Ce que fait ce site, pourquoi il le fait de cette manière, et ce qu'un praticien ou un décideur peut concrètement en tirer.
Ce n'est pas un site d'opinion sur les finances publiques. C'est un instrument de lecture : il prend les comptes des administrations publiques tels que l'Insee les publie, les remet en une seule caisse consolidée, et suit l'argent depuis celui qui le verse jusqu'à celui qui le reçoit. Tout le reste — fiches, historiques, simulateurs — découle de ce parti pris.
Le débat français sur les comptes publics se tient presque toujours en ratios : « 57 % du PIB », « 5,1 % de déficit », « 43,6 % de prélèvements obligatoires ». Ces ratios sont exacts et à peu près inutiles pour décider. Ils ne disent pas qui paie, qui reçoit, par quel canal, ni ce qui se passerait si l'on tirait sur tel levier.
Ce site fait l'inverse. Il part de deux colonnes — ce qui rentre, ce qui sort — et les décompose ligne à ligne jusqu'au niveau où une décision est possible. C'est la logique du follow the money : chaque euro a une origine identifiée, un trajet, une destination. Les ratios ne sont qu'un affichage secondaire.
Il n'existe pas un budget public, il en existe trois : l'État et ses opérateurs, la sécurité sociale, les collectivités locales. Chacun publie ses comptes, chacun est commenté séparément, et le débat s'organise autour de ces trois récits parallèles. C'est la première source d'erreur.
Parce que ces trois budgets se versent de l'argent entre eux : dotation globale de fonctionnement de l'État aux communes, compensations d'exonérations de cotisations, TVA affectée à la sécurité sociale, cotisations que l'État verse en tant qu'employeur. Additionner les trois budgets revient à compter deux fois les mêmes euros.
| 2025 — Md€ | Recettes | Dépenses | Solde |
|---|---|---|---|
| État + organismes centraux (S1311) | 550,5 | 680,8 | −130,3 |
| Sécurité sociale (S1314) | 796,8 | 803,5 | −6,7 |
| Collectivités locales (S1313) | 319,9 | 335,5 | −15,6 |
| Somme brute des trois budgets | 1 667,2 | 1 819,8 | — |
| Flux internes éliminés (transferts entre les trois) | −105,6 | −105,7 | 0 |
| Administrations publiques consolidées | 1 561,6 | 1 714,1 | −152,5 |
105,7 Md€ circulent entre les trois budgets et n'existent qu'une fois. Tant qu'on ne les élimine pas, on ne sait pas de quoi on parle : la dépense publique paraît de 1 820 Md€ alors qu'elle est de 1 714 Md€, et chaque transfert peut être compté comme une « économie » chez celui qui le supprime tout en devenant un « besoin » chez celui qui le perdait.
La vue consolidée produit immédiatement deux constats que les récits séparés masquent :
C'est le point le plus contre-intuitif du site, et il est démontrable sur dix ans avec les seules données de l'Insee.
| Année | Recettes | Dépenses | Écart / recettes | Déficit / PIB | Dépenses / PIB | Recettes / PIB |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2016 | 1 196,6 | 1 280,6 | +7,0 % | 3,76 % | 57,4 % | 53,6 % |
| 2017 | 1 244,4 | 1 321,4 | +6,2 % | 3,36 % | 57,7 % | 54,3 % |
| 2018 | 1 273,0 | 1 327,6 | +4,3 % | 2,32 % | 56,4 % | 54,1 % |
| 2019 | 1 287,9 | 1 346,2 | +4,5 % | 2,39 % | 55,4 % | 53,0 % |
| 2020 | 1 223,3 | 1 430,4 | +16,9 % | 8,93 % | 61,7 % | 52,8 % |
| 2021 | 1 326,2 | 1 491,4 | +12,5 % | 6,58 % | 59,5 % | 52,9 % |
| 2022 | 1 424,4 | 1 550,3 | +8,8 % | 4,74 % | 58,4 % | 53,7 % |
| 2023 | 1 456,4 | 1 608,3 | +10,4 % | 5,36 % | 56,8 % | 51,4 % |
| 2024 | 1 503,6 | 1 672,7 | +11,2 % | 5,76 % | 57,0 % | 51,2 % |
| 2025 | 1 561,6 | 1 714,1 | +9,8 % | 5,10 % | 57,3 % | 52,2 % |
Entre 2016 et 2025, la dépense publique rapportée au PIB n'a pratiquement pas bougé : 57,4 % → 57,3 %. Lue ainsi, la décennie ne s'est rien passé. Or le déficit a presque doublé, de 84,0 à 152,5 Md€. L'explication n'est pas dans la dépense : elle a progressé de 33,9 % quand le PIB progressait de 34,0 %, c'est-à-dire au même rythme, exactement. Ce sont les recettes qui ont décroché : +30,5 % seulement, soit 53,6 % → 52,2 % du PIB, −1,4 point. Le déficit s'est creusé de +1,34 point de PIB : le compte y est presque à la décimale.
