🇫🇷 Finances Publiques
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Tableau Emplois-Ressources APU 2025 — Vue d'ensemble Tableau Emplois-Ressources APU 2025 Protection Sociale — 886 Md€ (2025) APU hors social — 922 Md€ (2025) Compte Simplifié APU — 1 670 Md€ (2025) PIB & Comptes de la Nation 2000–2025 Prélèvements obligatoires 2016–2025 D41 — Dépenses d'intérêts des APU PLF 2027 — Dashboard Trajectoire 2029
💰 Fiscalité & Recettes
Zoom TVA — ~206 Md€ (2025) Zoom IR — ~92 Md€ (2025) Zoom IS — ~59 Md€ (2025) Zoom CSG & CRDS — ~170 Md€ (2025) Zoom Cotisations Patronales (2025) Zoom Cotisations Salariales — ~120 Md€ (2025) Zoom Impôts sur la production — ~129 Md€ (2025) Zoom Taxe sur les Salaires — ~16 Md€ (2025) Zoom TICPE / Accises Énergie — ~37 Md€ (2025) Zoom Taxes Comportementales — ~19 Md€ (2025) Zoom Fiscalité locale — TF & ex-TH (2025) Zoom DMTO — ~11 Md€ (2025) Zoom Successions & Donations — ~21 Md€ (2025) Zoom Autres Impôts Directs (D59) — ~7 Md€ (2025) Zoom Ventes & Recettes de Production — 130 Md€ (2025) D4 — Revenus de la propriété APU : 23 Md€ (2025) Zoom Intérêts reçus & revenus financiers — 9 Md€ (2025)
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👥 Emploi public
FPE — 2,57 M agents (2025) FPT — 1,99 M agents (2025) FPT Effectifs — Filières & métiers (2025) Éducation nationale — 1,2 M agents (2024-2025) ATSS Éducation nationale — 287 k non-enseignants (2025) Syndicats Éducation nationale — Revendications 2020-2025 Doublons FPE–FPT — Compétences partagées APUC — Pyramide des âges & départs retraite 2025-2040 Rémunération des agents publics 2025 Réformes FP 2015-2025 — Syndicats & Think tanks MASA — 30 458 fonctionnaires (2025) Enseignement agricole — 13 820 enseignants / ~221 000 apprenants
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Retraites & Pensions — 413 Md€ (2025) Réforme des Retraites — Dossier Complet Dépenses de Santé 360° — France 2025 Chômage 2025 — Qui touche, qui finance, comment réformer Le coût caché du licenciement Autres Prestations APU — Famille, Invalidité, Solidarité (2025) Décomposition 771 Md€ — Prestations Sociales APU (2025) Flux de la Protection Sociale — 886 Md€ (2025) Cartographie des Organismes de Protection Sociale
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15 Mesures pour revenir à −3 % du PIB Démonstration Mathématique — 15 Mesures Méthodologie — Bascule Cotisations / TVA / CSG Modèle — Réduction 25% Cotisations Patronales Aides Publiques aux Entreprises — France 2025 La Polémique des Chiffres sur les Aides aux Entreprises
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Zoom · Finances publiques

Doublons FPE – FPT
Où l'État et les collectivités administrent les mêmes politiques

Analyse des compétences partagées, redondances de services et coûts d'une décentralisation inachevée — fondée sur les rapports de la Cour des comptes, de l'IGF et de l'IFRAP.

· Juin 2026 · Sources : Cour des comptes (2017, 2023), IGF (2024), IFRAP, DGAFP Rapport 2025, Sénat
⚠️ Note méthodologique : Les doublons dans la fonction publique française sont documentés dans les rapports institutionnels, mais leur chiffrage reste partiel et débattu. Ce document distingue rigoureusement les faits établis, les estimations sourcées et les analyses institutionnelles.

1 Cadrage : 40 ans de décentralisation, des doublons persistants

La décentralisation française a été engagée par les lois Defferre de 1982-1983, puis approfondies par les actes II (2003-2004) et III (lois MAPTAM 2014, NOTRe 2015). L'objectif : transférer des compétences de l'État vers les collectivités territoriales pour rapprocher la décision du citoyen.

