sous-investit dans l'entretien (maintenance préventive) et surinvestit dans le neuf. SNCF Réseau : chaque euro non dépensé en maintenance génère 8€ de travaux curatifs 10 ans plus tard. Même logique pour les routes et bâtiments publics.
Modèle : Suède — obligation légale de plans de maintenance pluriannuels pour tout patrimoine public.
La Cour des comptes documente des dizaines de médiathèques, gymnases, salles de conférence construits sans étude de fréquentation. Obligation d'une étude d'usage projetée sur 15 ans, avec engagement de l'élu sur les charges de fonctionnement induits.
35 000 communes achètent séparément des équipements identiques. La mutualisation des commandes (centrales d'achat, groupements) peut générer 10 à 20% d'économies sur les matériels. L'Ugap traite seulement 4,3 Md€/an — 10x inférieur à son potentiel.
Les PPP/PFI ne sont pas une solution magique (le NHS britannique en a fait les frais). Mais pour certains actifs à usage commercial prévisible (parking, stades, logistique), le financement privé peut décharger le bilan public — à condition de négocier des clauses de partage de sur-rentabilité.
Taxer les plus-values foncières générées par les investissements publics de transport et d'urbanisme. Mécanisme : prélèvement de 15-25% sur les plus-values immobilières dans un rayon de 800m des nouvelles gares et infrastructures. Redistribuer aux collectivités investisseuses.
Modèle : Community Infrastructure Levy (UK), LAV en Suisse.
| Pays | FBCF APU % PIB | Position | Spécificité |
|---|---|---|---|
| 🇰🇷 Corée du Sud | 5,6% | TOP | Très fort investissement en infrastructure numérique et ferré |
| 🇯🇵 Japon | 5,2% | TOP | Reconstruction post-catastrophes naturelles, vieillissement infrastr. |
| 🇳🇴 Norvège | 4,9% | HAUT | Pétrodollars recyclés en infrastr. publique (GPF exclut dépenses) |
| 🇫🇷 France | 4,4% | MÉDIAN HAUT | Niveau élevé mais ralentissement en 2025 (+3,2%) ; qualité et pertinence en question |
| 🇩🇪 Allemagne | 3,2% | FAIBLE | Freins constitutionnels (Schuldenbremse), infrastr. en retard |
| 🇬🇧 Royaume-Uni | 3,0% | FAIBLE | Décennie d'austérité 2010-2019, infrastr. dégradée |
| 🇺🇸 États-Unis | 3,5% | MOYEN | IRA/Bipartisan Infrastructure Law relance depuis 2022 |
| 🇸🇪 Suède | 4,2% | MOYEN HAUT | Investissement efficient, forte évaluation, bon entretien |
| 🇨🇭 Suisse | 3,8% | MOYEN | Investissement bien ciblé (transports alpins), excédent budgétaire |
| Moyenne OCDE | 3,6% | — | — |
La Suède investit 4,2% du PIB (vs 4,4% pour la France en 2025) mais obtient de bien meilleurs résultats en qualité d'infrastructure (rang 3 mondial WEF, vs rang 8 pour la France). La raison : (1) une évaluation ex-ante rigoureuse et indépendante, (2) un fort accent sur la maintenance préventive, (3) des marchés publics concurrentiels avec peu d'opérateurs en situation de monopole, et (4) une vision pluriannuelle (plans d'investissement sur 10 ans).
La France est parmi les pays de l'OCDE qui investissent le plus en proportion du PIB, mais son stock de capital public ne progresse pas proportionnellement. Deux raisons structurelles : (1) l'inflation des coûts de construction — les prix BTP ont augmenté de ~30% entre 2015 et 2025, bien au-delà de l'inflation générale ; (2) le vieillissement du patrimoine existant — la consommation de capital fixe (amortissement) absorbe une part croissante de l'investissement brut. En net, la France accumule peu.