D'où la préférence de ce site pour l'écart rapporté aux recettes. C'est la métrique du budget domestique — de combien mon train de vie dépasse-t-il mes revenus ? — et elle est plus honnête que le ratio au PIB pour trois raisons :
Le site conserve néanmoins les ratios au PIB, parce qu'ils sont la langue des institutions européennes et de la notation financière, et parce qu'on ne peut pas discuter la soutenabilité de la dette sans eux. Ils sont affichés à côté, jamais à la place.
Dire « nous dépensons 9,8 % de plus que nous ne percevons » n'est pas un jugement tant qu'on n'a pas regardé ce qu'il y a dans la dépense. Un ménage qui emprunte pour acheter son logement et un ménage qui emprunte pour ses courses ont le même ratio et deux situations sans rapport.
Dans les 1 714,1 Md€ de dépense, 137,7 Md€ sont de l'investissement (dont 132,2 Md€ de formation brute de capital fixe : bâtiments, réseaux, matériels, équipements militaires, logiciels). Cette part n'a pas baissé, contrairement à une idée répandue — elle a augmenté.
| Investissement public (FBCF, P51g) | 2016 | 2019 | 2022 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| En milliards d'euros | 87,5 | 101,1 | 110,2 | 132,2 |
| En % du PIB | 3,92 % | 4,16 % | 4,15 % | 4,42 % |
Soit +51 % en euros et +0,50 point de PIB en dix ans. L'investissement public n'est donc pas la variable qu'on a sacrifiée ; c'est même l'un des rares postes dont le poids relatif progresse.
La règle d'or budgétaire dit qu'un État peut emprunter pour investir, pas pour fonctionner. Elle se vérifie en une soustraction : déficit − investissement.
| Emprunt au-delà de l'investissement (Md€) | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Déficit − investissement | −3,5 | −11,1 | −37,6 | −42,9 | +110,8 | +62,9 | +15,7 | +32,1 | +41,6 | +20,3 |
Valeur négative = la règle d'or est respectée (on investit plus qu'on n'emprunte).
Jusqu'en 2019, la France empruntait moins qu'elle n'investissait : la dette finançait du patrimoine. La rupture est 2020. Depuis, l'emprunt excède l'investissement chaque année. En 2025 l'écart est de 20,3 Md€ — le plus faible depuis la rupture, mais toujours du côté où l'on s'endette pour du fonctionnement.
Deux repères complètent le tableau sur la décennie 2016-2025 : 1 245,5 Md€ empruntés, 1 057,2 Md€ investis, et 462,6 Md€ d'intérêts versés. La charge d'intérêts seule (67,5 Md€ en 2025, contre 29,7 Md€ en 2020) est désormais du même ordre de grandeur que la moitié de l'investissement public annuel : c'est le coût, aujourd'hui visible, des écarts passés. Hors intérêts, le déficit 2025 reste de 85,0 Md€ — l'écart n'est pas imputable à la seule dette héritée.
Une centaine de pages, organisées en quatre couches qui se répondent.
Une fiche par ligne du tableau, une sous-fiche par composante significative : rémunérations, consommations intermédiaires, intérêts, prestations (retraites, santé, chômage, famille), subventions, transferts, investissement du côté des emplois ; TVA, impôt sur le revenu, CSG, impôt sur les sociétés, impôts sur les produits et sur la production, cotisations employeurs et salariés, impôts en capital, ventes, revenus de la propriété du côté des ressources. Trente-cinq d'entre elles portent un bloc normalisé : série 2016-2025, part dans le total, lecture, perspective d'évolution, sources.
Les diagrammes de Sankey, qui montrent d'où vient l'argent et où il va sans passer par un tableau : le diagramme consolidé des 1 714 Md€, celui de la protection sociale du cotisant au prestataire, celui des revenus des ménages, et la cartographie des organismes qui portent ces flux. Ils sont tous rassemblés sur la page « Où va l'argent ? ».
Cinq onglets d'un simulateur unifié, tous assis sur le même socle chiffré que le tableau : Macro (déplacer les grandes masses et lire l'effet sur le solde), Arbitrage & bascule (déplacer un prélèvement d'une assiette vers une autre), Revue ZBR (des mesures d'économies chiffrées une à une dont la somme remonte au solde consolidé), Modèle CAE (l'équation de dette stabilisante du Conseil d'analyse économique, paramètres ouverts et limites énoncées) et Trajectoire longue 2025-2050.
Le socle chiffré provient du jeu de données Comptes des administrations publiques de l'Insee publié sur data.gouv.fr, complété par la base gov_10a_main d'Eurostat pour les décompositions que l'Insee ne publie pas consolidées (subventions, autres transferts, transferts en capital, impôts en capital, ventilation par sous-secteur) et par les producteurs sectoriels pour les estimations de détail (Drees, CCSS, COR, Unédic, DGFiP, OFGL). Le produit intérieur brut retenu est celui d'Eurostat, 2 991,1 Md€ pour 2025.
Trois règles de fabrication sont appliquées sans exception : un chiffre, un millésime, une source ; un statut affiché pour chaque montant, distinguant la donnée de comptabilité nationale, la reconstitution et l'estimation ; bouclage arithmétique de tout total sur la somme de ses lignes. Les simulateurs sont contrôlés par recalcul indépendant de leur arithmétique, et l'ensemble des pages est testé automatiquement à chaque livraison (navigation, liens, mise en page, absence d'erreur d'exécution).