Quarante ans après, la Cour des comptes a dressé un constat sévère dans son Rapport public annuel 2023 : « La répartition des compétences entre l'État et les différents niveaux de collectivités territoriales est insatisfaisante et ne permet pas une gestion publique locale genuinement efficace. »

85 %
des Français estiment qu'il y a trop de doublons entre services de l'État et collectivités
(sondage cité dans RPA CdC 2023)
~250 000
agents FPE dans les services déconcentrés territoriaux
(hors Éducation nationale · DGAFP 2025)
1,99 M
agents FPT dans les collectivités territoriales
(DGAFP Rapport annuel 2025)
7
domaines majeurs identifiés avec des chevauchements documentés par des instances officielles
Distinction fondamentale. Un doublon au sens strict est une compétence exercée en parallèle par deux acteurs sur le même objet. En France, les doublons prennent deux formes : (1) des compétences partagées inscrites en loi (plusieurs acteurs ont légalement compétence sur le même champ) ; (2) des chevauchements de fait où un acteur intervient sur un domaine légalement attribué à un autre. Ce document documente les deux cas.

La Cour des comptes (2017) notait que certaines missions des services déconcentrés « sont parfois difficiles à assumer faute de ressources, tandis que des ressources continuent d'être affectées à des missions qui ne sont plus prioritaires, notamment celles qui doublonnent avec des compétences transférées aux collectivités territoriales ».

2 Chronologie des transferts de compétences

Chaque vague de décentralisation a transféré des compétences à une strate de collectivité — sans toujours supprimer les services d'État correspondants.

Mécanique du doublon persistant. Le schéma récurrent est le suivant : (1) une compétence est transférée à une collectivité par la loi ; (2) l'État maintient un rôle de « garantie de l'égalité de traitement » ou « d'animation » qui se traduit par des effectifs résiduels non supprimés ; (3) les collectivités recrutent leurs propres agents pour exercer la compétence ; (4) les deux niveaux coexistent sans coordination efficace. La Cour des comptes (2023) souligne que « les outils de coordination ont été créés mais se sont révélés insuffisants ou sous-utilisés ».

3 Vue d'ensemble : tableau des compétences partagées

Les domaines ci-dessous sont ceux pour lesquels des rapports institutionnels ont documenté des chevauchements. L'intensité du doublon est évaluée à partir de la littérature disponible.

Domaine Acteur FPE Acteur FPT Base légale du transfert Intensité doublon Source principale
Action sociale et insertion DDETS / DREETS Départements (ABS, CCAS) Loi 2004 Élevée CdC RPA 2023
Développement économique DREETS (ex-Direccte) Régions (agences régionales) Loi NOTRe 2015 Élevée IFRAP, Sénat
Ingénierie territoriale DDT/DDTM, opérateurs État Communes, EPCI, Départements Implicite (acte I) Modérée IGF 2024, CdC 2017
Culture et patrimoine DRAC (~4 900 agents) Régions, Départements Partiel (loi 2004) Modérée CdC 2017, IFRAP
Formation professionnelle DREETS (contrôle, appels à projets) Régions (compétence principale) Loi 1983/2004 Modérée CdC 2023
Environnement et biodiversité DREAL Régions, Départements MAPTAM 2014 Modérée IGF 2024
Statistiques et observation DREETS/DREAL (observatoires) CESER, agences régionales Diffuse CdC 2017
Lecture du tableau. "Intensité élevée" signifie qu'au moins un rapport institutionnel de premier rang (CdC, IGF, Sénat) a explicitement qualifié le chevauchement de problématique et chiffré un impact en emplois ou en euros. "Modérée" signifie des chevauchements documentés sans chiffrage précis. "Diffuse" signifie des recoupements identifiés mais non quantifiés.

4 Analyse détaillée par domaine

🏥
Action sociale, insertion et hébergement
Doublon documenté — intensité élevée
FPE — Services de l'État
DDETS / DREETS
~17 000 ETPT au total (estimation DGAFP 2023) · Hébergement d'urgence (SIAO), insertion emploi, lutte contre les exclusions, contrôle des ESSMS
FPT — Collectivités
Conseils Départementaux
Chefs de file légaux depuis 2004 · RSA (allocation + accompagnement), protection de l'enfance, personnes âgées (APA), handicap (PCH), aide sociale à l'hébergement
Zone de chevauchement identifiée : Sur l'insertion, l'État (DDETS) et le Département co-financent et co-pilotent des dispositifs d'accompagnement vers l'emploi (PLIE, IAE, contrats aidés). La Cour des comptes (RPA 2023) note que « l'État souhaite conserver un rôle d'organisation et d'animation [de l'action sociale], alors même que les départements sont les chefs de file légaux ». Sur l'hébergement d'urgence, l'État (DDETS via le SIAO) mobilise des places, tandis que les départements gèrent l'aide sociale à l'hébergement (ASH) — deux dispositifs parallèles pour des publics souvent identiques.

Constat de la Cour des comptes (RPA 2023, chapitre 2 « Politiques sociales décentralisées ») : Le paysage institutionnel local est caractérisé par « un grand nombre d'acteurs : services des départements, centres communaux et intercommunaux d'action sociale, organismes de sécurité sociale (CAF notamment) et services et opérateurs de l'État comme France Travail ». La coordination est insuffisante, l'information circule mal et « la continuité des parcours offerts aux personnes n'est pas assurée ».

🏭
Développement économique et attractivité des territoires
Doublon documenté — intensité élevée
FPE — Services de l'État
DREETS (ex-Direccte)
Unités territoriales dédiées au développement économique · Aides aux entreprises (FEDER délégué), traitement des difficultés d'entreprises, information économique
FPT — Collectivités
Régions + agences régionales
Compétence exclusive depuis loi NOTRe 2015 · SRDEII (schéma régional), Business France régionalisé, agences de développement économique (ex.: Invest in Normandy, Alsace Attractivité…)
Zone de chevauchement identifiée : La loi NOTRe (2015) a attribué aux régions la compétence exclusive du développement économique et de l'attractivité. Pourtant, les DREETS (ex-Direccte) ont conservé des missions économiques : traitement des procédures de licenciements économiques collectifs, médiation inter-entreprises, soutien aux filières. L'IFRAP note que « l'État reste en doublon avec les régions sur les missions d'attractivité économique » et que la suppression des Direccte (remplacées par les DREETS en 2021) n'a pas résolu ce chevauchement. Le Sénat a relevé ce point lors de l'examen de la loi NOTRe.

Proposition IFRAP : Décentraliser vers les régions les missions économiques résiduelles des DREETS, estimant que ces structures ont un rôle identique à celui des agences économiques régionales. L'Institut chiffre le potentiel de suppression à plusieurs centaines d'ETPT sur cette fonction spécifique, sans donner un chiffre précis pour ce seul domaine.

🏗️
Ingénierie territoriale et urbanisme
Doublon documenté — intensité modérée
FPE — Services de l'État
DDT/DDTM + opérateurs (CEREMA, ADEME, ANAH…)
~23 000 agents DDT/DDTM (DGAFP) · Instruction ADS (autorisations droit des sols), planification (SCOT, PLU pour petites communes), appui technique aux collectivités, CEREMA (ingénierie pour routes, ponts)
FPT — Collectivités
Services techniques communaux, intercommunaux, départementaux
ATESAT supprimée en 2014, mais 85% des communes <10 000 hab. ont depuis développé leurs propres services (EPCI) · Agences techniques départementales (ATD) · Services d'instruction mutualisés
Zone de chevauchement identifiée : Historiquement, les DDE (ancêtres des DDT) assuraient l'ingénierie technique des communes rurales (ATESAT — Assistance Technique de l'État pour raison de Solidarité et d'Aménagement du Territoire). Cette mission a été formellement supprimée en 2014, mais les DDT continuent d'assurer certains accompagnements. En parallèle, les collectivités ont développé leurs propres ingénieries. Le rapport IGF/IGA/IGEDD/IGAS de 2024 sur l'ingénierie territoriale conclut que l'offre des opérateurs de l'État « apparaît redondante, inégalement répartie, peu adaptée aux besoins locaux et d'impact limité ».

Rapport IGF 2024 : Le scénario recommandé propose de « recentrer les opérateurs sur la stratégie et l'expertise nationale, tout en confiant aux services déconcentrés un rôle de coordination de l'ingénierie locale ». L'économie estimée sur ce seul périmètre : 200 M€, sur un périmètre d'opérateurs qui mobilise plusieurs milliers d'agents en doublon avec des agences techniques locales.

CdC 2017 : Il était « urgent de mettre fin aux missions d'ingénierie et d'accompagnement des collectivités territoriales par l'État » dans les secteurs où celles-ci ont leurs propres capacités techniques. Cette recommandation reste partiellement appliquée sept ans après.

🎭
Culture, patrimoine et spectacle vivant
Doublon documenté — intensité modérée
FPE — Services de l'État
DRAC (Directions Régionales des Affaires Culturelles)
13 DRAC métropolitaines · ~4 900 ETPT · Subventions spectacle vivant, patrimoines classés (UDAP), soutien aux musées, lecture publique, cinéma, arts plastiques
FPT — Collectivités
Régions, Départements, grandes communes
Compétences culturelles larges · Agences culturelles régionales (ex.: Normandie Impressionniste, Occitanie en Scène…) · Musées départementaux, médiathèques, conservatoires communaux
Zone de chevauchement identifiée : Les DRAC et les collectivités subventionnent souvent les mêmes opérateurs culturels — compagnies de théâtre, festivals, conservatoires. La Cour des comptes (2017) a recommandé de clarifier la répartition des subventions culturelles. L'IFRAP propose de transférer aux régions les missions des DRAC relatives au soutien à la création artistique contemporaine — seule restant à l'État la protection du patrimoine national classé. Sur les bibliothèques, la Dotation Générale de Décentralisation (DGD lecture publique) finance les collectivités pour une compétence déjà intégralement transférée, mais l'État maintient un réseau de conseillers livre et lecture en DRAC.

La DRAC intervient en parallèle avec les régions sur le même champ du spectacle vivant : en 2022, on recense en Île-de-France plus de 200 structures bénéficiant à la fois d'une aide DRAC et d'une aide de la Région ou du Département (source : Rapport Sénat 2022 sur les politiques culturelles territoriales).

📚
Formation professionnelle
Doublon documenté — intensité modérée
FPE — Services de l'État
DREETS (service formation) + DGEFP (nationale)
Contrôle et certification des OF (organismes de formation) · Appels à projets nationaux (PIC — Plan d'Investissement dans les Compétences) · Contrôle du CPF · Certification Qualiopi
FPT — Collectivités
Régions (compétence principale)
Compétence exclusive depuis 1983, renforcée en 2004 · CPRDFOP (Contrat de Plan Régional) · Achat de formation pour demandeurs d'emploi · Financement des CFA
Zone de chevauchement identifiée : Si la compétence de droit commun appartient aux régions, l'État a conservé et même renforcé ses interventions directes via le Plan d'Investissement dans les Compétences (PIC, 14,6 Md€ sur 2018-2022) — finançant des formations directement sans passer par les régions. Cette dualité a été critiquée par plusieurs CRC lors de leurs contrôles régionaux. En outre, les DREETS continuent d'organiser des appels à projets en formation, créant une concurrence de financement avec les régions.
🌿
Environnement, eau et biodiversité
Doublon documenté — intensité modérée
FPE — Services de l'État
DREAL + OFB + Agences de l'eau
Police de l'eau, évaluation environnementale des projets, gestion des ZNIEFF et Natura 2000, surveillance de la qualité des eaux
FPT — Collectivités
Régions (SRADDET) + Conseils départementaux + Syndicats de bassin
Schéma régional de développement durable · Espaces naturels sensibles (Départements) · Syndicats intercommunaux de gestion de l'eau et des milieux aquatiques (GEMAPI)
Zone de chevauchement identifiée : Sur la gestion des milieux naturels, DREAL, OFB et les services des parcs naturels régionaux (PNR, rattachés aux régions) ont des missions qui se recoupent sur l'animation Natura 2000, la surveillance des habitats et l'instruction des dossiers de défrichement. Le rapport IGF 2024 signale des redondances entre les services de l'État (DREAL) et les structures régionales et départementales sur les expertises environnementales.
📊
Observation statistique et prospective territoriale
Chevauchement diffus — non quantifié
FPE — Services de l'État
Observatoires DREETS, DREAL, DRAAF + INSEE régional
Observatoires régionaux de l'emploi et de la formation (OREF), observatoires de l'habitat (DREAL), observatoires agricoles (DRAAF) — un par région minimum
FPT — Collectivités
CESER + agences régionales + observatoires départementaux
Conseils Économiques Sociaux et Environnementaux Régionaux · Agences d'urbanisme (FNAU) · Observatoires locaux de l'emploi, du logement, de la précarité
Zone de chevauchement identifiée : La Cour des comptes (2017) a noté la prolifération d'observatoires produisant des données comparables sur les mêmes territoires, sans coordination systématique. En Île-de-France par exemple, coexistent : l'observatoire de l'emploi de la DREETS, l'observatoire régional de l'IAU (agence d'urbanisme de la Région), les données de France Travail, et les observatoires des CESER. Ce doublon n'est pas quantifié précisément en ETPT, mais il représente une dépense en études et publications redondantes.

5 Chiffrage : des estimations prudentes et contestées

Avertissement préalable. Le chiffrage des doublons est méthodologiquement difficile : il n'existe pas de comptabilité permettant d'isoler la part des effectifs de l'État strictement redondants avec les collectivités. Les chiffres qui suivent sont des estimations issues de rapports identifiés, avec leur source et leurs limites explicites.

Ce que dit l'IFRAP

La Fondation IFRAP a estimé à plusieurs reprises le surcoût global de l'organisation administrative française :

60 Md€/an
Surcoût estimé par l'IFRAP en 2007 lié aux doublons et à la sur-administration tous niveaux confondus
84 Md€/an
Réévaluation IFRAP en 2018 du même périmètre (hausse des effectifs publics + vague décentralisation)
~274 000
Postes en sur-administration estimés par l'IFRAP (dont ~130 000 FPE + ~144 000 FPT) — estimation non spécifique aux doublons FPE-FPT

Limite : Ces estimations incluent la sur-administration globale (excès d'effectifs par rapport aux pays comparables), pas uniquement les doublons inter-versants. L'IFRAP reconnaît que le chiffrage est « fondé sur des comparaisons internationales » (ratio agents/habitant), non sur une analyse poste par poste.

Ce que dit l'IGF (2024)

Économies identifiées sur l'ingénierie territoriale des opérateurs de l'État200 M€

Source : IGF/IGA/IGEDD/IGAS — Rapport sur la rationalisation des interventions des opérateurs de l'État en matière d'ingénierie territoriale (2024). Ce chiffre est limité au périmètre CEREMA, ADEME, Agences de l'eau et quelques autres opérateurs — il ne couvre pas les services déconcentrés eux-mêmes.

Ce que dit la Cour des comptes

La Cour des comptes ne produit pas d'estimation globale chiffrée des doublons FPE-FPT. Elle formule des recommandations structurelles sans les accompagner systématiquement d'un chiffrage en emplois ou en euros. Son rapport 2023 souligne que la clarification des compétences permettrait des économies substantielles, sans les quantifier globalement.

Pourquoi le chiffrage est difficile. (1) Une partie des agents dans des domaines à chevauchement exerce également des missions propres à l'État (contrôle, réglementation, police) non duplicables par les collectivités. (2) La suppression d'un service déconcentré ne génère pas automatiquement une économie si la collectivité doit recruter pour absorber la compétence. (3) Il n'existe pas de nomenclature commune FPE/FPT permettant de comptabiliser les agents par domaine fonctionnel identique.

Tableau synthétique des ordres de grandeur

Domaine ETPT FPE concernés (estimation) Économies possibles Fiabilité
Action sociale / insertion (DDETS) ~5 000–8 000 ETPT sur fonctions aussi exercées par les Départements Non chiffré Faible
Ingénierie territoriale (opérateurs) Non isolé précisément 200 M€ Sourcé IGF 2024
Développement économique (DREETS) Non chiffré précisément Non chiffré Faible
Culture / DRAC (partiel) ~1 000–1 500 ETPT sur fonctions régionalisables Non chiffré Faible
Total documenté ≥ 200 M€ économies certaines + potentiel non chiffré significatif Partiel

6 Au-delà des doublons d'agents : le coût des boucles décisionnelles et normatives

Le débat public sur les doublons FPE-FPT se focalise souvent sur le nombre d'agents. Mais une dimension moins visible — et peut-être plus significative — est le coût organisationnel des processus multi-niveaux : chaque norme imposée unilatéralement par l'État, chaque autorisation nécessitant validation croisée, chaque financement croisé impose des allers-retours entre services qui absorbent du temps de cadres sans créer de valeur publique supplémentaire.

Concept clé : le doublon décisionnel. Un doublon décisionnel se produit quand deux niveaux de gouvernance exercent une compétence d'instruction, de contrôle ou d'autorisation sur le même objet — non parce que la loi l'exige pour des raisons fondées, mais parce que les circuits administratifs n'ont pas été réformés lors des transferts de compétences. Ces boucles ont un coût direct (temps agents, délais) et un coût indirect (projets retardés ou abandonnés).

1 · L'inflation normative : l'État impose des coûts aux collectivités sans leur accord

Le Conseil National d'Évaluation des Normes (CNEN), instance officielle placée auprès du Ministre de l'Intérieur, évalue depuis 2014 le coût financier de chaque texte réglementaire et législatif applicable aux collectivités. Ses rapports annuels fournissent les données les plus précises disponibles sur ce sujet.

2,4 Md€
Coût net des nouvelles normes imposées aux collectivités en 2022
(CNEN — Rapport d'activité 2022)
1,6 Md€
Coût net des nouvelles normes en 2023 (dont revalorisation point d'indice)
(CNEN — Rapport d'activité 2023)
565 M€
Coût net 2024 — fort recul, mais tendance structurelle à la hausse sur 10 ans
(CNEN — Rapport d'activité 2024)
+19 Md€
Surcoût cumulé de l'inflation normative depuis 2002 pour les collectivités
(IFRAP — estimation sur données CNEN)

Le mécanisme est le suivant : l'État produit des normes (décrets, arrêtés, circulaires) qui s'imposent aux collectivités sans que ces dernières aient eu voix au chapitre sur le fond. Chaque norme génère du travail de mise en conformité dans les collectivités — et donc des emplois de fonctionnaires territoriaux consacrés non à des politiques locales, mais à l'application de décisions prises à Paris. Le Sénat a qualifié cette situation de forme d'addiction : les services centraux de l'État produisent des normes à un rythme qu'aucune collectivité ne peut absorber sans coût substantiel.

Le rapport Gatel-Pointereau (Sénat, janvier 2023) — « Normes applicables aux collectivités territoriales : face à l'addiction, osons une thérapie de choc ! » — a établi qu'80 % des élus locaux consultés ressentent une aggravation de la situation depuis 2020 et que l'inflation normative « complique les projets locaux, retarde leur mise en œuvre et en augmente significativement le coût ». Une charte a été signée le 16 mars 2023 entre le Gouvernement et le Sénat pour tenter d'endiguer ce phénomène — avec des résultats limités à ce jour.

2 · Le contrôle de légalité : 6,28 millions d'actes transmis chaque année

Depuis la suppression de la tutelle préfectorale en 1982, les actes des collectivités sont soumis à un contrôle a posteriori de légalité exercé par les préfectures. Ce mécanisme, en théorie raisonnable, est devenu une source de charge administrative massive de part et d'autre.

Indicateur Valeur Source
Actes transmis aux préfectures par les collectivités 6,28 millions / an (2021) Cour des comptes 2022
Évolution 2019→2021 +11 % (de 5,66 M à 6,28 M) Cour des comptes 2022
Délai légal de contrôle 2 mois (délai préfecture) Code général des collectivités
Taux de déféré préfectoral (saisine tribunal) <0,01 % des actes transmis Cour des comptes 2016/2022
Coût applicatif CTES (outil informatique) 4 M€ sur 4 ans — conduite de projet « défectueuse » (CdC) Cour des comptes 2022
Le paradoxe du contrôle de légalité : 6,28 millions d'actes sont transmis annuellement aux préfectures, mobilisant des agents tant côté collectivités (pour préparer les transmissions) que côté État (pour contrôler). Or le taux de déféré est inférieur à 0,01 %. La Cour des comptes (2022) souligne que les préfectures ne disposent plus des moyens humains pour exercer un contrôle substantiel sur ce volume, et que le mécanisme « ne remplit plus efficacement sa fonction ». Il en résulte un coût organisationnel élevé pour un bénéfice difficile à mesurer.

3 · Les boucles de financement croisé : un projet, quatre guichets

Un grand nombre de projets locaux (équipements culturels, sportifs, voirie, logements sociaux…) sont financés par un empilement de subventions venant de l'État (DETR, DSIL, FNADT…), de la Région, du Département et de la commune. Chaque guichet suppose un dossier de demande, une instruction, une convention, un suivi et un rapport financier distincts.

Exemple illustratif documenté (CdC 2023, chapitre collectivités). Un projet de rénovation d'une salle communale de 500 000 € peut nécessiter : (1) un dossier DETR auprès de la préfecture ; (2) un dossier FNPCA ou DSIL ; (3) un dossier Conseil Régional (CPER) ; (4) un dossier Conseil Départemental. Chaque dossier suit ses propres règles d'éligibilité, calendrier d'instruction, conditions de liquidation et contrôle. Le coût de gestion administrative de ces financements croisés peut représenter 5 à 10 % du projet selon des estimations de l'AMF — sans qu'il existe de chiffrage officiel consolidé sur ce périmètre.

La Cour des comptes a identifié dans son RPA 2023 l'empilement des co-financements comme l'une des principales sources d'inefficacité organisationnelle de la décentralisation française, notant que « les outils de contractualisation (CPER, CRTE…) ont proliféré sans réduire la complexité ». Ce n'est pas l'existence du financement croisé en soi qui pose problème, mais l'absence de guichet unique ou de standardisation des procédures.

4 · Le coût de la décision à plusieurs niveaux : le cas de l'urbanisme

L'instruction des autorisations d'urbanisme illustre la mécanique du doublon décisionnel de façon particulièrement lisible. Formellement, la commune (ou l'EPCI) est l'autorité compétente pour délivrer les permis de construire. En pratique, l'instruction fait intervenir plusieurs services de l'État pour avis conformes ou simples :

Le délai d'instruction de droit commun est de 2 à 3 mois, mais les majorations obligatoires liées aux avis des services de l'État l'allongent systématiquement. Ce n'est pas tant un doublon d'agents qu'un doublon décisionnel : la commune instruit et l'État co-décide, sans que cette co-décision soit clairement justifiée par un enjeu national dans tous les cas.

Sources : DGCL — Permis de construire et autorisations d'urbanisme · Code de l'urbanisme, Articles R423-17 à R423-37

5 · La France, en retard structurel de décentralisation en Europe

France Stratégie a publié une note comparative sur l'autonomie des collectivités territoriales en Europe. Ses conclusions apportent un éclairage structurel :

20 %
Part des dépenses publiques versée par les collectivités territoriales en France
(France Stratégie)
31 %
Moyenne UE — les collectivités européennes gèrent en moyenne 31 % des dépenses publiques
(France Stratégie)
28 %
Part de la masse salariale publique versée par les APUL en France vs 43 % en UE
(France Stratégie)

France Stratégie note toutefois que les indicateurs de dépenses sont des « indicateurs imparfaits » de la décentralisation réelle : la France se singularise moins sur l'autonomie de gestion que sur le niveau formel de décentralisation des dépenses. Néanmoins, le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe a explicitement recommandé à la France de « poursuivre la décentralisation et clarifier la répartition des compétences ».

7 Subsidiarité et recommandations institutionnelles

Cour des comptes — Recommandations RPA 2023

Le RPA 2023 formule plusieurs recommandations structurelles sur les doublons :

Cour des comptes — Recommandations rapport 2017 sur les services déconcentrés

IGF (2024) — Rapport ingénierie territoriale

IFRAP — Propositions

Ce sur quoi il y a consensus institutionnel (CdC + IGF + Sénat). Trois points font l'objet d'un accord large entre instances de contrôle : (1) la répartition des compétences est insuffisamment claire et génère des coûts de coordination inutiles ; (2) les services déconcentrés de l'État ont conservé des missions non prioritaires après les transferts de compétences ; (3) la mise fin à l'ingénierie de l'État pour les collectivités est nécessaire là où ces dernières ont leurs propres capacités.

8 Sources et méthodologie

Limites de cette analyse. (1) Ce document s'appuie sur des rapports institutionnels disponibles publiquement — il ne procède pas à une analyse poste par poste des emplois. (2) Les chiffres d'effectifs FPE dans les services déconcentrés sont des estimations car la nomenclature DGAFP ne permet pas d'isoler systématiquement les agents sur des fonctions identiques à celles des collectivités. (3) Les estimations IFRAP reposent sur des comparaisons internationales (ratio agents/1 000 habitants) qui peuvent ne pas refléter les spécificités du modèle social français. (4) Certains chevauchements sont souhaitables : l'État doit maintenir un rôle de contrôle et de garantie de l'égalité de traitement même lorsque la compétence de mise en œuvre est transférée aux collectivités.

Pour aller plus loin : Les chambres régionales des comptes (CRC) publient des rapports sur les finances et la gestion des collectivités qui permettent, domain par domaine, d'identifier les zones de recouvrement avec les services de l'État. Ces rapports sont disponibles sur ccomptes.fr/collectivites-territoriales.
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